jeudi 21 mai 2026

Time Enough at Last de John Brahm (1959) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dans ce huitième épisode de la première saison de The Twilight Zone (La quatrième dimension) réalisé cette fois-ci par John Brahm et écrit par Rod Serling et Lyn Venable, le récit met en scène Henry Bemis, un petit employé de banque qui a tendance à énerver son entourage. Qu'il s'agisse des clients de l'établissement où il travaille en tant que guichetier, en passant par le directeur (Vaughn Taylor dans le rôle de Carsville) qui le menace de le renvoyer s'il ne se concentre pas davantage sur sa tâche, et jusqu'à son épouse Helen (l'actrice Jacqueline deWit) qui refuse catégoriquement de le laisser s'affaler sur le canapé lorsque de retour chez eux, Henry choisit de vivre sa passion, la littérature. En effet, féru de lecture et capable de passer du roman à la presse papier en passant par les vignettes des bouteilles de lait, l'homme ne peut pas s'empêcher de lire, quitte à s'attirer les foudres de tous ceux qui l'entourent et qui se demandent s'il n'est pas un peu fou. Totalement myope et ayant besoin de calme pour laisser libre cours à sa fascination pour les grands écrivains, c'est muni d'une épaisse paire de lunettes sans laquelle il ne voit absolument rien que le vieil homme se réfugie à chaque pause déjeuner dans le coffre-fort de la banque. Tombant sur un article qui décrit les conséquences désastreuses que pourrait avoir une bombe atomique si celle-ci devait s'écraser sur Terre, Henry en fait immédiatement l'expérience. Tandis qu'un bruit terrifiant se fait entendre à l'extérieur et que les murs de la banque tremblent, l'homme s'évanouit... À son réveil, celui-ci découvre que dehors le monde a radicalement changé. Un décor apocalyptique où tout est détruit. Pas un seul batiment, pas une seule maison ni aucun arbre ne tient encore debout. Pire, en dehors du banquier, il n'y a aucun survivant. Se déplaçant à travers les décombres, Henry Bemis se demande alors ce qu'il va bien pouvoir faire de tout ce temps qu'il lui reste à vivre maintenant qu'il est seul au monde... Time Enough at Last est là pour répondre à cette épineuse question où le temps semble s'être figé, où le ciel est couvert d'une chape de poussière qui en retombant recouvre tout ce qui se trouve à la surface de la Terre...


Le plus dur dans cette situation décrite dans le script de Rod Serling et Lyn Venable est d'évaluer le taux d'intérêt qui peut résider pour un homme qui tout sa vie à cherché le moyen de pouvoir s'isoler afin de vivre pleinement sa passion pour la littérature. Déprimé et sans doute effrayé à l'idée de vivre désormais seul, notre homme met la main sur un pistolet puis, après s'être excusé auprès du Seigneur pour ce qu'il s'apprête à commettre, tombe du coin de l'oeil sur un véritable trésor: la bibliothèque publique. Un établissement soufflé par l'explosion de la bombe atomique prophétisée plus tôt lors du récit et qui a libéré des quantités d'oeuvres littéraires. On comprend alors l'intérêt et le sens de cet épisode qui contre toute attente et malgré la catastrophe d'ampleur internationale qui s'est produite va lui offrir une revanche. Après avoir vécu toute sa vie moqué, brimé, méprisé par son entourage, Henry Bemis n'a plus de compte à rendre à personne. Rideau...... Enfin, presque. Car dans ce décor désolé (on louera d'ailleurs l'exploit des artisans qui eurent la charge de retransmettre à l'écran les conséquences de l'explosion d'une bombe atomique), où aucune âme ne vit en dehors de notre petit guichetier, où pas un seul son ne se fait entendre à des lieues à la ronde, nos deux scénaristes ainsi que le réalisateur nous ont concocté une conclusion dont la perversité n'a d'égal que les crispations que pouvait au départ générer l'attitude du héros. Brillamment incarné par l'acteur américain Burgess Meredith, Time Enough at Last est sa première des quatre apparitions qu'il fera tout au long de cette série de science-fiction qui s'étalera entre 1959 et 1964. Interprète de très nombreux longs-métrages cinématographiques et de séries télévisées, dans le domaine de l'horreur, il apparu dans la première partie du film culte de Dan Curtis Burnt Offerings en 1976, dans The Sentinel de Michael Winner en 1977, dans The Manitou de William Girdler en 1978 ou encore dans Magic de Richard Attenborough la même année. L'acteur aura tout joué mais sera surtout resté célèbre pour son rôle de Mickey dans la saga Rocky. Quant à Time Enough at Last, il demeure l'un des plus célèbres épisodes de La quatrième dimension...


mardi 19 mai 2026

The Monsters Are Due on Maple Street de Ronald Winston (1960) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

C'est la fin de l'été, dans une petite ville des États-Unis. L'action se déroule à Maple Street, rue centrale et passante de cette cité plutôt tranquille où tout le monde se connaît, tout le monde s'apprécie et où va se dérouler un curieux phénomène vu par une partie de la population. À très exactement dix-huit heures et quarante-trois minutes, précédé d'un intense flash lumineux, un bruit sourd se fait entendre. Les habitants de Maple Street sortent de chez eux, vont dans la rue, s’interrogent et se réunissent sans pour autant comprendre ce qui vient de se produire dans le quartier, au dessus de leur tête. Toutes activités cessantes, hommes et femmes commencent à produire des hypothèses quant à cet étrange phénomène. D'autant plus que depuis qu'il s'est produit, l'électricité a été coupée, le téléphone ne fonctionne plus et les voitures ne veulent plus démarrer. Toutes sauf celle de Les Goodman qui étrangement démarre toute seule. Alors que l'un des adolescents de Maple Street indique que le phénomène qui s'est produit quelques dizaines de minutes auparavant est probablement lié à une invasion prochaine des extraterrestres, celui-ci précise en outre que les envahisseurs ont pour habitude de couper le courant par l'entremise d'éclaireurs installés parmi la population afin d'isoler les habitants du monde extérieur... Certains d'entre eux ne vont pas tarder à alimenter la psychose, persuadés que seule la voiture de Les Goodman et que son habitude régulière de regarder le ciel lorsque se couche le soleil font de lui et de sa famille des extraterrestres venus observer l'espèce humaine avant l'invasion... Écrit comme très souvent par Rod Serling et réalisé par Ronald Winston, The Monsters Are Due on Maple Street s'installe dans un contexte de guerre froide où l'Amérique s'effraie d'une hypothétique invasion de l'URSS dans l'Europe Occidentale et de la progression du communisme à l'échelle mondiale. Dans cet épisode de The Twilight Zone (La quatrième dimension) datant de 1960 et diffusé pour la première fois aux États-Unis le 4 mars de la même année, scénariste et réalisateur ne font pas mystère de cette crainte tout en invoquant non plus la Peur des Rouges, période durant laquelle les américains soupçonnaient que l'Armée, les universités, le Gouvernements et d'autres institutions étaient probablement infiltrés par des espions communistes, mais bien une invasion venue de l'espace...


