jeudi 13 août 2026

The End of Oak Street de David Robert Mitchell (2026) - ★★★★★★★☆☆☆


Si l'on met de côté sa comédie romantique The Myth of the American Sleepover sortie aux États-Unis en 2010 mais pas chez nous en France en dehors de sa présentation au Festival de cannes la même année, beaucoup s'accorderont pour dire que David Robert Mitchell a démontré tout son talent dans les domaines de l'épouvante et du fantastique en signant deux œuvres indissociables l'une de l'autre s'agissant de leurs qualités et de leur originalité. It Follows en 2014 et Under the Silver Lake quatre ans plus tard. Tandis que la suite du premier intitulée They Follows est semble-t-il prévue pour l'année prochaine, David Robert Mitchell nous revient cette année avec l'inattendu The End of Oak Street. Un retour du réalisateur sur le devant de la scène autant espéré par ses fans que redouté par ces mêmes ''supporters'' du cinéaste américain au vu d'un synopsis qui peut tout autant se défendre chez un artiste aux concepts souvent très originaux qu'inquiéter de part la vacuité évidente du propos. Alors, original The End of Oak Street ? Si la question mérite d'être posée, c'est sans doute parce que voyage dans le temps et dinosaures sont des concepts qui eux-mêmes ont déjà fait les beaux jours des petits et grands écrans. En 1974, la série Land of the Lost projetait une famille dans un monde peuplé de dinosaures. En 2007, la série Nick Cutter et les Portes du temps permettait notamment à son héros de croiser la route là encore de créatures préhistoriques. On citera bien évidemment la double franchise Jurassic Park/Jurassic World, ainsi que les séries Dinotopia en 2002, le miteux The Dinosaur Project en 2012 ou encore bien évidemment la série Terra Nova qui elle, justement, mêlait directement voyage dans le temps et rencontre avec des dinosaures... Toujours est-il que ça n'est pas tant le script qu'il a lui-même écrit pour son nouveau projet que son retour huit ans après Under the Silver Lake qui donne des ailes aux aficionados de David Robert Mitchell. Et donc...


Il faut savoir qu'avant de concevoir le projet autour de The End of Oak Street, le réalisateur avait imaginé mettre en scène un film de super-héros afin de s'éloigner de son image de cinéaste indépendant. Cependant, le Covid ayant fait son œuvre entre-temps, David Robert Mitchell est passé à autre chose. En déambulant devant un garage et une ruelle, il imagine alors voir apparaître un dinosaure ! L'un des points essentiels reste surtout pour lui d'approfondir les rapports et les interactions entre chaque personnage qu'il juge généralement délaissés dans ce genre de grosses productions. C'est ainsi qu'entre Denise Platt (Anne Hathaway) et son époux Greg (Ewan McGregor) les rapports sont tendus. Le père de famille a récemment découvert à la lecture du roman qu'a écrit sa femme que celle-ci avait l'intention de ''changer d'air''. Allant même jusqu'à laisser derrière elle non seulement son mari mais aussi leurs deux enfants Audrey (Maisy Stella) et Brian (Christian Convery). Mais alors que la petite famille s'endort un soir dans sa charmante petite maison d'un lotissement typique des États-Unis, le fils est réveillé en pleine nuit par une lumière aveuglante. Le lendemain, leur voisin Mel Jacobs (P. J. Byrne) vient frapper à leur porte et les accuse d'avoir déposé une montagne d'excréments dans son jardin. Mais la vérité est ailleurs. En effet, on ne sait par quel miracle (ou par quel malheur) tout le quartier s'est retrouvé projeté dans le passé, au temps des dinosaures. Il va désormais s'agir pour Greg et les siens de ressouder les liens afin de survivre aux nombreuses péripéties qu'ils vont rencontrer...


