vendredi 5 juin 2026

The Invasion d'Oliver Hirschbiegel (2007) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

À l'heure actuelle, The Invasion du réalisateur, scénariste et acteur allemand Oliver Hirschbiegel est la quatrième et dernière adaptation sur grand écran du roman de science-fiction dystopique The Body Snatchers de l'écrivain américain Jack Finnley et dont la première parution date de 1955. Quant à sa traduction française, d'abord renommée sous le titre Graines d'épouvante avant de ressortir en 1994 sous celui de L'invasion des profanateurs, elle fut mise pour la première fois à disposition des lecteurs en 1977... On ne reviendra pas sur les deux premières adaptations cinématographiques qui demeurent même longtemps après leur sortie au cinéma deux monuments de la science-fiction. Passons sur la version largement surestimée d'Abel Ferrara en 1993 pour nous concentrer sur la dernière, sortie sur les écrans en 2007. À son tour, Oliver Hirschbiegel met en scène quelques grandes vedettes du cinéma américain puisque l'héroïne est incarnée par l'actrice Nicole Kidman, laquelle est notamment accompagnée de Daniel Craig qui se fit surtout connaître dans le rôle de l'agent secret James Bond auquel il prêta ses traits à cinq reprises. Ici, le duo incarne une version ''alternative'' des personnages interprétés en 1978 dans Invasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman par Brooke Adams et Donald Sutherland puisque même si les prénoms changent et si les sexes sont inversés, l'on retrouve les mêmes patronymes. Carol Bennell et Ben Driscoll venant ainsi prendre la place d'Elizabeth Driscoll et Matthew Bennell. Ces derniers ayant déjà pris celles de Becky Driscoll et Miles Bennell de la version de 1956 réalisée par Don Siegel. Seul Abel Ferrara n'usera pas de cette récurrence dans l'emploi des patronymes puisque les héros du récit auront pour nom Malone, Young ou encore Platt... Si l'on se souvient ensuite de l'hommage rendu par Philip Kaufman à l'acteur principal de Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel, Kevin McCarthy lors d'une courte apparition dans la version de 1978, Oliver Hirschbiegel fait de même avec l'actrice Veronica Cartwright qu'il intègre au récit de The Invasion tout en lui prêtant une identité tout à fait différente de son personnage de Nancy Bellicec puisque désormais elle incarne celui de Wendy Lenk, une patiente de la psychiatre Carol Bennell, laquelle est donc interprétée par Nicole Kidman. Le script de David Kajganich auquel ont participé non officiellement les frères Laurence et Andrew Paul Wachowski qui à l'époque n'ont pas encore opéré leur transition sexuelle diffère par rapport aux deux premières versions en ce sens où l'héroïne a désormais un fils...


Il n'est donc plus ici question pour elle de préserver uniquement son intégrité psychologique et sa seule existence mais bien celle de l'enfant qu'elle a mis au monde avec un homme dont elle est depuis divorcée (Jeremy Northam dans le rôle de Tucker Kaufman). Heureusement, notre héroïne ne sera pas seule et pourra notamment compter sur le soutien de Ben Driscoll (Daniel Craig) et sur celui du Docteur Stephen Galeano (Jeffrey Wright), un scientifique généticien qui n'aura de cesse que d'étudier l'organisme qui transforme tout être humain entré à son contact en individu dénué de toute émotion. Il y a désormais deux choses à prendre en considération. Oliver Hirschbiegel traite son sujet sous un angle beaucoup moins pessimiste que ses prédécesseurs puisque l’espoir de trouver un remède à cette pandémie est réel. Une pandémie, oui, autre manière d'aborder le thème de l'invasion par des organismes extraterrestres. Car dans le cas de The Invasion, il n'est désormais plus question de graines ou de cosses permettant à de nouveaux organismes de se développer et ainsi prendre la place de l'hôte d'origine. Désormais, le concept de Body Snatching est traité sous l'angle de la maladie. Avec ce que cela peut sous-entendre comme conséquences sur la population ou sur le fait qu'il puisse exister comme toute maladie qui se respecte, des personnes immunisées. Généralement ''atomisé'' par la presse spécialisée et par les spectateurs, The Invasion est plutôt une bonne surprise dès lors que l'on ne l'identifie pas automatiquement à ses prédécesseurs. Et surtout pas aux version de Don Siegel et Philipe Kaufman qui lui sont évidemment et éminemment supérieures. Difficile de prendre la relève, surtout vingt-cinq ans après la vision ultra pessimiste et paranoïaque du second. Pour autant, et même si l'effroi n'est généralement pas au rendez-vous dans cette version 2007, on ne s'ennuie pas. Le charisme de Daniel Craig, l'éclat de Nicole Kidman et la bouille craquante du tout jeune Jackson Bond qu'interprète Oliver faisant tout le reste...