Un sentiment cultivé par ce jeune garçon qui à travers son récit va déclencher une véritable épidémie de folie paranoïaque parmi la population. Chacun cherchant sa réponse aux événements qui se produisent. Première victime évidente, Les Goodman. Un homme qui se lie plutôt rarement avec ses voisins dans une Amérique bien connue pour cultiver notamment chez les habitants de certains lotissements, des habitudes dites de ''Bon voisinage''. Entretien de la pelouse (la hauteur de l'herbe étant l'une des conditions sine qua non d'une bonne entente entre voisins), respect des horaires de couvre-feu, tranquillité et discrétion, barbecues entre voisins, etc... Rapidement, deux clans s'affrontent. Ceux qui préfèrent attendre d'avoir davantage d'informations sur ce qui s'est produit plus tôt dans la journée et ceux qui vont rapidement se focaliser sur Les Goodman et ses proches. Dans un esprit très ''science-fiction paranoïaque'', The Monsters Are Due on Maple Street montre les dérives de l'humanité lorsqu'elle est confronté à un événement qu'elle ne connaît, ne maîtrise et ne comprend pas ! Le spectateur est pris ici à témoin d'un chaos à l'échelle d'un petit quartier où certains tentent de raisonner avec modération quand toute rationalité à quitté l'esprit d'autres habitants. Cachant leur peur et leur incompréhension derrière une violence verbale et physique encore bien réelle de nos jours. Face à ce constat affligeant d'une humanité ayant opté pour une attitude peu réfléchie et ancrée dans une certaine forme de régression intellectuelle, de décivilisation et d'ensauvagement, Rod Serling et Ronald Winston apportent une réponse cinglante produite effectivement à travers des observateurs qui de loin constatent qu'en ''Mettant en panne le courant, en coupant le téléphone et en les plongeant quelques heures dans le noir, les humains réagissent immédiatement selon les mêmes critères. Il leur faut un suspect sur lequel ils vont pouvoir s'acharner. Il suffit alors de patienter...''

 

dimanche 17 mai 2026

Quatermass and the Pit de Roy Ward Baker (1967) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Dix ans se sont écoulés entre la sortie de Quatermass 2 et celle de Quatermass and the Pit. Confié au réalisateur britannique Roy Ward Baker, ce troisième chapitre des aventures de Bernard Quatermass a connu beaucoup de changements par rapports aux deux précédents volets puisque après le départ de Val Guest qui s'en est allé durant ces dix années qui séparent les opus deux et trois tourner une quinzaine de longs-métrages dont le film de science-fiction The Day the Earth Caught Fire en 1961, a donc laissé sa place à son prolifique compatriote. Accompagnant son changement de réalisateur, Quatermass and the Pit a également fait l'objet d'une refonte totale concernant son casting puisque les interprètes d'origine des deux premiers volets ont disparu. Et notamment l'acteur Brian Donlevy qui en 1955 et 1957 incarna le rôle principal cette fois-ci confié à l'écossais Andrew Keir. L'absence de Brian Donlevy s'explique par le choix du scénariste d'origine Nigel Kneale qui veut alors adoucir les traits du personnage qu'il considérait jusque là un peu trop brutal et autoritaire. De nouveau aux commandes du script, Nigel Kneale impose un personnage beaucoup plus humain, coordonnant chacune de ses actions avec réflexion. C'est donc sans le moindre doute quant à l'acceptation par le public d'un nouvel interprète dans le rôle clé de ce troisième volet que le scénariste caste un nouvel acteur et jette son dévolu sur Andrew Keir malgré la défiance de la Hammer Fim Productions qui avait tout d'abord logiquement et naturellement imaginé l'acteur d'origine dans le rôle de Bernard Quatermass. Ensuite, se pose la question de la misogynie s'agissant de Val Guest qui comme le démontrent les deux premiers films faisait peu de cas des rôles féminins qu'il cantonnait à des tâches globalement subalternes. Des interprètes très secondaires et souvent dans l'ombre de leurs partenaires masculins. Là encore l'on peut noter une nette différence entre les deux premiers longs-métrages et celui de Roy Ward Baker qui implique cette fois-ci de manière beaucoup plus soutenue le personnage de Barbara Judd interprété à l'écran par l'actrice Barbara Shelley. Enfin, et cela est notable, contrairement à The Quatermass Xperiment et Quatermass 2, Quatermass and the Pit sera filmé en couleur et non plus en noir et blanc.


Dans cette nouvelle aventure où la critique envers le Gouvernement demeure toujours aussi féroce, le professeur Bernard Quatermass et son ami le docteur Mathew Roney devront composer avec l'Armée après que de très anciens ossements ainsi qu'une très étrange structure tout d'abord confondue avec un missile allemand de la Seconde Guerre Mondiale aient été déterrés lors de travaux de rénovation effectués dans le quartier de Hobbs Lane à Knightsbridge. Si quelques lignes de dialogues se réfèrent directement au projet avorté de Quatermass dans le précédent volet, Quatermass and the Pit n'entretient en réalité pas grand chose en commun avec les œuvres passées même s'il est encore question ici d'une race extraterrestre enfermée dans ce qui semble donc être un vaisseau spatiale. Une très grande partie du récit se déroule dans le métro londonien, à la station Hobbs Lane. Dans Quatermass and the Pit est tout d'abord évoquée l'hypothèse de restes de très vieux ancêtres de l'homme qui pourraient avoir des origines extraterrestres. Puis vient ensuite l'évocation d'un mythe lié à la sorcellerie à travers la terminologie d'origine du mot Hobs (avec un seul B). Provenant du folklore britannique et désignant notamment ainsi des esprits domestiques ou des gobelins. Si le scénario semble un temps se mélanger les pinceaux entre diverses hypothèses, le film s'ancre pourtant parfaitement dans la mythologie de la saga même si le côté ''Body-Snatching'' n'est désormais plus que résiduel. Bien que dix ans soient passés et que Quatermass and the Pit évoque moins les blessures liées au souvenir de la Seconde Guerre Mondiale, Nigel Kneale y fait pourtant directement référence lors de la découverte de l'objet enfoui sous terre. Un objet qui est au centre de toutes les attentions, des personnages jusqu'aux spectateurs qui se demandent alors ce que peut bien renfermer cette ''fusée'' dont le revêtement est totalement inaltérable ! Bien que l'on avait pris l'habitude de voir Brian Donlevy dans le rôle de Bernard Quatermass, son remplacement par Andrew Keir se fait en douceur. D'autant plus qu'effectivement, le personnage est beaucoup plus plaisant qu'il ne l'était par le passé. Ajoutons à cela la collaboration de la charmante Barbara Shelley qui honore tel qu'il se doit la Femme de sa présence à l'écran...