La première des particularités est ici d'avoir non seulement envoyé dans le passé tous les habitants d'un lotissement se faire traquer et dévorer par une multitude de créatures gigantesques, rampantes, galopantes et volantes mais également le quartier lui-même. Pires que leur très hargneux voisin qui ne cessait jusque là que de se plaindre des aboiements de leur chien, Greg, Denise, Audrey et Brian vont donc être confrontés à de très belliqueuses créatures. Au menu, les classiques vélociraptors, Tricératops, et Tyrannosaures mais aussi d'immondes bestioles beaucoup moins communes comme cet immense ''serpent'' blanc et visqueux qui va donner du fil à retordre aux Platt. S'il est difficile d'expliquer la présence d'un trou de ver qui va envoyer toute une population se faire attaquer par des créatures issues du Mésozoïque, le généralement très minutieux David Robert Mitchell conçoit comme on le devine un retour final vers le présent (du moins, celui des Pratt et de leur voisin qui s'inscrit en 1982) après que la mère et ses deux enfants aient trouvé un moyen de revenir chez eux (le père ayant été dévoré par un tyrannosaure). Une fin un peu légère pour ceux qui ont appris à être exigeants envers l'auteur du parfois très complexe Under the Silver Lake. Si l'intention de David Robert Mitchell était effectivement de se sortir de son image, le pari est réussi. Il signe en effet avec The End of Oak Street un blockbuster très poli, très lisse et souvent avare en scènes gores. Ici, pas question de se prendre la tête en réfléchissant sur le pourquoi du comment puisque seul le cinéaste possède véritablement la clé de l'énigme. Usant de ficelles parfois grossières pour justifier et expliquer l'aventure et le retour au présent de ses personnages, on est malheureusement ici bien loin du génie de ses deux précédents longs-métrages. Un bon gros divertissement des familles, sans plus...


dimanche 9 août 2026

Le dernier refuge de Louis Leterrier (2026) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Attention : cet article contient un certain nombre de spoilers !

 

Mais quel est donc ce film qui voit fleurir un peu partout sur les réseaux des critiques élogieuses quand d'autres y vont de leur petit commentaire assassin depuis qu'il a été mis en ligne sur la plateforme de streaming Netflix voilà deux jours ? Il faut tout d'abord savoir que son auteur ne nous vient pas d'outre-atlantique mais de France. Et oui, cocorico, Louis Leterrier est français, originaire du huitième arrondissement de Paris et passe allégrement d'un continent à l'autre pour tourner des œuvres qui semblent tout d'abord et majoritairement faites pour un public adolescent nourri au cinéma d'action (Le transporter 1 & 2, Danny the Dog, Insaisissables), à la comédie grasse et vulgaire (Grimsby : Agent trop spécial), au blockbuster survitaminé et bêtifiant (L'incroyable Hulk, Le Choc des Titans, Fast and Furious 10) et à la comédie française avec Loin du périph, la suite de De l'autre côté du périph de David Charhon avec Laurent Lafitte... Cette fois-ci, le dernier long-métrage de Louis Leterrier vient rejoindre la longue cohorte de longs-métrages qui mettent un peu trop rapidement en scène des créatures dont on ne connaîtra malheureusement pas les origines. Des ''Poulpes Humanoïdes'' relativement ridicules qui soit viennent d'une autre planète, ce qui en soit paraît fort peu probable car alors comment expliquer qu'avec leurs tentacules ils aient pu piloter leur vaisseau spatial, soit viennent des profondeurs marines de notre planète comme l'évoquera l'un des quatre personnages centraux du récit... Le dernier refuge (ou The Last House à l'internationale) peut tout d'abord être décrit comme une sorte de conte moral et social à la manière d'un ouvrage écrit par le romancier américain Stephen King avant d'être adapté sur grand écran ou comme ici, pour une plateforme de streaming. Pourtant, ici, rien à voir avec l'auteur de Christine, de Carrie, du Fléau, de Stand by Me ou de Ça puisque l'on doit le scénario à Matthew Robinson, scénariste qui pour l'instant n'a pas fait d'autres étincelles que l'écriture d'un peu plus d'une dizaine de scripts parmi lesquels celui de son unique long-métrage réalisé en 2009 et intitulé The Invention of Lying !


