mercredi 11 mars 2026

L'Umanoide d'Aldo Lado (1979) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Ahhhhhhh l'Italie.... Pays de la Pizza Napolitaine, de la Pasta Carbonara, du Tiramitsu ou de l'Osso Buco. Mais aussi, pays du plagiat, qui dans les années soixante-dix et quatre-vingt pilla quelques sommités en matière de science-fiction. Au hasard, Star Wars de George Lucas, New-York 1997 de John Carpenter ou les films de George Romero... Des dizaines de longs-métrages tournés sans complexes et souvent avec très peu de moyens. Et parmi eux, un certain L'Umanoide du réalisateur et scénariste italien Aldo Lado, cinéaste prolifique qui avec cette œuvre de science-fiction tout de même dotée d'un confortable budget de sept millions de dollars pour l'époque signa un film très représentatif chez nos amis de la Botte de ce courant très particulier qui donna naissance à d'innombrables nanars... Et à ce titre, L'Umanoide en est l'un des plus remarquables représentants. Pas l'un des plus frais, des plus éminent en matière d'effets-spéciaux, de mise en scène ou d'interprétation, mais tout de même, le film d'Aldo Lado, ici planqué sous le pseudonyme ''américanisant'' George B. Lewis, est l'une de ces petites purges qui font sensations lors des colloques entre fans du genre, réunis pour un soir autour d'une pizza, d'une bière et parfois d'un bon joint ! Les références sont ici très claires. À commencer par Star Wars, justement. Auquel pas mal d'éléments se réfèrent mais surtout le personnage de Lord Graal, incarné par l'acteur Ivan Rassimov, et qui dans le cas présent est une version appauvrie du célèbre Dark Vador interprété dès 1977 et jusqu'en 1983 par David Prowse dans les épisodes quatre, cinq et six de la mythique saga de science-fiction... Même look, entièrement vêtu de noir et d'un casque qui dans le cas de Lord Graal ne cache pas tout à fait le visage de son interprète. Antagoniste du récit ayant pour projet de dominer la Terre désormais connue sous le nom de Métropolis avec l'aide de Lady Agatha (Barbara Bach). De nos jours, la paix sur la planète est maintenue grâce à l'héritière du Gouvernement Galactique, Barbara Gibson (Corinne Cléry), jeune beauté que l'on comparera cette fois-ci à la Princesse Leia Organa qui dans Star Wars fut incarnée à l'époque par Carrie Fisher. Aidé en outre dans ses sombres projets, Lord Graal peut compter sur le Docteur Kraspin (Arthur Kennedy), un savant fou qui a mit au point une formule capable de transformer n'importe quel humain en véritable machine de guerre indestructible.


Bref, l'humanoïde du titre, interprété par l'acteur américain Richard Kiel, célèbre pour avoir joué le rôle de Requin, l'antagoniste aux mâchoires d'acier dans les James Bond L'espion qui m'aimait et Moonraker. Ici, l'aspect du personnage n'est pas définitif puisque après avoir incarné un humain somme toute sympathique accompagné d'un chien-robot, il se transformera en un humanoïde impitoyable avant de ''retrouver la raison'' grâce à un gamin d'à peine dix ans (Marco Yeh dans le rôle de Tom Tom). Notons au passage que le chien-robot est une seconde référence évidente au R2-D2 de Star Wars et peut-être même au robot Sidéro qui dans la série télévisée japonaise de science-fiction San Ku Kai accompagnait les héros et était doublé par l'acteur français Gérard Hernandez. Quant à Golob, le pilote de vaisseau transformé en humanoïde afin d'accomplir les sombres desseins de Lord Graal, derrière son gigantisme, sa manière gauche de se déplacer et ses grognements qui font office de langage, il ressemble à un croisement entre la créature de Frankenstein et le T-800 à venir de James Cameron... Laid, difforme et décérébré comme le premier, indestructible et déterminé comme le second ! L'un des attraits principaux du long-métrage, outre la présence de deux ou trois acteurs/actrices connu(e)s est celle d'Aldo Lado lui-même puisqu'auteur de quelques gialli pas trop dégueulasses qui verse pourtant ici dans une certaine forme d'indigence artistique qui crame la rétine, brûle le cerveau, engourdi les neurones et pousse l'oratoire à aller consulter son ophtalmologiste après avoir perdu quelques dixième devant ce spectacle navrant, aux décors de planches de théâtre tout sauf réalistes, aux effets visuels cheap, aux costumes achetés chez un ancêtre du créateur de la plateforme Temu (le casque brillant et le costume terne de Lord Graal n'étant notamment pas en accord l'un avec l'autre). À vrai dire, on peut se demander si cette guerre pour la possession du pouvoir est réellement un nanar puisque le plaisir de suivre les aventures de nos héros est aussi vif et plaisant qu'une piqûre de frelon asiatique ! Bref, s'il est de bon ton de conseiller certains nanars à celles et ceux qui voudraient découvrir le genre, l'on évitera de recommander L'Umanoide...

