Trois ans après la
vertigineuse boucle temporelle de Dorosute no Hate de Bokura
(Beyond
the Infinite Two Minutes),
le réalisateur japonais Junta Yamaguchi reprend le concept tout en
changeant certains principes. Tandis que Mondays: Kono Taimu
Rûpu, Jôshi ni Kizukasenai to Owaranai de son compatriote
Ryo Takebayashi sortait la même année en mettant en scène des
employés de bureau confrontés à une boucle temporelle s'étalant
sur une semaine entière, Junta Yamaguchi réduit la durée à deux
minutes. Ribā, Nagarenaide yo (ou
En boucle chez
nous) s'inscrit donc dans la même temporalité que son prédécesseur
qui par contre démultipliait le concept à travers la présence d'un
poste de télévision qui diffusait des images provenant d'un futur
très proche puisque n'étant séparé du présent que de deux
minutes. Si le concept de boucle temporelle n'est pas très récent,
le scénariste Makoto Ueda a su avec Dorosute no
Hate de Bokura
apporter sa touche personnelle en imaginant les conséquences que
pourraient avoir la présence de plusieurs postes de télévision
diffusant chacun des images du futur toutes décalées de deux
minutes. Laissant ainsi le spectateur et les personnages imaginer les
conséquences d'une telle addition de décalages temporels...
Concernant, Dorosute no Hate de Bokura,
Junta Yamaguchi a une nouvelle fois laissé à Makoto Ueda le soin
d'imaginer un autre type de boucle temporelle qui éviterait de
reprendre très exactement la même idée que l’œuvre précédente
tout en traitant du même sujet. Si Ribā,
Nagarenaide yo se
déroule dans un contexte peu ou prou similaire, un restaurant pour
le premier, une auberge traditionnelle pour le second, le phénomène
va s'avérer d'un tout autre ordre puisque situé à Kibune, un
secteur de l'arrondissement de Sakyō-ku situé dans la ville de
Kyoto, l'auberge où se déroule l'action sera le théâtre
d'événements extraordinaires auxquels ni les propriétaires de
l'établissement, ni les clients n'auront été préparés. Tout
commence alors que l'employée Mikoto (Riko Fujitani) prend une pause
au pied de la rivière qui borde la bâtisse. Retrouvant ensuite le
maître d'hôtel (Munenori Nagano) avec lequel elle est chargée de
nettoyer les chambres, un retour en arrière de deux minutes dans le
temps s'opère et Mikoto se retrouve à nouveau devant la rivière à
l'endroit exact où elle avait précédemment pris sa pause.
Reprenant
le chemin des chambres et rencontrant une nouvelle fois le maître
d'hôtel, la jeune femme et ce dernier se rendent rapidement compte
que quelque chose cloche. L'un et l'autre sont tout d'abord
persuadés d'être les témoins du fameux ''déjà-vu'' qui implique
un ''bug'' dans la matrice et persuade ceux qui en sont les victimes
d'avoir déjà vécu le même événement. Mais lorsque une nouvelle
fois Mikoto et tous les protagonistes du récit se retrouvent de
retour deux minutes dans le passé, les choses s'enclenchent
véritablement. Si Ribā, Nagarenaide yo
s'avère particulier en comparaison de la concurrence en matière de
Boucles Temporelles, c'est parce que les personnages ont
immédiatement conscience de ce qui leur arrive. Mieux : ils
gardent en mémoire ce qu'il ont vécu les deux minutes précédentes.
Celles-là même qui voudraient qu'ils vivent inlassablement les
mêmes péripéties. Mais tout autant que le scénariste, lequel est
donc à l'origine du phénomène, la plupart des personnages accusent
facilement le coup en profitant de l'opportunité qui leur est
offerte de jouir de cet incessant ''reboot'' pour s'y adapter et
ainsi régler certains problèmes directement liés à leur fonction
au sein de l'établissement... Tout comme les clients, d'ailleurs.
Comme ce ''couple'' (interprété par Masashi Suwa et Gōta Ishida),
condamné à manger le même plat de riz. Ou cet autre, Sugiyama
(Haruki Nakagawa), qui durant l'événement prenait un bain et se
retrouve malgré lui enfermé dans une boucle qui le contraint à
rester ''éternellement'' enfermé dans un sauna. Le cadre de Ribā,
Nagarenaide yo représente
à plus ou moins grande échelle le rêve de quiconque voudrait vivre
éternellement, en revivant chaque fois le même instant sans être
empêché de faire évoluer les événements. Mais tout en permettant
aux personnages de ''continuer à vivre leur vie'', le scénariste et
le réalisateur leur imposent malgré tout quelques savoureuses
contraintes. Au final, Ribā, Nagarenaide yo
n'est
peut-être pas aussi ''fou'' que Dorosute no
Hate de Bokura
mais les amateurs de science-fiction et de boucles temporelles en
particulier seront ravis de se replonger une fois encore dans ce
genre de récit...
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