Celui de ce Dernier Refuge dont le titre fleure bon la science-fiction apocalyptique évoque l'étrange aventure que vont connaître les membres d'une famille constituée du père Jason (Wagner Moura), de la mère Riley (Greta Lee), du fils Graham (incarné par Noah Alexander Sosnowski et Gabriel Barbosa) et de la fille Ruth (interprétée quant à elle par Riley Chung puis par Emma Ho). Dans le cas du Dernier Refuge, il est question d'une famille qui du jour au lendemain se retrouve retranchée dans sa demeure sans possibilité d'en sortir. La question se pose alors de savoir s'il s'agit d'un piège qui pourrait éventuellement donner l'impression d'être une confortable prison dorée ou si les lieux finiront par devenir la future tombe de ses quatre occupants. Se pose ensuite la question qui restera elle aussi peu ou prou sans réponse de savoir qui ou quoi les condamne à rester cloîtrés chez eux. Le Gouvernement ? Ou bien ces créatures qui régulièrement viennent rôder dans les parages à la recherche d'hypothétiques victimes ? Le film de Louis Leterrier est en fait surtout l'occasion pour le cinéaste de développer une intrigue autour de la cellule familiale, de son évolution à travers les jours, les semaines, les mois et même les années. Des protagonistes coupés du monde extérieur puisque Internet ne fonctionne plus mais surtout, confrontés à des ressources alimentaires qui s'épuisent. La mère tente bien de faire pousser des légumes mais l'eau devenant une denrée rare, le fruit de son labeur se traduit tout d'abord par la culture de tomates grosses comme la première phalange de l'auriculaire ! Le script de Matthew Robinson traduit alors l'inquiétude et la terreur de ses habitants à travers des changements de comportement. Fort heureusement, le père, en véritable Mac Gyver 2.0 est capable de fabriquer des pièges à partir d'objets démontés puis remontés trouvés dans le garage familial. Nous noterons en outre la présence d'une voiture construite par ses soins, symbole de tout un tas d'incohérences qui vont venir gripper le récit pour quiconque est attaché à un certain nombre de détails.


Tout commence lorsque Ruth ''visite'' le conduit d'évacuation d'une cheminée qui servira en outre à faire passer vers l'extérieur de petits pièges censés chasser des animaux s'approchant d'un peu trop près de la maison. Comment donc la famille est-elle parvenue à faire passer une corde de l'intérieur de la demeure vers l'extérieur ? Une question que le spectateur se posera invariablement chaque fois que Jason enverra le piège qui, de plus, tombera à chaque fois miraculeusement du bon côté de la maison. Soit, du côté de la grande baie vitrée. Pour en revenir à la voiture parquée dans le garage depuis maintenant plus de cinq années, l'on sera surpris de constater que la batterie fonctionne parfaitement alors que du propre aveu du père de famille, il n'y a plus d'électricité dans la maison. Et il ne faut pas être un expert en mécanique pour savoir qu'au fil du temps, une batterie finit par se décharger naturellement. Ensuite, comment expliquer que les pneus, complètement à plat aient retrouvé leur forme d'origine lorsque enfin Jason daigne au bout de cinq ans, tenter de défoncer la porte du garage à l'aide de son bolide ? On pourrait ainsi lister tout ce qui ne va pas en terme de scénario. De la jeune Ruth qui semble vouloir au bout de cinq ans exclure toute nourriture provenant d'un animal sans que son esprit n'ait jamais été perverti par le moindre message pro-végan ou antispéciste (rappelons que la famille est entièrement coupée du monde). Quant à la personnalité changeante de Graham, celle-ci tenterait à prouver que l'interaction d'un individu avec la société n'a en réalité aucune collusion dans le fait qu'il puisse développer son propre caractère... La lenteur du récit et la pauvreté des dialogues qui démontrent s'il le fallait que l'on est très loin de la force évocatrice de certains ouvrages de Stephen King ne sont pas les seuls éléments à mettre en cause lorsqu'il s'agit d'expliquer que Le dernier refuge est une déception.