 

jeudi 4 juin 2026

Body Snatchers d'Abel Ferrara (1993) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Driller Killer, Ms. 45, Fear City, The King of New York, Bad Lieutenant, The Addiction... Six films cultes réalisés par un seul homme : Abel Ferrara. Du cinéma underground même lorsqu'il a le privilège d'être interprété par de grands noms tels que Christopher Walken, Laurence Fishburne ou Harvey Keitel... Durant sa carrière, le cinéaste américain eu l'occasion de s'exercer à l'horreur, au fantastique et à la science-fiction à quelques rares occasions. The Addiction et son vampirisme allégorique sur le VIH. New Rose Hotel et son univers dominé non plus par des états mais par des corporations technologiques s'affrontant dans des guerres économiques mondiales. 4:44 Last Day on Earth et la disparition totale de la biosphère terrestre prévue pour le jour où se situe l'action, à 4h44 du matin. Mais parmi ces rares exemples de films sortant du cadre habituel proposé par Abel Ferrara et par son fidèle scénariste Nicholas St. John qui fut à l'origine des scripts de la quasi totalité des œuvres signées du maître, Body Snatchers reste un film à part puisque étant la troisième adaptation à l'écran du roman de Jack Finney The Body Snatchers après Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel en 1955, suivi de la version éponyme et authentiquement paranoïaque de Philip Kaufman en 1978 et avant la dernière en date signée d'Oliver Hirschbiegel en 2007 et intitulée The Invasion. Sans parler bien évidemment du mockbusters produit par The Asylum, Invasion of the Pod People réalisé quant à lui par Justin Jones... J'ai beau l'avoir vu quatre ou cinq fois et à chaque projection, c'est la même chose : rejet total pour cette version d'Abel Ferrara datant de 1992. Impossible d'adhérer à ce nouveau concept pour lequel les différents auteurs du scripts ont choisi d'éclipser le monde extérieur pour concentrer le récit sur une base militaire. Un choix ''innovant'' pour un résultat qui laisse tout de même assez perplexe. Signifiant probablement un discours beaucoup plus musclé et sans doute plus inquiétant et alarmiste s'agissant de l'emprise de forces armées par une entité venue de l'espace. L'un des remparts ultimes pour la survie de l'espèce humaine étant ainsi dévoyé par des organismes qui tout comme dans les deux précédentes adaptations prennent possession des corps afin de les imiter physiquement à la perfection et de prendre leur place. Comme d'habitude, l'un des premiers symptômes et cette absence totale d'émotion chez ces nouveaux individus alors facilement repérables. Cette ''suite'' à l'origine de laquelle l'on trouve une fois de plus Nicholas St. John, mais aussi Dennis Paoli et... Stuart Gordon au scénario...