vendredi 15 mai 2026

Quatermass 2 de Val Guest (1957) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Deux ans après avoir réalisé et écrit en compagnie de Richard H. Landau The Quatermass Experiment sur la base d'un scénario imaginé par l'écrivain anglais Nigel Kneale, le cinéaste britannique Val Guest remet en avant le personnage du professeur Bernard Quatermass dans un récit qui emprunte moins la voie de l'épouvante pour s'inscrire dans un contexte de pure science-fiction. Toujours produit par la Hammer Film Productions et notamment distribué sur le territoire américain par la société de distribution et de production américaine United Artists, Quatermass 2 (sorti chez nous sous le titre La marque) implique différentes thématiques propres au genre. Dix ans avant que les extraterrestres ne viennent envahir notre planète à travers la série culte The Invaders dans laquelle le héros David Vincent tentait souvent vainement de convaincre ses concitoyens de la présence sur Terre d'extraterrestres théoriquement intégrés à notre société, à des milliers de kilomètres de distance, dans la campagne anglaise, Bernard Quatermass allait bien avant lui tenter de persuader les habitants d'un petit village ainsi que son ancien ''partenaire'', l'inspecteur Lomax (désormais incarné en lieu et place de Jack Warner par John Longdon), de la présence dans un complexe flambant neuf situé tout proche de la petite localité de Winnerden Flats, d'individus qui malgré leur apparence, ne sont probablement pas ce qu'ils prétendent être. Tout commence ou presque alors que notre fameux physicien apprend qu'une série de météorites se sont écrasées à Winnerden Flats. Se rendant sur place avec son ami Marsh (Bryan Forbes), les deux hommes découvrent un champ de ruines. La ville ayant été apparemment détruite récemment. Au sol, Marsh ramasse ce qui semble être l'une de ces météorites lorsque celle-ci s'ouvre et laisse s'échapper un gaz très dangereux. L'homme tombe alors au sol. Des militaires lourdement armés débarquent sur place et s'emparent de la victime tout en conseillant à Quatermass de quitter les lieux sur le champ... Curieux de savoir où ces étranges individus ont emmené son ami, le physicien décide d'en parler à l'inspecteur Lomax. Quant au Gouvernement, inutile pour les deux hommes d'espérer le moindre soutien de sa part. C'est donc seuls qu'ils se rendent à Winnerden Flats afin d'enquêter...



Si Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel demeure sans doute l'un des plus célèbres films de science-fiction abordant le thème de la duplication, de la possession ou du remplacement des corps à travers le sujet du ''Body-Snatching'' en 1956, il ne fut pas le seul en ces années cinquante du siècle dernière à s'être aventuré dans cette voie puisque dès l'année suivante, Quatermass 2 s'en est ostensiblement approché. Ici, contrairement aux envahisseurs que traquera David Vincent dix ans plus tard, les extraterrestres sont conformes à l'idée que l'on se fait d'une espèce venue du fin fond de l'espace qui pour se cacher parmi la population prend possession de corps humains. Un fait d'ailleurs explicitement détaillé lors du récit et que va tenter de faire admettre par une population convaincue jusqu'à maintenant du bien-fondé du complexe situé à quelques kilomètres de distance et officiellement chargé de produire des aliments synthétiques. Lors de leur enquête Bernard Quatermass et l'inspecteur Lomax mettront à jour une organisation d'ampleur beaucoup plus effrayante que lors de leurs premières aventures en commun qui évoquait la seule présence sur le sol terrien d'un homme se transformant en une créature indicible dans le premier volet de la saga Quatermass ! Nettement plus ambitieux que son prédécesseur, Quatermass 2 bénéficie de décors réels et beaucoup plus vastes puisque les séquences situées dans le complexe chimique où se trouvent notamment enfermées de gigantesques créatures conçues par divers artisans spécialisés dans les effets-spéciaux de maquillage ont été tournée dans l'authentique raffinerie Shell Haven de Stanford-le-Hope située dans l’Essex. Quant à la cité fictive où sont concentrés les ouvriers qui vivent de l'installation dont ils ne se doutent pas des véritables enjeux, celle-ci prend place à Hemel Hempstead, petite ville du district de Dacorum, dans le Hertfordshire, en Angleterre... Beaucoup plus ouvert vers l'extérieur que le premier opus, cette séquelle peut-être donc vue par essence comme l'ancêtre européen des Envahisseurs, l'aspect paranoïaque en moins. Une œuvre de science-fiction très réussie pour une série de longs-métrages qui connaîtra une interruption de dix années puisque Quatermass and the Pit de Roy Ward Baker ne verra le jour qu'en 1967...


 

jeudi 14 mai 2026

The Quatermass Experiment de Val Guest (1955) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Originaire de Londres, le réalisateur et scénariste britannique Val Guest est surtout connu et reconnu pour avoir participé à l'élaboration d'un certain nombre de films d'horreur en Angleterre sous la houlette de la société de production Hammer Film Productions pour laquelle il signera durant sa carrière, une quinzaine de longs-métrages. Et parmi ceux-ci, les deux premiers volets de la saga constituée de cinq films The Quatermass Xperiment, dont la sortie des divers opus s'étalonna entre 1955 et 2005. Poursuivi avec Quatermass 2 en 1957, Quatermass and the Pit de Roy Ward Baker en 1967, The Quatermass Conclusion de Piers Haggard en 1979 et le reboot téléfilmique de l'original sobrement intitulé The Quatermass Experiment et réalisé en 2005 par Trevor Hampton et Sam Miller, le premier long-métrage de cette série mêlant opportunément science-fiction et épouvante s'inscrit dans un courant de qualité supérieur lorsque de l'autre côté de l'Atlantique, le cinéma américain a vu ces années là, nombre de productions de très faible qualité. Pour ne pas dire d'authentiques navets, une description à laquelle échappe fort heureusement The Quatermass Experiment version 1955. Si la science-fiction et l'épouvante sont deux genres qui cultivent depuis très longtemps un rapport ténu, il faudra probablement attendre le début des années cinquante pour voir émerger un nouveau concept, entremêlant créatures venues de l'espace et ambiance anxiogène. L'un des premiers du genre à avoir vu le jour demeurant The Thing from Another World de Christian Nyby en 1951. Quatre ans plus tard sort donc sur les écrans The Quatermass Experiment de Val Guest pour la Hammer Film Productions après une première apparition du personnage central dans une mini-série éponyme sortie deux ans plus tôt. Dans ce premier long-métrage cinématographique sorti chez nous sous le titre Le monstre, une fusée conçue et envoyée dans l'espace par le British-American Rocket Group du physicien Bernard Quatermass (ici incarné par Brian Donlevy) est de retour vers la Terre mais s'écrase dans la campagne anglaise avec à son bord trois astronautes.