Les créatures surgissent bien trop rapidement même si certains reprochent au contraire au film d'être tout d'abord trop lent. Leur apparence est en outre plutôt ridicule et renvoie directement aux Craignos Monsters chères au regretté Jean-Pierre Putters. Après une très longue période consacrée à la survie des quatre membres de la famille, l'action s'intensifie et dote le long-métrage de quelques sympathiques séquences qui malheureusement souffrent de la comparaison avec d'autres œuvres qui exploraient avant lui le concept de structures enfouies sous les eaux. Car aussi intéressant visuellement le film de Louis Leterrier puisse-t-il être lorsque de manière incompréhensible la baraque est submergée par les flots, Le dernier refuge prend des allures de redite en s'installant confortablement dans l'usage d'un concept largement exploité avant lui par Alexandre Bustillo et Julien Maury cinq ans en arrière avec leur décevant The Deep House. Il n'est d'ailleurs pas interdit de penser que le cinéaste français s'est largement inspiré d'un plan tourné par un autre compatriote près de trente ans plus tôt puisque résonne à l'esprit des amateurs de science-fiction et de la saga Alien la fameuse séquence des cuisines immergées du sous-estimé Alien, la résurrection que réalisa Jean-Pierre Jeunet en 1997. Ceux qui ne connaissent ni l'un ni l'autre pourront éventuellement se laisser séduire par une dernière partie techniquement très réussie tandis que les autres seront peut-être fort déçus devant une idée de départ séduisante mais qui au final est assez mal exploitée. Bref, encore un film d'horreur et de ''science-fiction'' que l'on oubliera très rapidement...

 

vendredi 7 août 2026

Underwater de William Eubank (2020) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 

 

N'ayant pas encore eu la ''chance'' de découvrir son premier long-métrage de science-fiction Space Time : L'Ultime Odyssée, de William Eubank je ne connaissais jusque là que le piètre Paranormal Activity : Next of Kin et l'assez moyen The Signal. À priori, Underwater avait tout pour me plaire. Un univers en vase-clos avec en outre de quoi développer mon aversion pour tout ce qui touche aux fonds marins causant parfois de manière irraisonnée des crises d'ablutophobie. À la simple lecture du synopsis, un titre un seul me vint à l'esprit. Celui de Sanctum d'Alister Grierson qui malgré des critiques plus que mitigées lors de sa sortie en salle restait une sympathique expérience claustrophobe où la hantise de manquer d'oxygène en pleine plongée sous-marine demeurait tout de même remarquablement efficace... En fouillant un peu plus en profondeur dans le script d'Adam Cozad et Brian Duffield, on constate que les deux hommes puisèrent dans une foule de références dont quelques-uns des grands classiques de la science-fiction de la seconde moitié du vingtième-siècle puisqu'en effet, l'un et l'autre ne semblent pas avoir lésiné au moment de ''piller'' tout un tas d'idées parmi les meilleurs d'au moins trois opus de la saga Alien. C'est ainsi que l'héroïne de Underwater emprunte ici le look d'Ellen Louise Ripley plus connue sous le nom de Ripley qui dans ALIEN³ évoluait tout comme ici Kristen Stewart dans le rôle de l'ingénieure mécanique Norah Price, le crâne rasé. S'agissant de l'environnement visuel et sonore, l'on est par contre ensuite plus proche du premier Alien réalisé par Ridley Scott. Mais si l'on veut être tout à fait honnête, il faut rendre à César ce qui est à César puisque le plus gros emprunt semble avoir été effectué auprès de l'univers de James Cameron, Underwater paraissant parfois hésiter entre Aliens : le retour et le formidable Abyss. Pourtant, contrairement à ce dernier, pas grand chose d'autre à se mettre sous la dent que de très belliqueuses créatures sous-marines. Avec ses bestioles dont l'apparence générale contraste surtout avec le noir épiderme des fameux xénomorphes de la franchise de science-fiction et d'épouvante, l'on a droit à une version drastiquement réduite de l'immense Kaijū qui dévasta la ville de New York dans l'excellent Cloverfield douze ans avant la sortie de Underwater...