 

lundi 9 mars 2026

Stridulum de Giulio Paradisi (1979) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Petit film méconnu réalisé par Giulio Paradisi et écrit en collaboration avec Robert Mundi et Ovidio G. Assonitis (Le démon aux tripes, Tentacules), Stridulum est aussi et surtout une œuvre hybride, étrange, louvoyant du côté de certains classiques du fantastique pour obtenir un résultat mi-figue, mi-raisin. Un mélange très curieux, parfois indigeste, mais suffisamment original pour allécher les amateurs de genres aussi divers que l'épouvante, l'horreur, le fantastique et la science-fiction. Interprété par des acteurs de renommée internationale, le long-métrage du réalisateur ET acteur italien qui signe ici son œuvre sous le pseudonyme de Michael J. Paradise met en scène une grande majorité d'interprètes d'origine américaine. C'est ainsi que l'on découvre dans le rôle de Barbara Collins, l'actrice Joanne Nail. Mère d'une jeune adolescente prénommée Katy (Paige Conner, dont la légère ressemblance avec la Linda Blair de L'exorciste signé de William Friedkin six ans auparavant n'est sans doute pas anodine), Barbara vit avec son petit ami Raymond Armstead (Lance Henriksen). Tandis que le comportement de Katy inquiète son entourage, un complot visant à manipuler sa compagne afin qu'elle donne naissance à un enfant qui aux côtés de la gamine devrait permettre de renforcer les forces du mal est en action. Le personnage incarné par Lance Henriksen, acteur notamment devenu célèbre pour avoir joué dans Aliens, le retour et Terminator de James Cameron ou pour avoir été la vedette de la série Millennium, le crossover de X-Files, n'est pas sans rappeler celui que tenait John Cassavetes en 1968 dans le classique de Roman Polanski, Rosemary's Baby. L'intrusion dans un ménage d'un ''suppôt'' de Satan proche de l'héroïne entretenant des rapports troubles avec un groupe de voisins (ici remplacés par une organisation menée par l'acteur Mel Ferrer dans le rôle d'un certain Docteur Walker) et visant à mettre en péril l'existence même de l'humanité. Une fois encore, l'analogie entre Stridulum et Rosemary's Baby est appuyée à travers la nécessité d'enfanter la mère de famille à des fins démoniaques et donc mortifères. En outre, Raymond Armstead intervient en tant qu'intermédiaire entre le groupe dirigé par le Docteur Walker et une espèce extraterrestre dont les projets sont étroitement liés. Face à ce qui semble donc être la représentation du Mal, l'on trouve fort heureusement du côté du Bien, l'acteur et réalisateur américain John Huston dans le rôle de Jerzy Colsowicz...