La population du coin afflue, tandis que les pompiers s'apprêtent à ouvrir les vannes des tuyaux d'incendie sur ordre de Quatermass. Lorsque la porte de la fusée est ouverte à distance, un homme en sort, visiblement atteint physiquement par son retour sur notre planète. Secouru par une équipe de médecins, l'homme est transporté, toujours sur ordre de Quatermass, non pas à l’hôpital mais dans le laboratoire du docteur Gordon Briscoe (David King-Wood), un collaborateur du scientifique, permettant ce dernier d'avoir un œil sur le survivant. Alors que les deux autres astronautes ont mystérieusement disparu en laissant derrière eux des combinaisons pourtant attachées à leur siège, Briscoe n'a pas de bonnes nouvelles à annoncer à Quatermass ni à l'épouse de l'astronaute ayant survécu, Victor Carroon (Richard Wordsworth). En effet, l'homme semble être victime d'une maladie qui touche en priorité sa structure osseuse ainsi que son épiderme... Si pour beaucoup l'un des premiers grands classiques à avoir touché à la science-fiction typée ''aventure spatiale'' ou ''présence extraterrestre'' ainsi qu'à l'épouvante reste le mythique Alien, le huitième passager de Ridley Scott en 1979, The Quatermass Experiment n'en est pas moins l'un de ses plus remarquables ancêtres même si ces deux aspects ne sont suggérés qu'à travers le retour de trois astronautes après leur voyage dans l'espace et la lente mutation qui va faire du seul survivant, la victime d'un mal horrible mais aussi très dangereux pour ceux qui croiseront son chemin... Intégralement filmé en noir et blanc, le long-métrage de Val Guest oppose ensuite deux protagonistes. D'un côté Bernard Quatermass, qui voit ici l'occasion de faire des recherches scientifiques et de l'autre, l'inspecteur Lomax (Jack Warner), lequel enquête tout d'abord sur la disparition des deux autres astronautes avant que l'un et l'autre des deux personnages centraux ne viennent à collaborer afin de mettre la main sur un Victor Carroon qui depuis son passage du laboratoire de Briscoe à l’hôpital a finit par s'échapper.


Autre concept que l'on peut évoquer à travers ce classique de la science-fiction et de l'épouvante, le Body-Horror. Car si même dans sa version moderne le genre a surtout été développé par le canadien David Cronenberg dès le début des années soixante-dix, dans sa version beaucoup moins contemporaine, on peut remonter jusqu'aux années 30 à travers l'excellent Frankenstein de James Whale. Et pourtant, dès 1955 et avec The Quatermass Experiment, c'est bien la vision de Val Guest qui se rapproche le plus du concept tel qu'il est développé maintenant depuis plus de cinquante ans. Des chairs en mutation, une transformation globale du corps ainsi qu'une perte de la conscience humaine pour une approche beaucoup plus ''animale'', voire ''bestiale''. En ce sens, The Quatermass Experiment peut être envisagé comme l'un des premiers témoignages d'un courant qui aujourd'hui fait florès sur grand écran. Une œuvre accompagnée d'une bande musicale parfois très innovante pour l'époque et signée du compositeur britannique James Bernard. Notons que si les maquillages prosthétiques appliqués sur le visage de Richard Wordsworth restent encore pour l'époque relativement sobre, le regard halluciné de l'acteur demeure parfois troublant, voire même très inquiétant. Notons enfin qu'au lieu d'avoir appris de ses erreurs, le professeur Bernard Quatermass choisira en conclusion d'envoyer une nouvelle fusée dans l'espace. Ouvrant ainsi la porte à une séquelle qui verra donc le jour deux ans plus tard sous le titre Quatermass 2 aux États-Unis et sous celui de La marque en France...

 

mardi 5 mai 2026

Les chroniques de Riddick : Pitch Black de David Twohy (2000) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Dire que je fondais tous mes espoirs sur cette première aventure cinématographique du personnage créé par Jim Wheat, Ken Wheat et David Twohy serait très exagéré. Car si même l'évocation du Hunter Gratzer (ce vaisseau de transport passager et de commerce voguant dans l'espace en pilotage automatique qui me fit immédiatement et furieusement penser au cargo de transport de minerai Nostromo du chef-d’œuvre de Ridley Scott Alien, le huitième passager) me donna l'envie de me plonger dans l'univers de son personnage principal, Riddick, j'allais employer un maximum de précautions. Méfiant comme un pou face à la présence de Vin Diesel, acteur pour lequel je me découvris très vite une réelle aversion alors même que de mémoire je ne me souviens pas avoir jamais vu un seul de ses films. Vin Diesel, oui... Acteur branché ''action'', à la sensibilité de défourailleur d'antagonistes en tous genres qui dans le cas de ces Chroniques de Riddick : Pitch Black de David Twohy ne font évidemment pas le poids face à un mythe qui plus de vingt ans en arrière fit entrer dans la légende des icônes du cinéma d'épouvante, le magnifique xénomorphe du plasticien suisse Hans Ruedi Giger et sa principale adversaire, Ellen Louise Ripley plus connue sous le diminutif de Ripley... On a beau dire, et même parmi ceux qui détestent, n'importe quoi, mais personne n'a depuis Ridley Scott jamais fait mieux... à part, peut-être, James Cameron pour ceux qui privilégient l'action au suspens... Mais ça, c'est une autre histoire. Ici, David Twohy nous plonge pour les premières aventures de son héros Riddick à la surface d'une planète hostile, au climat sec et désertique, éclairé par trois soleils et sur laquelle vient justement s'écraser le Hunter Gratzer. Un ''atterrissage'' difficile qui cause plusieurs morts tandis que les survivants vont rapidement se mettre en route pour trouver de l'eau avant de mourir de déshydratation. Mais tout comme les spectateurs, la pilote Carolyn Fry (Radha Mitchell) ainsi que Johns (Cole Hauser), Imam (Lewis Fitz-Gerald) et plusieurs autres survivants dont deux gosses vont devoir affronter bien plus dangereux que le soleil brûlant et le manque d'eau et de nourriture. En effet, cette planète, située dans le système apparemment tout à fait imaginaire du nom de M-344/G, abrite des créatures qui patientent depuis plus de vingt ans qu'une nouvelle éclipse la plonge dans une obscurité totale pour sortir de leur terrier. Lorsque Johns se rend compte du danger, il libère Riddick qui jusque là était fait prisonnier. En effet, s'il s'agit d'un très dangereux criminel, l'homme possède cependant un atout qui va s'avérer primordial : il est capable de voir dans le noir...