Après, il reste toujours très simple de comparer ce dernier avec ses ancêtres auxquels on pourrait rajouter l'assez flippant The Descent de Neil Marshall sorti en salle en 2005. Chaque film étant nourri d'inspirations diverses et variées, Undewater poursuit le chemin tout tracé d'une science-fiction extrêmement sombre, barbare, bruitiste et dont le dénominateur commun est une certaine appétence pour tout ce qui touche au blockbuster bien bourrin. Genre, The Chronicles of Riddick de David Twohy ou l'inattaquable (du moins, selon certains) Event Horizon - Le Vaisseau de l'au-delà de Paul W. S. Anderson. Univers perpétuellement plongé dans l'obscurité, Jumpscares (du pauvre) permanents, musique électronique assourdissante signée de Marco Beltrami et Brandon Roberts, caractérisation réduite au minimum, premier degré assumé, Underwater est aussi un film à la gloire de son héroïne incarnée par Kristen Stewart. Un panégyrique vantant les mérites de cette femme très courageuse qui se sacrifie lors d'un final au visuel qui ferait presque regretter que toute l’œuvre ou presque fut plongée dans une obscurité quasi totale. N'aidant pas à la pleine compréhension de ce qui se déroule à l'écran et n'aidant certainement pas mieux à la pleine lisibilité des environnements qui entourent nos protagonistes, le montage parfois épileptique de Brian Berdan et Todd E. Miller se célèbre ici comme une inhalation mal dosée de trichloréthylène ! Très prise de tête, donc... Underwater n'est pas très original, manque (ironiquement) de profondeur, les personnages sont peu ou pas développés quant à l'esthétique générale, elle plonge les héros dans un gloubiboulga de décors enchevêtrés conçus par Ravi Bansal, Kelly Curley, Erik Osusky, Scott Plauche et Loic Zimmermann qui rendent parfois difficile la compréhension de l'environnement dans lequel les protagonistes évoluent. Au final, Underwater n'est pas un mauvais film. Simplement, il conviendra davantage aux amateurs de blockbusters bourrins qu'aux fans de Hard science-fiction ou de space opera beaucoup plus fins et spirituels, telles quelques-unes des plus belles séries issues de l'univers de Star Trek...

 


samedi 1 août 2026

Débris de J. H. Wyman (2021) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Je sais qu'en général il est peu convenu de faire la critique d'un film ou d'une série sans s'être tout d'abord assuré d'avoir regardé l'un ou l'autre dans sa globalité mais concernant Débris de J. H. Wyman, il ne m'aura pas fallut plus de trois épisodes pour me convaincre de l'inintérêt de cette série de science-fiction qui aurait pu ou dû susciter chez moi et chez ma compagne, un véritable engouement. Après l'équivalent d'un peu plus de cent-vingt minutes et surtout, après avoir naïvement espéré retrouver le charme de la mythique série X-Files, le constat est sans appel. Malgré un concept on ne peut plus fascinant, malgré un premier épisode réalisé par Brad Anderson (l'auteur, en outre, des formidables Happy Accidents en 2000, Session 9 en 2001, The Machinist en 2004, d'une quinzaine d'autres longs-métrages et d'un certains nombres d'épisodes de séries disséminés au sein d'une trentaines de séries) et malgré des séquences d'ouverture mettant en appétit, Débris cultive un sens de l'angélisme qui prête, au mieux, à (sous)rire et au pire, crispe le doux rêveur, attentif aux mystères de l'univers. Comme ici, s'agissant d'un immense vaisseau spatial découvert voguant dans l'espace deux ans auparavant et qui depuis six mois rejette sur la surface de notre planète des centaines de débris aux propriétés aussi extraordinaires que diverses depuis son inexplicable explosion... Constitué de treize épisodes, donc, Débris met en scène Riann Steele et Jonathan Tucker dans les rôles respectifs de l'agente du MI6 Finola Jones et l'agent de la CIA Bryan Beneventi. Deux personnalités bien différentes mais qui se complètent puisque la première est une scientifique idéaliste tandis que le second s'avère relativement matérialiste tout en conservant une certaine part de mystère... Tout comme les agents du FBI Dana Scully et Fox Mulder de la série créée par Chris Carter en 1993, nos deux agents sont chargés d'enquêter sur d'étranges phénomènes liés au débris du titre qui en toute vraisemblances possèdent des facultés diverses et variées...