Un vieil homme bénéficiant d'une sérenité mais aussi d'une très grande détermination qui vont l'aider à soutenir Barbara dans son combat lorsque seront révélées les véritables intentions de celui qui partage son existence. Derrière son visage poupin cachant une ''créature'' pourtant maléfique, froide et manipulatrice, Katy révèle donc rapidement sa personnalité. Celle d'une enfant qui fut enfantée par un être démoniaque qui avant sa mort eut le temps d'inséminer un certain nombre de femmes sur Terre. La comparaison entre Stridulum et L'exorciste s'arrêtant aux portes des vulgarités que l'adolescente dissémine ça et là et à celle des événements paranormaux qui lui incombent, ce personnage faussement angélique rappelle surtout et avant tout, Damien Thorn, ce gamin diabolique découvert pour la première fois dans le classique de Richard Donner, La malédiction en 1976. Stridulum s'ouvre sur une séquence mystique située sur une planète lointaine. À grand renforts d'effets visuels ultra-cheap mais ayant pour conséquence d'argumenter sur le sens profondément spiritualiste de certaines séquences à venir, le long-métrage de Giulio Paradisi est effectivement un drôle d'objet Filmique Non Identifié, ou Non Identifiable de part son mélange très curieux des genres. Notons qu'au beau milieu d'un récit parfois confus à force d'intégrer des personnages et sous-intrigues multiples, le réalisateur et ses scénaristes évoquent l'idée d'une enquête policière menée par un certain détective Jake Durham (Glenn Ford) avant que sa mort lors d'un grave accident de voiture dont les prémisses rappellent tout un tas d'événements survenus dans autant de classiques du genre n'y mette un terme définitif. D'un côté l'on a donc le Mal, manipulateur, maléfique, complotiste, et de l'autre, le Bien, protecteur, soutien d'une mère de famille en fauteuil roulant. Entre fantastique, science-fiction et épouvante, Stridulum s'inscrit dans une logique religieuse intense. Entre occultisme, invasion extraterrestre, symbolisme religieux et psychédélisme renforcé par la bande musicale du compositeur italien Franco Micalizzi, Stridulum est une sacrée curiosité. Notons enfin pour ''compléter'' le casting, les présences de Shelley Winters dans le rôle de la dame à tout faire Jane Phillips, celle du cinéaste Sam Peckinpah dans celui du Docteur Sam Collins ou encore celle de Franco Nero dans le rôle du... Christ...!...

 

samedi 7 mars 2026

Comme un lundi (Mondays: Kono Taimu Rûpu, Jôshi ni Kizukasenai to Owaranai) de Ryo Takebayashi (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Depuis quelques années, le cinéma japonais semble s'être pris d'une passion dévorante pour le thème des boucles temporelles. Car en effet, si tout semble avoir réellement débuté dans les années quatre-vingt avec le film d'animation Urusei Yatsura 2 Byūtifuru Dorīmā de Mamoru Oshii et le film live Toki o Kakeru Shōjo de Nobuhiko Ōbayashi, les choses se sont accélérées dans le courant du vingt et unième siècle. Si la nouvelle de Yasutaka Tsutsui Toki o Kakeru Shōjo à l'origine du long-métrage signé de Mamoru Oshii connaîtra d'autres adaptations au cinéma ou à la télévision à travers les versions réalisées par Haruki Kadokawa en 1997, Mamoru Hosoda en 2007 et Masaaki Taniguchi trois ans plus tard, Katsuyuki Motohiro signera en 2005 le film Samâ Taimu Mashin Burūsu tandis que trois longs-métrages verront successivement le jour entre 2020 et 2023. Deux d'entre eux seront signés par Junta Yamaguchi. Tout d'abord le génial Dorosute no Hate de Bokura, puis Ribâ, Nagarenaide yo qu'il me reste à découvrir. Et enfin le tout aussi surprenant Mondays: Kono Taimu Rûpu, Jôshi ni Kizukasenai to Owaranai de Ryo Takebayashi qui chez nous est sorti sous le titre Comme un lundi et que j'ai choisi d'aborder dans cet article... Alors que le formidable Un jour sans fin de Harold Ramis est resté dans la mémoire de toutes celles et ceux qui l'on découvert lors de sa sortie en salle ou sur le tard, le Japon s'est donc emparé à plusieurs reprises et avec brio d'un genre aux multiples ramifications. Car d'une certaine manière, les boucles temporelles sont directement liées au concept de voyage dans le temps et à celui des paradoxes temporels. S'agissant de Comme un lundi, l'histoire se déroule sur une échelle temporelle d'une semaine. Débutant un lundi et se terminant le dimanche... jusqu'à ce que l'histoire reprenne non pas logiquement le lundi suivant mais celui qui s'est écoulé sept jours auparavant. Pressés par les événements, Ryō Takebayashi et son scénariste Saeri Natsuo débutent le récit alors même que deux employés d'une petite agence semblent déjà s'être rendus compte que quelque chose d'anormal se produisait au sein de l'entreprise dirigée par un certain Shigeru Nagahisa (Makita Sports). Soupçonnant ce dernier de porter un bracelet d'un genre très particulier exauçant tous les vœux de celui qui le porte, Yudai Sakino (Ryô Ikeda) et Ken Murata (Yûgo Mikawa) vont tout d'abord tenter de convaincre leur jeune et ambitieuse collègue Akemi Yoshikawa (Wan Marui) de l'existence réelle du phénomène. Forçant ainsi la jeune femme à conserver des souvenirs de ce qui se sera déroulé durant la semaine afin de la convaincre que la suivante n'est pas celle qui logiquement aurait dû poursuivre l'existence des personnages mais bien la même...