Je ne sais pas s'il faut considérer Vin Diesel comme l'assurance de passer un spectacle sinon vertigineux, du moins agréable mais avec cette conscience qui je trouve reflète chez son personnage celle d'un outil industriel autonome fabriquant des aliments pour animaux domestiques dans une usine de conserves, il est évident que le mot ''finesse'' et ''profondeur'' d'âmes ne sont pas des termes qui à proprement parler lui collent à la peau. Star de Fast and Furious, cette autre franchise, cette fois-ci interminable, Vin Diesel murmure plus qu'il n'en impose d'une éventuelle voix grave qui aurait collé à sa physionomie de porteurs de poids lourds. Face à lui, l'actrice Radha Mitchell que l'on a pu notamment découvrir en héroïne dans l'excellent Silent Hill de Christophe Gans en 2006 joue sans trop de force sur ses atouts féminins. Une bête et une belle affrontant ensemble des hordes de créatures... comment dire.... ''xénomorphiques'' (?) du plus détestable effet. Et dire que je lisais quelque part qu'elles étaient comparables à l'alien de Ridley Scott ! Une blague ! Pour qui aime ce genre de délire brutal entre action, science-fiction et horreur, c'est la panacée. Pour ceux qui aiment pouvoir se complaire devant une œuvre qui repose davantage sur l'émotion ressentie devant un bon film d'épouvante, c'est la désillusion. Doté d'une direction artistique unique mais qui déplaira sans doute à une partie des spectateurs malgré des choix esthétiques qui méritent d'être mentionnés (bravo au directeur de la photographie David Eggby), l'âge et le budget moyen des Chroniques de Riddick : Pitch Black posent un véritable problème depuis que le long-métrage à dépassé le quart de siècle : les effets-spéciaux sont souvent à la ramasse et ne parviennent pas à cacher leurs origines numériques. Mais au fond, quelle importance ? Car au delà de cette faille visuelle qui aura pour conséquence de sortir le spectateur du récit, Les Chroniques de Riddick : Pitch Black n'a en réalité pas grand chose d'innovant à nous proposer. Pas même en cette année 2000 où le film sort sur les écrans. Bourrins et exécuté sans finesse aucune, l’œuvre de David Twohy est objectivement plus proche de la série Z que du classique de la science-fiction. Ceci étant du moins mon point de vue...

 

vendredi 17 avril 2026

Morons from Outer Space de Mike Hodges (1985) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Auteur de thrillers, d'épisodes de séries télévisées ou de clips vidéos, le réalisateur et scénariste britannique Mike Jodges a commis en 1985 l'une de ces parodies dont les ZAZ (les frères David et Jerry Zucker et Jim Abrahams) se firent longtemps les spécialistes. Mais alors que de l'autre côté de l'Atlantique le trio de cinéastes rencontra le succès à travers des œuvres telles que Y a-t-il un pilote dans l'avion ?, Top secret ! ou bien la série des The Naked Gun avec Leslie Nielsen, Mike Hodges signa avec Morons from Outer Space un bousin franchement indigeste qui se trouve être à l'extrême opposé du cinéma comique hexagonal qui durant de nombreuses années bénéficia d'une très riche écriture. Ce qui manque ici cruellement. Parodiant le cinéma de science-fiction à travers une rencontre du troisième type parfaitement absurde, il faut être particulièrement attentif sur le fait que ce long-métrage qui chez nous est sorti sur grand écran le 28 août 1985 sous le titre Les débiles de l'espace est d'une bêtise sidérale et sidérante. Et puisque pour une fois la traduction est relativement proche de l'original, on ne va pas mégoter sur les superlatifs s'agissant de la crétinerie qui sert ici de fond de commerce à une œuvre qui ne raconte pas grand chose et semble être surtout l'occasion d'enchaîner des gags bien lourds et peu efficaces auprès de celui ou celle dont les exigences se tournent en général vers des dialogues fin, raffinés et surtout, très inspirés... De là à dire que Mike Jodges prend les spectateurs britanniques pour des cons, il n'y a qu'un pas. Vues les origines du long-métrage et d'une bonne partie des interprètes, c'est en fait avec les Monty Python que l'on devrait comparer cet O.F.N.C (pour Objet Filmique Non Consommable). Alors que la mythique troupe dont chaque élément œuvra en collaborant ou en travaillant en solo fut à l'origine de films devenus cultes, Mike Jodges met ici en scène un film poussif, mélangeant science-fiction, parodie, comédie (parfois musicale) pour un résultat qu'il est difficile chez nous de définir à sa juste valeur...


Sans doute trop sensibles sommes nous pour adhérer à la lourdeur des dialogues, à cette gestuelle et ce phrasé qui tentent de pallier au manque évident qui concerne la qualité des dialogues, ou à ce jeu perpétuellement outré qui désamorce même les séquences qui pourraient prétendre à un peu plus de sérieux comme lorsque Desmond Brock (Jimmy Nail) subit un interrogatoire musclé de la part du colonel Raymond Laribee (James B. Sikking) ou lorsque Bernard (Mel Smith), enfermé dans un asile, subit un traitement de choc non pas à l'aide d'électrochocs mais d'une musique abrutissante ! Mais que raconte donc Morons from Outer Space ? Et bien, l'histoire de quatre extraterrestres du nom de Sandra Brock (Joanne Pearce), de son époux Desmond, de Julain Tope (Paul Bown) et donc de Bernard, séparés lors du crash de leur vaisseau spatial. Interceptés par l'armée qui les dirige immédiatement vers un centre gouvernemental secret par le colonel Raymond Laribee, les trois premiers vont être séparés du quatrième qui de son côté sera enfermé dans un hôpital psychiatrique. Relativement flemmards, le scénario et la mise en scène ne s'embarrassent pas de la moindre originalité concernant nos quatre extraterrestres. Car en dehors de leur débilité qui, il est vrai, s'avère hors du commun, qu'il s'agisse de leur nom ou de leur tenue vestimentaire, rien ne les distingue de n'importe quel homme ou femme habitant sur notre planète. Parlant (chez nous) un français très intelligible et dénué de tout accent qui permettrait d'imaginer qu'en effet, ces quatre là viennent de très loin dans l'espace, le film enchaîne sans discontinuer les gags à deux balles ! Enfonçant bien profondément dans le crâne du spectateur que ces visiteurs de pacotille n'ont rien dans le ciboulot. Une déficience mentale qu'ils partagent d'ailleurs avec la plupart des humains qu'ils auront eu l'occasion de croiser durant cette aventure qui fort heureusement n'excède les quatre-vingt dix minutes que de très peu... Bref, à moins d'avoir le mental d'un adolescent attardé ou d'être féru de ce genre d'humour de très bas étage, Morons from Outer Space demeure une inconvenance pour quiconque fait preuve d'un minimum de goût en matière de comédie, même potache !