Lequel sera ensuite remanié par Raymond Cistheri et par... Larry Cohen, change radicalement la donne et semble avoir été prise d'une crise de ''jeunisme'' puisque les véritables héros de cette histoire ne sont plus dans la même tranche d'âge que ceux des deux premiers longs-métrages mais s'inscrivent dans une post-adolescence difficile à travers le personnage de Marti Anwar, jeune femme ayant des difficultés de communication avec sa belle-mère Carol. Incarnée à l'écran par Gabrielle Anwar, elle est la fille du professeur Steve Malone, lequel est envoyé avec toute sa famille sur une base militaire située en Alabama afin d'effectuer des recherches sur différentes substances employées par l'armée pour y tester leurs effets sur la faune et la flore. À proximité de la base, et alors que Marti, son père, sa belle-mère et son petit frère Andy (Reilly Murphy) se sont arrêtés à une station-essence, l'adolescente est ''agressée'' par un soldat caché dans les toilettes de l'établissement. Lequel prévient des dangers qu'elle encoure... Le ton est donné : Dès le départ, Abel Ferrara brise le mur du silence et produit une œuvre de science-fiction qui manque cruellement de finesse. Chose que l'on aurait pu notamment reprocher à James Cameron lorsqu'il transforma le mythe de Alien de Ridley Scott en film de guerre s'il n'avait pas su en réalité transformer l'univers anxiogène et pesant en une alternative toute aussi passionnante. Abel Ferrara tente bien de cultiver l'atmosphère paranoïaque instaurée quinze ans auparavant par Philip Kaufman mais n'y parvient jamais vraiment. Body Snatchers souffre en outre de la présence de protagonistes dénués de tout charisme. Si Meg Tilly, qui interprète la belle-mère Carol semble se réveiller d'un long sommeil avant chaque prise, Terry Kinney, dans le rôle du père Steve Malone n'a absolument aucun intérêt. Parmi les personnages secondaires l'on retrouve l'actrice Christine Elise, tout d'abord connue pour avoir incarné le rôle d'Emily Valentine dans la série Beverly Hills 90210. Elle endosse le rôle de la fille du commandant de la base. Une jeune rebelle totalement transparente puisque énième représentation de la contestation adolescente vue des centaines de fois sur grand écran. Quant à Billy Wirth, il campe le rôle du jeune et beau soldat TimYoung, seul espoir pour Marti d'espérer pouvoir fuir un hypothétique lieu de refuge (la base) transformé alors en véritable repère pour les extraterrestres. Passons sur des effets-spéciaux complétement largués (le jeune frère chutant de l'hélicoptère) qui nuisent à un film qui fleure bon le nanar à douze millions de dollars et l'on tient là la plus mauvaise adaptation du roman de Jack Finney...

 

mercredi 3 juin 2026

Iron Lung de Mark Fischbach (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il semblerait qu'il faille désormais compter sur la participation de certains youtubeurs ambitionnant de passer de la célèbre plateforme de vidéo en ligne au cinéma. On pense bien évidemment aux frères australiens Danny et Michael Philippou qui sont parmi les premiers à être passés de l'autre côté du miroir en 2022 avec leur premier long-métrage Talk to Me. N'oublions cependant pas que c'est bien en France que les hostilités ont été lancées un an auparavant à travers une œuvre réalisée par un collectif de vingt-six vidéastes issus de la plateforme Youtube. Une majorité de critiques amateurs qui tous ont mis en scène l'une des lettres de l'alphabet dans un court-métrage d'horreur…. Rien qu'en cette première moitié d'année 2026 l'on a eu droit à trois projets cinématographiques réalisés par des youtubeurs. L'un des plus attendus sur notre territoire est le Backrooms de Kane Parsons dont la sortie est prévue pour le 14 juin prochain. Le second, Obsession de Curry Barker, a rencontré un accueil positif plutôt mérité depuis sa sortie en mars dernier aux États-Unis puis en mai en France. Quant à Iron Lung de Mark Fischbach, celui-ci est sorti chez nous en février. Et contre toute attente, ce film au budget apparemment minimaliste de trois millions de dollars mais dont la somme s'avère finalement conséquente lorsque l'on prend connaissance que le film a entièrement été auto produit. Une œuvre très particulière. Adaptation du jeu vidéo éponyme développé par David Szymanski pour Windows et pour la Nintendo Switch en 2022, le long-métrage est donc mis en scène par un youtubeur qui à l'époque fit l'éloge du jeu en question. Tourné à Austin au Texas et auto financé, écrit et réalisé par Mark Fischbach, le film met en scène tout comme sa version vidéoludique un criminel. Celui-ci est envoyé dans les profondeurs de la lune AT-5, laquelle est entièrement recouverte d'une vaste mer de sang. Alors qu'un événement d'ampleur cataclysmique connu sous le nom de The Quiet Rapt a provoqué la disparition de toute étoile et toute planète dans l'univers, le seul espoir de survie d'une poignée d'être humains est d'envoyer dans les profondeurs de la lune AT-5, Simon, un individu accusé d'avoir causé la mort d'innombrables hommes et de femmes lors d'une explosion qui causa la perte d'une station spatiale connue sous le nom de Filament Station et de ses passagers... Simon, qu'incarne lui-même Mark Fischbach est donc contraint d'accepter cette périlleuse mission qu'il doit accomplir à bord de l'Iron Lung...