Composé d'une dizaine de personnages notamment complétés par Kotaro Tagi et Haruko Takano, Comme un lundi se déroule donc sur une semaine. Et si les quinze ou vingts premières minutes paraissent relativement brouillonnes et risquent donc de perdre en route une partie plus ou moins importante des spectateurs (comme ce fut le cas de ma compagne et moi lorsque nous découvrions pour la première fois le film à l'époque de sa sortie), persévérer est la promesse d'une aventure aussi extraordinaire dans son approche ''fantastique'' de la science-fiction et de la comédie dramatique que passionnante dans celle qui concerne la caractérisation ses personnages. Si l'éventualité d'une malédiction liée à un bracelet porté par le patron de la boite coinçant ses employés dans une boucle temporelle peut prêter à sourire, les choses ne seront évidemment pas si simples que cela. Ici, le principe est amené de manière plutôt classique. À travers moult événements qui se reproduisent sans arrêt. Comme un pigeon qui vient s'écraser sur la grande baie vitrée du bureau. Ou cette femme qui tout en bas de la rue laisse tomber son mouchoir avant qu'un inconnu ne le ramasse et ne lui rende... Assez bordélique dans ses prémisses, le long-métrage Ryo Takebayashi finit au fil du récit par s'ordonner autour de trois employés qui en passant par la voie hiérarchique vont tenter de remonter jusqu'au boss, qui est donc interprété par le génial Makita Sports, porteur d'un bracelet que seul lui devra détruire afin de mettre un terme au calvaire de ses employés. Mais comme rien ne sera aussi simple et évident, la machinerie repartira en milieu d'intrigue pour évoquer un drame et surtout, un projet qui sans avoir été mené à bout est probablement la solution aux problèmes rencontrés par Akemi et ses sympathiques collègues de travail. Drôle, original et même parfois émouvant, Comme un lundi confirme une fois encore que le cinéma japonais est en matière de boucles temporelles très à l'aise avec le concept. On ne s'ennuie pas un instant dès lors que les choses deviennent plus lisibles à l'écran. Bref, une excellente surprise...

 