 

lundi 6 avril 2026

Ribā, Nagarenaide yo de Junta Yamaguchi (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Trois ans après la vertigineuse boucle temporelle de Dorosute no Hate de Bokura (Beyond the Infinite Two Minutes), le réalisateur japonais Junta Yamaguchi reprend le concept tout en changeant certains principes. Tandis que Mondays: Kono Taimu Rûpu, Jôshi ni Kizukasenai to Owaranai de son compatriote Ryo Takebayashi sortait la même année en mettant en scène des employés de bureau confrontés à une boucle temporelle s'étalant sur une semaine entière, Junta Yamaguchi réduit la durée à deux minutes. Ribā, Nagarenaide yo (ou En boucle chez nous) s'inscrit donc dans la même temporalité que son prédécesseur qui par contre démultipliait le concept à travers la présence d'un poste de télévision qui diffusait des images provenant d'un futur très proche puisque n'étant séparé du présent que de deux minutes. Si le concept de boucle temporelle n'est pas très récent, le scénariste Makoto Ueda a su avec Dorosute no Hate de Bokura apporter sa touche personnelle en imaginant les conséquences que pourraient avoir la présence de plusieurs postes de télévision diffusant chacun des images du futur toutes décalées de deux minutes. Laissant ainsi le spectateur et les personnages imaginer les conséquences d'une telle addition de décalages temporels... Concernant, Dorosute no Hate de Bokura, Junta Yamaguchi a une nouvelle fois laissé à Makoto Ueda le soin d'imaginer un autre type de boucle temporelle qui éviterait de reprendre très exactement la même idée que l’œuvre précédente tout en traitant du même sujet. Si Ribā, Nagarenaide yo se déroule dans un contexte peu ou prou similaire, un restaurant pour le premier, une auberge traditionnelle pour le second, le phénomène va s'avérer d'un tout autre ordre puisque situé à Kibune, un secteur de l'arrondissement de Sakyō-ku situé dans la ville de Kyoto, l'auberge où se déroule l'action sera le théâtre d'événements extraordinaires auxquels ni les propriétaires de l'établissement, ni les clients n'auront été préparés. Tout commence alors que l'employée Mikoto (Riko Fujitani) prend une pause au pied de la rivière qui borde la bâtisse. Retrouvant ensuite le maître d'hôtel (Munenori Nagano) avec lequel elle est chargée de nettoyer les chambres, un retour en arrière de deux minutes dans le temps s'opère et Mikoto se retrouve à nouveau devant la rivière à l'endroit exact où elle avait précédemment pris sa pause.


Reprenant le chemin des chambres et rencontrant une nouvelle fois le maître d'hôtel, la jeune femme et ce dernier se rendent rapidement compte que quelque chose cloche. L'un et l'autre sont tout d'abord persuadés d'être les témoins du fameux ''déjà-vu'' qui implique un ''bug'' dans la matrice et persuade ceux qui en sont les victimes d'avoir déjà vécu le même événement. Mais lorsque une nouvelle fois Mikoto et tous les protagonistes du récit se retrouvent de retour deux minutes dans le passé, les choses s'enclenchent véritablement. Si Ribā, Nagarenaide yo s'avère particulier en comparaison de la concurrence en matière de Boucles Temporelles, c'est parce que les personnages ont immédiatement conscience de ce qui leur arrive. Mieux : ils gardent en mémoire ce qu'il ont vécu les deux minutes précédentes. Celles-là même qui voudraient qu'ils vivent inlassablement les mêmes péripéties. Mais tout autant que le scénariste, lequel est donc à l'origine du phénomène, la plupart des personnages accusent facilement le coup en profitant de l'opportunité qui leur est offerte de jouir de cet incessant ''reboot'' pour s'y adapter et ainsi régler certains problèmes directement liés à leur fonction au sein de l'établissement... Tout comme les clients, d'ailleurs. Comme ce ''couple'' (interprété par Masashi Suwa et Gōta Ishida), condamné à manger le même plat de riz. Ou cet autre, Sugiyama (Haruki Nakagawa), qui durant l'événement prenait un bain et se retrouve malgré lui enfermé dans une boucle qui le contraint à rester ''éternellement'' enfermé dans un sauna. Le cadre de Ribā, Nagarenaide yo représente à plus ou moins grande échelle le rêve de quiconque voudrait vivre éternellement, en revivant chaque fois le même instant sans être empêché de faire évoluer les événements. Mais tout en permettant aux personnages de ''continuer à vivre leur vie'', le scénariste et le réalisateur leur imposent malgré tout quelques savoureuses contraintes. Au final, Ribā, Nagarenaide yo n'est peut-être pas aussi ''fou'' que Dorosute no Hate de Bokura mais les amateurs de science-fiction et de boucles temporelles en particulier seront ravis de se replonger une fois encore dans ce genre de récit...

 

jeudi 2 avril 2026

The Curious Female de Paul Rapp (1969) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Nous sommes en 2427 et tandis que l'humanité est désormais régie par un superordinateur, les mœurs ont depuis longtemps été radicalement transformées et sont maintenant conduites par cet alter ego du Big Brother de George Orwell. Resté longtemps assistant de direction et réalisateur de seconde équipe, Paul Rapp (lequel n'a bien évidemment aucun lien de parenté avec le regretté Bernard Rapp aujourd'hui disparu depuis presque vingt ans) n'aura signé que deux longs-métrages sous son seul nom. Celui que l'on va donc évoquer ici et qui à vu le jours à la toute fin des années soixante ainsi que le documentaire sportif Go for it qui sortira sept ans plus tard... Derrière le très énigmatique titre The Curious Female, le cinéaste américain se retranche derrière son propre script qui parfois semble avoir été écrit sous l'influence d'opiacées tant le film se joue de la libération sexuelle et son fameux slogan ''Faites l'amour, pas la guerre'' né dans le contexte de la guerre du Vietnam et notamment associé aux mouvements pacifistes... Dans un monde où l'hygiène sexuelle a ses codes et ses réserves, un couple a choisi de braver les interdits en projetant de vieilles bobines de films censurés qui à notre époque relataient la sexualité dans sa forme la plus débridée. En réalité, rien de comparable avec les orgies auxquelles s'adonnent dans ce futur dystopique les spectateurs venus découvrir comment leurs plus vieux ancêtres envisageaient leur sexualité. Hommes et femmes s’entrelacent dans un bain de chairs qui rappellent peu ou prou le mythe des orgies romaines sans toutefois repousser les limites de l'indécence que connu la version hard du classique du péplum érotico-pornographique réalisé en 1979 par le cinéaste italien Tinto Brass, Caligula. En effet, dix ans avant ce véritable choc cinématographique alliant les scènes de sexe les plus crues à de spectaculaires mises en scène de la souffrance, The Curious Female paraît désormais bien timide même si la nudité y demeure l'un des sujets essentiels de cette œuvre que l'on évoquera sous le terme de comédie de science-fiction érotico-psychédélique... Au-delà de son évidente légèreté, son auteur aime se jouer du caractère parfois ambigu de certaines relations et d'attitudes vis à vis de son prochain du sexe opposé qui aujourd'hui ne devrait logiquement plus avoir court. Tout en ayant à contrario le culot de juger certains actes en les glorifiant à travers cette recherche de l'interdit traduit par un monde qui réprouve toute forme d'excès...