Mais alors que l'on pouvait se prêter à rêver à une série qui contrairement à X-Files se contenterait cette fois-ci d'aborder la science-fiction (voire le fantastique) sous l'angle exclusif des phénomènes extraterrestres, si tel est le cas et si certains éléments propres à ces dits phénomènes s'avèrent originaux, le développement de chaque intrigue (du moins concernant ces trois premiers épisodes) tombe comme une poignée de cheveux dans la soupe ! Entre un Bryan Beneventi tellement monolithique qu'il en devient caricatural et antipathique et une Finola Jones qui semble dotée d'un sens un peu trop aigu de l'observation, Débris manque surtout le coche niveau écriture. Et même s'ils s'y sont mis à neuf pour concevoir le script des différents épisodes, les trois premiers ne laissent rien présager de bon pour la suite. L'issue de chaque intrigue et de chaque mystère (chaque épisodes étant ''indépendant'' des autres même si tous sont reliés entre eux à partir du sujet des divers débris tombés sur Terre et autour du conspirationnisme), s'avère un peu trop complaisante s'agissant de leur résolution. Alors que Scully et Mulder apportaient leur expertise personnelle, profonde, réfléchie, parfaitement construite et souvent conflictuelle, l'originalité des phénomènes reste ici le seul élément véritablement attractif de la série tant ''l'omniscience'' profondément agaçante de Finola résout malheureusement à elle seule la complexité des diverses et merveilleuses ''épopées'' du duo. Nous n'évoquerons pas les invraisemblances, nombreuses, qui émaillent déjà ces trois premiers épisodes, déjà synonymes de flemmardise ou d'incompétence de la part de scénaristes incapables de développer un concept de base fascinant. Le public semble d'ailleurs avoir été pris d'allergie puisque la seconde saison prévue à l'origine a finalement été annulée pour cause d'audimat insuffisant ! Bref, si le reboot de X-Files en développement depuis le printemps dernier vous donne par avance des sueurs froides, il est alors encore plus inenvisageable pour vous de jeter un œil à ces Débris qui n'ont ni la saveur, ni le génie de la série de Chris Carter...

 