jeudi 5 février 2026

Vampire Zombies... From Space! de Michael Stasko (2024) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Hommage manifeste au nanar le plus inconsidérément jugé comme le plus mauvais film de tous les temps, Vampire Zombies... From Space! de Michael Stasko évoque donc Plan 9 from Outer Space d'Ed Wood sorti voilà soixante-sept ans. Jusqu'à pousser le concept en filmant son œuvre en noir et blanc alors même que le long-métrage n'a été produit et réalisé qu'il y a seulement deux ans. Incitant sans doute les aficionados de ce genre de production à aller chercher chaque détail qui pourrait effectivement faire référence au film culte du cinéaste américain. Avec un budget d'environ cent-mille dollars, soit quarante de plus que son vieil homologue outre-atlantique, le canadien Michael Stasko inscrit également son projet dans une sorte d'hommage beaucoup plus large renvoyant à tout un pan du cinéma d'horreur, d'épouvante, de science-fiction et de fantastique des années cinquante et soixante. À une époque où les genres firent florès dans les drive-in américains au dépend de qualités narratives, interprétatives et techniques relativement ahurissantes ! Mais là où Vampire Zombies... From Space! tombe juste par rapport à une féroce concurrence qui ne prête de nos jours au genre ''Nanar'' que peu d'estime en jouant davantage sur une certaine facilité, c'est qu'en dehors de ses éventuels défauts, pour le moins assumés, le long-métrage de Michael Stasko reste assurément une œuvre réfléchie, conçue en tant qu'hommage donc, d'une époque en réalité révolue... Un noir et blanc qui plonge non seulement les protagonistes mais aussi les spectateurs en un temps qui pourrait laisser croire que le film est une vieille bobine émergeant après avoir été égarée durant des décennies. En même temps, et cela n'est peut-être pas très visible au premier coup, Vampire Zombies... From Space! peut être parfois envisagé comme une énième production/distribution Troma, à travers le délire que charrient le script, la mise en scène et l'interprétation... Moins ''fin'' sans doute qu'une bonne partie des production de la moitié des années cinquante du siècle dernier, avec ses lignes de dialogue parfois grossières, ses effets gore dont l'impact est ''malheureusement'' diminué en raison du choix de filmer son film en noir et blanc, Vampire Zombies... From Space! est aussi et surtout une œuvre bien de son époque, faisant fi des attentes d'un public généralement nourri aux blockbusters budgétés de manière faramineuse...


Traité sur le ton de la parodie, il plonge les habitants de la petite ville de Marlow au cœur d'une invasion extraterrestre notamment orchestrée par... Dracula en personne (Craig Gloster). Accompagné d'une cohorte de vampires zombies, le projet du plus célèbre suceur de sang est donc d'assimiler les habitants de Marlow en les transformant eux-même en vampires zombies et accessoirement de se nourrir de certains d'entre eux. Sous ses allures de péloche fauchée, ce qu'est pourtant bien Vampire Zombies... From Space!, le film est malgré tout doté de très nombreux effets-spéciaux. Entre CGI, prosthétique et constructions miniatures, s'agissant du concept rétro-futuriste de son œuvre, le cinéaste choisit notamment de laisser apparaître à l'écran les ficelles qui tiennent en apesanteur le vaisseau spatial et autres navettes en action pour la conquête de notre planète alors même que les technologies actuelle permettent de les effacer par simple traitement informatique ! Preuve que Vampire Zombies... From Space! est jusqu'auboutiste. Dans son approche du cinéma d'antan, mais aussi dans ses excès. Ayant probablement digéré tout un pan de l'imaginaire cinématographique d'il y a plus d'un demi-siècle, Michael Stasko et son équipe technique poussent l’hérésie d'un concept que l'on pourrait tout à fait considérer d'anachronique en reproduisant à la virgule près la façon de cadrer chaque séquence d'action, de filmer la réaction des personnages et de jouer sur le contexte social de l'époque comme si nous y étions. D'autres que lui ont bien entendu tenté ce même type d'aventure mais sans doute avec moins de succès. Alors, bien entendu, le film ne plaira sans doute pas à tous les types de publics. Parfois très verbeux et même souvent bordélique, la lisibilité n'est pas toujours évidente. Surtout lors de l'attaque finale où l'on ne sait plus trop qui parmi la foule fait partie de notre humanité et qui est l'envahisseur... Cependant, nous louerons malgré tout le courage et l’enthousiasme du cinéaste, de son équipe et des interprètes de s'être lancés dans cette aventure ''vintage'' qui fait du bien à une époque où l'uniformisation est devenue la norme...