Bref, on se touche, s'embrasse et se fait l'amour sans complexes et à l'abri du regard du superordinateur temporairement déconnecté pour ressentir des sensations appartenant au passé et qui pour Susan (interprétée par la délicieuse Angélique Pettyjohn qui la même année joua dans Le Médecin dément de l'île de sang de Gerardo de Leon) restaient jusque là insoupçonnables. Dans des décors kitschissimes propres aux années soixante et aux productions à petit budget, The Curious Female démarre donc comme un long-métrage de science-fiction mêlant mobilier futuriste et costumes de la Rome Antique avant de faire un bond à travers le passé lors de la projection d'un vieux long-métrage mettant en scène trois jeunes femmes vierges (la virginité étant au centre du débat). Alors qu'en 2427, les adolescentes âgées de 13 ans seulement sont systématiquement envoyées se faire dépuceler par des hommes beaucoup plus âgés qu'elles, interdisant ainsi à ces dernières de concevoir ce qu'est réellement le concept de virginité, le film qui leur est projeté montre qu'à une certaine époque, celles-ci avaient le pouvoir de maîtriser leur corps. Un concept qui là encore semble avoir disparu dans le futur... Si The Curious Female traite effectivement de la virginité, il s'essaie également au sujet du viol (parfois incestueux), de la prostitution (les trois jeunes femmes en question étant ''reliées'' à une entreprise qui octroie à de libidineux personnages masculins le droit de cuissage moyennant finances), de ''l'interracialité'' ou de l'homosexualité. Ces deux derniers connaissant une évolution en fin de décennie alors qu'ils étaient jusque là stigmatisés et moralement considérés comme tabous ! Sur un sujet qui donc s'avère particulièrement fort, The Curious Female n'en est pas moins un long-métrage relativement décevant. Du moins, de nos jours puisque prises avec légèreté, la plupart des séquences n'impactent que très peu la conscience du spectateur qui voit davantage en cet Objet Filmique Non Identifié, une blague de potache sexy (sexiste?) où la Femme n'est que l'objet de l'obsession de l'Homme. Une œuvre qui s'inscrit donc bien dans la comédie et moins dans le drame social...

 

jeudi 26 mars 2026

Parallel d'Isaac Ezban (2018) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Avec ses allures de très long épisode de la série de science-fiction Au-delà du réel : l'aventure continue, l'antépénultième long-métrage réalisé en solo par le cinéaste mexicain Isaac Ezban fait tout d'abord peur à voir. Mais pas pour les mêmes raisons que la plupart de ses travaux qui s'inscrivent généralement dans le cinéma d'horreur mais parce que justement et en comparaison de la série évoquée ci-dessus, le concept laisse envisager une science-fiction programmée à partir d'un script, d'une mise en scène et d'une interprétation apparemment très en deçà de ce que l'on est en droit d'attendre. Et pourtant, après un démarrage laborieux, l'ambitieux scénario de Scott Blaszak est tel qu'Isaac Ezban nous livre sans doute ici l'un de ses meilleurs films. Changeant ainsi de braquet pour nous raconter l'histoire de quatre amis dont deux d'entre eux vont tout d'abord présenter un projet en commun d'application à de potentiels investisseurs qui leur apprendront qu'un concurrent (Chad Krowchuck dans le rôle de Seth) leur a coupé l'herbe sous le pied puisque celui-ci s'apprête déjà à présenter son propre modèle. Pressés par le temps puisqu'ils n'ont que quelques jours pour présenter le leur, Devin, Noël, Josh et leur partenaire féminine Leena sont désemparés. Autant dire que l'investissement sur lequel ils comptaient risque de leur passer sous le nez. Mais c'était sans compter sur une serveuse et amie prénommée Carmen (Alyssa Diaz) qui leur apprend qu'ils se sont installés tous les quatre dans une demeure réputée hantée et dont l'ancienne propriétaire a mystérieusement disparu. À la lumière de cette nouvelle, les quatre amis inspectent la demeure et découvrent très vite qu'au grenier trône un miroir très spécial. En effet, selon son inclinaison, il devient possible d'y pénétrer et de se retrouver dans un monde en tout point ou presque similaire à celui de nos quatre protagonistes... Dans le cas de Parallel, il s'agit moins pour Isaac Ezban d'introduire le récit dans le concept des boucles ou des voyages temporaux que dans celui des multivers. Un peu à la sauce de la géniallissime série télévisée de science-fiction Sliders : les mondes parallèles dans laquelle les quatre héros voyageaient d'univers en univers dans l'espoir de retrouver le leur... Si l'on n'ira pas jusqu'à dire que Parallel vaut largement la série créée en 1994 par Tracy Tormé et Robert K. Weiss, le long-métrage du mexicain vaut malgré tout son pesant d'or...


