Si l'on met de côté sa
comédie romantique The Myth of the American Sleepover sortie
aux États-Unis en 2010 mais pas chez nous en France en dehors de sa
présentation au Festival de cannes la même année, beaucoup
s'accorderont pour dire que David Robert Mitchell a démontré tout
son talent dans les domaines de l'épouvante et du fantastique en
signant deux œuvres indissociables l'une de l'autre s'agissant de
leurs qualités et de leur originalité. It
Follows
en 2014 et Under the Silver Lake
quatre ans plus tard. Tandis que la suite du premier intitulée They
Follows
est semble-t-il prévue pour l'année prochaine, David Robert
Mitchell nous revient cette année avec l'inattendu The
End of Oak Street.
Un retour du réalisateur sur le devant de la scène autant espéré
par ses fans que redouté par ces mêmes ''supporters'' du cinéaste
américain au vu d'un synopsis qui peut tout autant se défendre chez
un artiste aux concepts souvent très originaux qu'inquiéter de part
la vacuité évidente du propos. Alors, original The
End of Oak Street ?
Si la question mérite d'être posée, c'est sans doute parce que
voyage dans le temps et dinosaures sont des concepts qui eux-mêmes
ont déjà fait les beaux jours des petits et grands écrans. En
1974, la série Land of the Lost
projetait une famille dans un monde peuplé de dinosaures. En 2007,
la série Nick Cutter et les Portes du temps
permettait
notamment à son héros de croiser la route là encore de créatures
préhistoriques. On citera bien évidemment la double franchise
Jurassic Park/Jurassic
World,
ainsi que les séries Dinotopia en
2002, le miteux The Dinosaur Project en
2012 ou encore bien évidemment la série Terra
Nova
qui elle, justement, mêlait directement voyage dans le temps et
rencontre avec des dinosaures... Toujours est-il que ça n'est pas
tant le script qu'il a lui-même écrit pour son nouveau projet que
son retour huit ans après Under the Silver Lake
qui donne des ailes aux aficionados de David Robert Mitchell. Et
donc...
Il
faut savoir qu'avant de concevoir le projet autour de The
End of Oak Street,
le réalisateur avait imaginé mettre en scène un film de
super-héros afin de s'éloigner de son image de cinéaste
indépendant. Cependant, le Covid ayant fait son œuvre entre-temps,
David Robert Mitchell est passé à autre chose. En déambulant
devant un garage et une ruelle, il imagine alors voir apparaître un
dinosaure ! L'un des points essentiels reste surtout pour lui
d'approfondir les rapports et les interactions entre chaque
personnage qu'il juge généralement délaissés dans ce genre de
grosses productions. C'est ainsi qu'entre Denise Platt (Anne
Hathaway) et son époux Greg (Ewan McGregor) les rapports sont
tendus. Le père de famille a récemment découvert à la lecture du
roman qu'a écrit sa femme que celle-ci avait l'intention de
''changer d'air''. Allant même jusqu'à laisser derrière elle non
seulement son mari mais aussi leurs deux enfants Audrey (Maisy
Stella) et Brian (Christian Convery). Mais alors que la petite
famille s'endort un soir dans sa charmante petite maison d'un
lotissement typique des États-Unis, le fils est réveillé en pleine
nuit par une lumière aveuglante. Le lendemain, leur voisin Mel
Jacobs (P. J. Byrne) vient frapper à leur porte et les accuse
d'avoir déposé une montagne d'excréments dans son jardin. Mais la
vérité est ailleurs. En effet, on ne sait par quel miracle (ou par
quel malheur) tout le quartier s'est retrouvé projeté dans le
passé, au temps des dinosaures. Il va désormais s'agir pour Greg et
les siens de ressouder les liens afin de survivre aux nombreuses
péripéties qu'ils vont rencontrer...
La
première des particularités est ici d'avoir non seulement envoyé
dans le passé tous les habitants d'un lotissement se faire traquer
et dévorer par une multitude de créatures gigantesques, rampantes,
galopantes et volantes mais également le quartier lui-même. Pires
que leur très hargneux voisin qui ne cessait jusque là que de se
plaindre des aboiements de leur chien, Greg, Denise, Audrey et Brian
vont donc être confrontés à de très belliqueuses créatures. Au
menu, les classiques vélociraptors, Tricératops, et Tyrannosaures
mais aussi d'immondes bestioles beaucoup moins communes comme cet
immense ''serpent'' blanc et visqueux qui va donner du fil à
retordre aux Platt. S'il est difficile d'expliquer la présence d'un
trou de ver qui va envoyer toute une population se faire attaquer par
des créatures issues du Mésozoïque, le généralement très
minutieux David Robert Mitchell conçoit comme on le devine un retour
final vers le présent (du moins, celui des Pratt et de leur voisin
qui s'inscrit en 1982) après que la mère et ses deux enfants aient
trouvé un moyen de revenir chez eux (le père ayant été dévoré
par un tyrannosaure). Une fin un peu légère pour ceux qui ont
appris à être exigeants envers l'auteur du parfois très complexe
Under the Silver Lake.
Si l'intention de David Robert Mitchell était effectivement de se
sortir de son image, le pari est réussi. Il signe en effet avec The
End of Oak Street
un blockbuster très poli, très lisse et souvent avare en scènes
gores. Ici, pas question de se prendre la tête en réfléchissant
sur le pourquoi du comment puisque seul le cinéaste possède
véritablement la clé de l'énigme. Usant de ficelles parfois
grossières pour justifier et expliquer l'aventure et le retour au
présent de ses personnages, on est malheureusement ici bien loin du
génie de ses deux précédents longs-métrages. Un bon gros
divertissement des familles, sans plus...
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