 

mardi 3 février 2026

Last Night on Earth de Marcos Efron (2024) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Pour son second long-métrage quinze ans après And Soon the Darkness, Marcos Efron met en scène Leven Rambin et Jake McLaughlin dans les rôles de Holly et Ryan. Un couple très amoureux qui à l'approche de la fin du monde se réfugie dans les montagnes du Tennessee afin de vivre seul ses derniers instants. Situant l'action loin de la civilisation où la situation dégénère, ils attendent le moment fatidique où un gigantesque astéroïde doit s'écraser sur Terre. L'annonce de la catastrophe remonte à plusieurs mois, lorsqu'une amie les invita à une réception. L'occasion pour elle de leur présenter son nouveau compagnon. Aujourd'hui, alors que certains ont choisi de se donner la mort plutôt que d'assister à la fin de toute vie sur notre planète, Holly et Ryan ont préparé à leur manière l'événement à venir... Si le sujet tourne autour d'un événement que le septième art à développé à de nombreuses reprises, le réalisateur et scénariste Marcos Efron l'aborde avec une sensibilité toute particulière. L'une des forces de Last Night on Earth étant l'attachement profond que l'on peut ressentir vis à vis de ce couple formidablement interprété par Leven Rambin et Jake McLaughlin. Pour autant, le film ne s'attarde pas uniquement sur leur relation mais évoque également l'effondrement de la société. Celle-là même dont ils choisissent de s'éloigner afin de vivre leurs derniers instants dans la sérénité. Cependant, et comme dans tout bon film relatant l'apocalypse sous un angle sociologique, le cinéaste aborde à son tour le comportement malfaisant de certains individus. À l'image de Gaby (Sohvi Rodriguez) et de Gene (Shane West), autre couple d'apparence fort sympathique mais dont le comportement sensiblement invasif laisse planer le doute quant à leurs véritables intentions. Ces dernières allant à l'encontre du projet terminal prévu par Holly et Ryan, Gaby et Gene figurent les deux antagonistes du récit qui sous des allures de couple lui aussi en attente de la fin du monde ont un projet beaucoup plus sombre en tête. Mais Last Night on Earth est également l'occasion d'observer l'attitude d'un groupe d'adultes et d'enfants ''remarquablement'' ancrés dans la religion...


Et alors que les personnages de Holly et Ryan visent à exploiter la sensibilité de l'une et la rationalité et le rôle de protecteur de l'autre, et que de leur côté Gene et Gaby personnifient la perte de moralité, la violence et l'instabilité, l'actrice Dee Wallace, célèbre pour être notamment été l'une des égéries du fantastique et de l'horreur avec notamment Hurlements de Joe Dante, Cujo de Lewis Teague ou encore Critters de Stephen Herek incarne quant à elle le rôle de Carla, ''cheffe'' d'une petite communauté religieuse réunie non loin de là où se sont installés les premiers. Vouant un culte à leur Dieu mais demeurant tout à fait bienveillants, elle ainsi que ses membres s'apprêtent à accepter leur mort pour rejoindre le Paradis... Last Night on Earth mêle différents genres. À travers la relation de Holly et Ryan, le film nous plonge en plein drame. Celui d'un couple dont la femme a notamment déjà tenté de se suicider et dont Ryan fait office d'époux, d'amant et bien entendu, de protecteur. Une relation intense magnifiée par l'incarnation de l'un et de l'autre et sublimée par la mise en scène romantisée du cinéaste. Pour autant, le film n'en est pas moins relativement tendu. Marcos Efron parvenant ainsi à créer un véritable climat d'angoisse à l'approche de l'astéroïde mais également du couple formé par Gaby et Gene. Le long-métrage prenant ainsi parfois des allures de thriller, voire de film d'horreur même si cette dernière n'est visible que de manière sous-jacente. Bien entendu, le réalisateur n'abandonne pas les amateurs de science-fiction sur le bas côté avec un final aussi bouleversant qu'intellectuellement impressionnant... Découle alors de ce récit touchant et malgré les apparences, jamais ennuyeux, une œuvre profonde sur la fin de la vie ici traitée à l'échelle mondiale. Faisant ainsi de Last Night on Earth l'une des meilleures surprises en la matière. Sans chichis, sans superflu, sans effets-spéciaux ''Blockbusterèsques''. Tout ici entre dans le cadre de l'intime et abandonne le spectateur dans un état proche du malaise. Témoin d'un drame inéluctable...


 

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