Surtout lorsque le cinéaste s'amuse à décrire les ambitions des uns et des autres ainsi que les différentes possibilités qui s'offrent à ces quatre protagonistes plutôt bien campés par Aml Ameen, Martin Wallström, Mark O'Brien et Georgina King. Jouant notamment avec le temps puisqu'un voyage ''derrière le miroir'' de quinze minutes équivaut à cinq secondes dans le monde de Devin, Noël, Josh et Leena, l'on devine déjà quelles ambitions vont être mises en œuvres dès la découverte par nos quatre héros de ce curieux phénomène ! Ensuite, ils découvrent qu'en voyageant dans divers mondes semblables au leur, certains événements propres à leur existence connaissent quelques divergences. C'est ainsi que Leena, laquelle ambitionne par exemple de faire carrière dans la peinture découvre que l'un de ses ''doubles'' est quant à elle devenue célèbre dans cette discipline. De son côté, le très ambitieux Devin va s'employer à dérober lors des voyages qu'il entreprendra, des concepts pour les rapporter et ainsi gagner beaucoup d'argent. Concernant Noel et Josh, le développement de ces deux personnages s'avérera nettement plus intéressant puisque le premier, dont le père s'est suicidé alors qu'il a été envoyé en prison pour escroquerie, va tenter de le retrouver dans un monde où celui-ci est toujours bien vivant. Quant à Josh, là encore, le script de Scott Blaszak s'enrichit d'un concept relativement remarquable puisque tué par un mari trompé par sa femme dans l'un des mondes visités par le jeune homme sera remplacé par l'un de ses doubles sans que ce dernier ne se doute qu'il ne vit plus dans le sien mais dans celui de nos héros. Et comme décrit plus haut, sachant que certains détails diffèrent d'un monde à l'autre, les conséquences psychologiques sur l'état de santé mentale de Josh seront dévastatrices... En développant plusieurs idées autour non pas d'un seul protagoniste mais bien des quatre mais également autour de leurs implications personnelles et communes, le réalisateur mexicain développe toute une série de concepts tournant autour de l'espace et du temps, créant ainsi chez ses quatre principaux personnages toute une série de dérèglements qui vont tout droit les mener au chaos. Probablement doté d'un budget réduit, Parallel offre ainsi pourtant une aventure riche d'événements, relativement brillants s'agissant de l'interconnexion entre les divers personnages et jamais ennuyeux du fait que le récit soit sans cesse relancé. Les craintes initiales étant ainsi réduites à néant pour le plaisir du spectateur...

 

lundi 23 mars 2026

The Well de Hubert Davis (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Ça se bouscule du côté de la science-fiction dystopico-post-apocalyptique. Un peu comme lors du Black Friday, à l'entrée des magasins, lorsque les gens se piétinent, qui pour un téléviseur, qui pour un aspirateur dernier cri, qui pour une machine à laver ! De beaux exemples d'une humanité qui oublie dans ces cas là, tout discernement... Maintenant, s'agissant du thème qui nous intéresse ici, l'on est face à un objet filmique facilement identifiable et qui prend tout son temps. Non pas sur une durée étirant le récit sur deux ou trois heures mais juste sur ce qu'il faut de temps pour le réalisateur Hubert Davis et les scénaristes Michael Capellupo et Kathleen Hepburn de développer un script qui, s'il ne révolutionne pas le genre, profite malgré tout du sens inné de ses auteurs lorsqu'il s'agit pour eux de décrire un monde dans lequel l'humanité tente de survivre après un drame écologique d'ordre mondial. Dans le genre, l'on aura eu droit à tout. À commencer par diverses invasions. Celles d'infectés et de zombies mais aussi celles de tout un tas de créatures. Puis interviennent des éléments naturels contre lesquels l'Homme ne peut rien faire. Chute de météorites, tremblements de terre, éruptions volcaniques, Tsunamis, notre Terre Mère est parfois bien revancharde lorsqu'il s'agit de nous faire payer nos excès. Et puis, demeure l'une des sources de vie primordiales : l'eau ! Cet élément essentiel sans lequel aucune vie ne serait possible sur notre planète et qui dans le cas de The Well (en français, Le puits) est contaminée en dehors de quelques rares exceptions... Le long-métrage de Hubert Davis met tout d'abord en scène les personnages d'Elisha Devine (Joanne Boland), son époux Paul (Arnold Pinnock) ainsi que leur fille Sarah (Shailyn Pierre-Dixon). Une famille isolée du monde extérieur et qui jusqu'à maintenant a réussi à survivre grâce à un puits dont l'eau est demeurée potable. Malheureusement, le purificateur permettant de la filtrer est désormais endommagé et les réserves de la famille commencent à s'épuiser. C'est alors qu'arrive dans les parages, Jamie (Idrissa Sanogo), lequel prétend être le neveu de Paul. Relativement soupçonneuse, Elisha accueille la nouvelle avec prudence. Isolé dans une ''cage'' le temps de s'assurer qu'il n'est pas atteint de la maladie liée à l'eau contaminée qui à jusqu'à maintenant décimé une importante partie de l'humanité, le jeune garçon est finalement accepté au sein de la famille. Prétextant pouvoir remplacer le filtre du purificateur dans le camp où il était précédemment installé, Jamie s'en empare et décide de prendre la route sans en référer à son oncle mais en étant suivi par sa cousine Sarah...


Armée d'un fusil, l'adolescente arrive en compagnie de Jamie dans un minuscule camp régenté par une certaine Gabriel (Sheila McCarthy que l'on a pu notamment découvrir dans 58 minutes pour vivre de Renny Harlin en 1990 ou Le jour d'après de Roland Emmerich en 2004)... Rien que de très banal en apparence pour ce long-métrage qui réunit tous les éléments du film de science-fiction post-apocalytique. Jusqu'à même mettre en scène un antagoniste à la forte personnalité et justement incarné par cette femme d'âge mûr sans doute beaucoup trop souriante et bienveillante pour n'être que la vieille femme que tout le monde rêve de côtoyer dans ce genre de récit. Sans avoir le profil du gourou derrière lequel se cache une poignée de survivants qui comptent tous sur elle pour se maintenir en vie, Gabriel porte pourtant sur elle tous les stigmates de celui ou celle que l'on craint de rencontrer... The Well distille son comptant de séquences fortes, abordées sur un rythme lent, qui laisse une place importante à la caractérisation des personnages. Permettant ainsi au spectateur de se reconnaître dans l'un ou l'autre des personnages parmi lesquels nous ajouterons notamment la jeune Milly (Noah Lamanna, notamment découverte dans les séries Star Trek: Strange New Worlds et The Last of Us) ou bien Wanda (Natasha Mumba), cette jeune mère d'un bébé qui éprouve de grandes difficultés à le nourrir par le sein tant le manque d'eau se fait pesant... Ici, la lenteur du récit n'est pas directement liée à l'ennui. Bien au contraire, plutôt que d'abreuver les spectateurs de séquences chocs même si à une ou deux occasions le réalisateur ne se gêne pas pour en produire, The Well est doté d'une ambiance lourde, anxiogène, le script de Michael Capellupo et Kathleen Hepburn intégrant merveilleusement bien le contexte familial des Devine qui outre leur tentative de survivre dans un monde parfois hostile a vécu un drame dont ils ne se sont jamais vraiment remis. Mise en scène et interprétation sobres. Tout comme les décors et l'absence d'effets-spéciaux déterminent un futur proche réaliste. S'il y a peu de chance que The Well fasse des vagues en comparaison des blockbusters américains, cette production canadienne que l'on devine dotée d'un budget restreint est en fait une excellente surprise. Et si le sujet n'est évidemment pas novateur, l'on peut compter sur un traitement soignée de l'œuvre pour passer un très bon moment...

 

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