Une ''capsule'' hermétiquement fermée par soudure afin d'éviter toute fuite en raison de la densité de la mer de sang. Plongé dans ses eaux rouges, l'homme cartographie les lieux à la recherche de ressources vitales qui pourraient permettre la survie de l'espèce humaine lorsqu'il découvre ce qui s'apparente au squelette d'une créature inconnue... D'une durée dépassant légèrement les deux heures, Iron Lung mêle épouvante et science-fiction dans un cadre on ne peut plus restreint puisque la totalité du récit se déroule à l'intérieur d'un ''poumon d'acier'' qui ne doit pas dépasser trois mètres de large et vingt de longueur. Un véritable cercueil ambulant, rouillé, archaïque, plongé dans une mer opaque, dense et visqueuse, qui parfois s'insinue de part et d'autre de l'engin lorsque le Iron Lung s'enfonce un peu trop loin dans la mer et que la pression augmente dangereusement. Collaborent au projet un certain nombre d'interprètes dont la plupart n'apparaissent à l'écran que sous la forme de voix. Et lorsque Ava (Caroline Kaplan) ou David (Troy Baker) se présentent à l'image, ça n'est que pour un très court instant et derrière l'épais hublot de la capsule ! Critiqué en grande majorité pour ses nombreux ventres mous, Iron Lung n'en est pas moins une expérience relativement stupéfiante. Car aussi longue que puisse être la durée de ce film dont le scénario repose sur quelques bribes d'idées, Mark Fischbach réussit le pari de rendre passionnante une histoire réduite à un lieu et à une tentative d'exploration à laquelle il est impossible de s'identifier puisque effectuée au sein même d'une mer de sang qui empêche toute visibilité. Il faut s'accrocher, surtout durant une bonne grosse moitié du récit car les ventres mous évoqués plus haut sont concentrés durant cette première partie qui aurait mérité d'être purgée de séquences inutiles ou redondantes. De plus, l'univers extrêmement sombre (au sens propre comme au figuré) n'aide pas à l'empathie pour un film plus ou moins amateur et doté d'effets-spéciaux parfois rudimentaires. Mais passés ces quelques caps, Iron Lung nous plonge ensuite dans un délire visuel parfois très impresionnant. Une récompense pour tout spectateur ayant eu le courage de demeurer optimiste devant un spectacle, au contraire, très pessimiste. Bref, une étonnante expérience cinématographique...

 