jeudi 23 juillet 2026

Star City de Ben Nedivi, Matt Wolpert et Ronald D. Moore (2026) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Tandis que la formidable série de science-fiction uchronique américaine For all Mankind en est à sa cinquième saison, ses créateurs, Ben Nedivi, Matt Wolpert et Ronald D. Moore, ont pris la décision début 2024 de produire une série dérivée intitulée Star City qui cette fois-ci ne se concentre plus sur le point de vue américain s'agissant de la conquête spatiale mais explore désormais le concept sous l'angle de l'Union Soviétique. Un spin-off qui plonge donc forcément ses protagonistes dans un contexte beaucoup plus complotiste et paranoïaque où l’État, dirigé par le Parti Communiste, est au cœur d'un système soviétique prônant la surveillance de ses citoyens à travers des services de sécurité. À l'image du KGB, lequel était donc chargé de surveiller la population afin de détecter les dissidents, les opposants au régime et les éventuels espions travaillant pour le compte de nations étrangères... Si la première saison de Star City nous présente effectivement quelques personnages que nous retrouverons plus tard dans For all Mankind et qui désormais sont incarnés par des interprètes différents (Josef Davies prenant la place de Piotr Adamczyk dans le rôle de Sergei Nikulov et Agnes O'Casey prenant celle de Svetlana Efremova dans celui d'Irina Morozova), le spin-off nous présente dans sa grande majorité des personnages qui n'ont pas cours dans la série originelle. Il est d'ailleurs étonnant de constater que ces mêmes personnages sont désormais non plus incarnés par des acteurs originaires des pays de l'Est (Piotr Adamczyk est polonais tandis que Svetlana Efremova est originaire de l'ex-URSS) mais par des interprètes d'origine britannique ! Ce retour aux sources reste l'un des principaux intérêts de Star City, qui nous permet ici de retrouver quelques iconiques protagonistes aux origines de leur intégration au sein de la Cité des étoiles. Si For all Mankind projetait l'idée d'une Union Soviétique prête à explorer Vénus avant que la course vers Mars ne devienne le principal objectif de la nation ainsi que celui des américains, ici, l'on note une très nette différence avec la série d'origine puisque Vénus devient la cible principale (mais non officielle) de l'ingénieur en chef Sergueï Korolev (personnage ayant réellement existé et interprété ici par l'acteur et chanteur britannique Rhys Ifans) et d'une équipe réduite et travaillant dans l'ombre du projet officiel de construction d'une base lunaire. Un ingénieur en chef souvent mis en opposition avec la cheffe du département de surveillance du KGB Lyudmilla Raskova qu'incarne l'époustouflante Anna Mexwell Martin...


Un personnage dur, inflexible, capable de prononcer la mort d'un ou plusieurs protagonistes pour le bien de la Nation. Car c'est bien là le cœur de Star City. Confronter le programme spatial dirigé par les autorité soviétiques à certains ingénieurs qui parmi eux ont des ambitions qui les éloignent des projets officiels. La série évoque également le sacrifice de certains protagonistes qui pour le bien de la Nation sont contraints de choisir entre leur vie personnelle et leur loyauté envers le régime autoritaire. Mise sur écoute, contrôle de l’État, espionnage et trahison, les scénaristes de Star City ne se contentent pas uniquement de critiquer l'URSS pour sa position antidémocratique, sa répression politique, la surveillance ou la censure mais attachent en outre une très grande importance vis à vis de ses personnages. Entre ambition et valeurs morales, on trouve de tout et parmi les protagonistes, il en est dans un cas comme dans l'autre qui très rapidement ne vont pas simplement se contenter d'arborer le visage froid et inflexible de l'autoritarisme mais agir en véritables héros. Afin de coller au climat qui règne à l'époque, la direction artistique de Donatas Pirstelis, Ramūnas Rastauskas et Vytautas Narušis s'appuie sur un visuel sombre, aux teintes dénaturées, désaturées, les décors de Paul Spriggs s'inspirent de l'architecture soviétique des années 1960. D'immenses édifices aux angles bruts, entre immeubles d'habitation standardisés et vastes complexes scientifiques à l'architecture fonctionnelle. Quant à la photographie de Brendan Kuroki Uegama et Cort Fey, les deux hommes prônent ici un style visuel qui fait appel à une palette de couleurs ternes et froides et de codes esthétiques propres à l'image que renvoie l'époque. Bref, pas de quoi considérer le contexte comme le plus joyeux qui soit. Mais en définitive, malgré des choix artistiques qui ne transpirent pas la joie et le bonheur, Star City n'en est pas moins une excellente série qui vaut très largement For all Mankind. Angoissante, fascinante, addictive, impeccablement interprétée et dont on espère que la seconde saison nous parviendra très rapidement...

 

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