Parmi les cinéastes qui dans les années quatre-vingt ont beaucoup
compté dans le domaine de la comédie ou du fantastique familial,
Joe Dante reste l'un des plus importants. Et ce n'est pas faire
outrage à la concurrence que d'affirmer qu'il demeure peut-être
sans doute celui dont la filmographie recèle le plus de pépites.
Sans parler de ses premiers longs-métrages qui ne sont pas les plus
remarquables ni même des deux classiques de l'épouvante que sont
Piranhas
en 1978 et Hurlements
en 198, le cinéaste originaire de Morristown dans le New Jersey a
signé coup sur coup l'un des segments de l'adaptation
cinématographique de La quatrième dimension en
1983, Gremlins en
1984, Explorers
en 1985, L'aventure intérieure
en 1987, Cheeseburger Film Sandwich
la même année, Les banlieusards
en 1989 et Gremlins 2 : la nouvelle
génération
en 1990 ! Pour en revenir à Explorers,
la compétition est rude en cette année 1985 puisque sort dans les
salles de cinéma Retour vers le futur
de Robert Zemeckis, autre cinéaste œuvrant dans les domaines de
l'humour et du fantastique grands publics. Ron Howard sort son
Cocoon,
Wolfgang Petersen son Enemy Mine,
Simon Wincer son D.A.R.Y.L.
Et John Hughes son Weird Science.
Sans parler du Lifeforce
de Tobe Hooper et du Brazil de
Terry Gilliam qui s'inscrivent davantage dans une science-fiction
plus horrifique et plus sombre et donc plus adulte ou des quelques
petites productions méconnues d'un public plus large comme Creature
de William Malone ou My Science Project
de
Jonathan R. Betuel... Écrite par le scénariste Eric Luke dont la
carrière se résume à une dizaines de scripts majoritairement
conçus pour la télévision américaine, l'histoire de Explorers
se concentre autour de trois jeunes héros habitant une petite
bourgade américaine comme cela est généralement le cas à l'époque
dans ce genre de long-métrage...
À
la croisée des chemins entre certains romans de Stephen King et
l'imaginaire débridé de cinéastes enclins à faire de jeunes
adolescents les héros d'aventures extraordinaires, le film de Joe
Dante met donc en scène Ethan Hawke, River Phoenix et Jason Presson
alors tout jeunes dans les rôles de Ben Crandall, Wolfgang Müller
et Darren Woods. Comme très souvent dans ce genre de production
cinématographique américaine à la portée de toutes et tous, l'on
a droit à une vision de l'Amérique presque idyllique si ce n'est
que Ben, passionné de science-fiction et d'aventures spatiales, est
harcelé par l'un de ses camarades d'école et que Darren, orphelin
de mère, vit avec un père violent. Reste Wolfgang, l'un des
nombreux enfants d'une famille dont les parents son excentriques.
Petit génie de l'informatique, il parvient à créer un circuit
imprimé directement issu des rêves de son ami Ben et réussit à
produire un champ de force. Une sphère d'énergie électromagnétique
débarrassée de toute inertie et permettant de se déplacer à des
vitesses inouïes tout en protégeant ceux qui se trouvent à
l'intérieur. Aidés par leur nouvel ami Darren qui plus tôt a aidé
Ben à se sortir d'une impasse, les trois garçons construisent un
vaisseau fait de bric et de broc afin de partir dans l'espace. Après
quelques essais relativement concluants, les trois amis se lancent
dans une aventure spatiale qui va leur permettre de rencontrer deux
sympathiques extraterrestres... Si jusqu'au moment où Ben, Wolfgang
et Darren rencontrent Wak (Robert Picardo) et Neek (Leslie Rockert)
tout semble à peu près ''normal'' voire même ''crédible'',
Explorers
se transforme en Show totalement délirant, la science-fiction virant
presque à la comédie musicale avec ses deux extraterrestres
extravertis, nés de l'imagination fertile du maquilleur de génie
Rob Bottin qui dans un cadre déjà nettement plus effrayant créa
les différentes et monstrueuses formes que pris l'extraterrestre de
The Thing
de John Carpenter trois ans auparavant...
Notons
que les effets visuels concernant les déplacements du vaisseau ou
les vues de l'espace furent l’œuvre du studio d'effets visuels,
d'animation et de technologies cinématographiques Industrial
Light & Magic
créé en 1975 par George Lucas. Pressé par la Paramount à réaliser
le projet dans des délais relativement serrés, Joe Dante est
contraint d'élaguer le récit et d'éluder certaines séquences qui
à l'origine devaient être incluses au sein du récit. Si Explorers
est une sympathique comédie de science-fiction familiale, les
contraintes imposées par la production au réalisateur opèrent des
changements aux conséquences importantes. Le résultat final n'est
donc pas celui escompté par son auteur. Finie l'épopée spatiale
tant rêvée par les amateurs de Space Opera. Car si même la
rencontre entre nos trois jeunes héros et nos deux charmants
extraterrestres est plutôt réjouissante, Explorers
se conclut de manière fort étonnante alors même que l'aventure
semblait devoir précipiter ses personnages au cœur de péripéties
spatiales enchanteresses. Si Explorers
semble parfois bâclé, surtout dans sa seconde partie, cela n'est
dont pas du fait du réalisateur mais d'une production qui lui mis
des bâtons dans les roues. On se prend alors à rêver de ce à quoi
aurait ressemblé le long-métrage de Joe Dante si seulement la
Paramount lui avait laissé le champ libre... Bien que Explorers
ait connu l'insuccès en salle, ce petit film reste une assez bonne
surprise tout en étant profondément ancré dans son époque...
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