samedi 30 mai 2026

The Shelter de Lamont Johnson (1961) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dans l'épisode The Monsters are due on Maple Street de Ron Winston, les habitants d'un petit quartier étaient confrontés à la paranoïa de leurs voisins en raison d'une simple coupure de courant et à l'évocation d'une supposée invasion extraterrestre. The Shelter de Lamont Johnson repose plus ou moins sur le même concept puisque le docteur Stockton (l'acteur Larry Gates) fête son anniversaire en compagnie de sa femme, de son fils et de tous ses amis lorsque retentit une alerte signifiant une attaque de missiles. Le sujet renvoie encore une fois à la peur du rouge en cette période de guerre froide mais décrit aussi et surtout l'attitude des hommes et des femmes en cas d'hypothétique attaque par un pays ennemi. Ici, tout commence très bien puisque la cohésion entre chaque habitant d'un petit bout de quartier leur permet de profiter de l'anniversaire de leur ami et voisin pour faire la fête et surtout ''ironiser'' sur la construction d'un abri que le docteur Stockton a lui-même récemment effectué. Ayant en outre prévenu ses amis qu'ils auraient dû eux-mêmes en construire un, l'alerte va révéler la nature humaine dans ce qu'elle a de plus méprisable. Un retour là encore à un comportement primaire et surtout irréfléchi lorsque l'on sait que certaines décisions qui seront prises seront illusoires. En effet, l'abri en question n'ayant été prévu que pour trois personnes et malgré sa profession qui veut que le docteur Stockton ait voué son existence à sauver celle des autres, lorsque certains de ses voisins se ruent chez lui pour essayer de profiter de l'abri, l'homme n'a d'autre choix que de leur en refuser l'accès. L'on imagine alors aisément la suite des événements. Les membres d'une famille, puis de deux, puis de trois s'approchent de l'entrée de l'abri censé protéger ceux qui s'y sont réfugiés en cas d'attaque nucléaire. Chacun a beau tenter de négocier sa place derrière la lourde porte du refuge mais tous autant qu'ils sont, amis et voisins essuient un refus de la part de Stockton. Un personnage raisonné qui d'ailleurs ne passe jamais pour le monstre qu'il pourrait être à refuser à ses amis l'accès à l'abri...


Non, la noirceur humaine est décrite plutôt à travers ces familles prêtes à tous les excès pour obtenir une place aux côtés de celui qu'ils jugent désormais bien différemment de celui qu'ils appréciaient jusqu'à maintenant. Les paroles menaçantes s'accompagnent d'actes beaucoup plus violents puisque physiques. Les hommes s’entre-déchirant et leurs épouse mettant de l'huile sur le feu, ce qui, bien entendu, n'arrange rien. Sur la base d'un scénario écrit une nouvelle fois par Rod Serling, Lamont Johnson parvient très bien à saisir le comportement d'hommes et de femmes durant un événement dramatique dont l'ampleur pourrait avoir des conséquences graves sur leur survie. Chaque protagoniste ayant d'ailleurs une attitude sensiblement différente quoi qu'étant rejointe par cette même volonté de survivre. En comparaison de The Monsters are due on Maple Street qui reposait sur une hypothétique invasion extraterrestre et sur les seuls propos d'un adolescent féru de science-fiction, ici, on entre dans le concret. Non seulement le sujet traite d'une réalité qui même encore aujourd'hui menace l'Occident mais l'alerte n'est plus une vague supposition évoquée au détour d'une discussion suivant une coupure de courant et une panne généralisé de tout appareil électrique mais s'avère désormais consécutive aux directives imposées par l'autorité gouvernementale ! The Shelter montre également le phénomène de foule puisque après que chaque famille ait tenté de faire jouer en sa faveur la possibilité de partager l'abri avec le docteur et sa famille, les amis et voisins se lient afin d'en forcer l'entrée. Avec les conséquences que cela peut avoir. La conclusion est comme souvent dans la série, relativement amère mais bien moins cynique qu'à certaines occasions. En effet, une fois l'alerte levée, une fois la porte de l'abri défoncée, une fois amis et voisins rassurés et prédisposés à s'excuser de leur comportement, comment reprendre une vie normale ? Possible ? Pas si évident...

 

jeudi 21 mai 2026

Time Enough at Last de John Brahm (1959) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dans ce huitième épisode de la première saison de The Twilight Zone (La quatrième dimension) réalisé cette fois-ci par John Brahm et écrit par Rod Serling et Lyn Venable, le récit met en scène Henry Bemis, un petit employé de banque qui a tendance à énerver son entourage. Qu'il s'agisse des clients de l'établissement où il travaille en tant que guichetier, en passant par le directeur (Vaughn Taylor dans le rôle de Carsville) qui le menace de le renvoyer s'il ne se concentre pas davantage sur sa tâche, et jusqu'à son épouse Helen (l'actrice Jacqueline deWit) qui refuse catégoriquement de le laisser s'affaler sur le canapé lorsque de retour chez eux, Henry choisit de vivre sa passion, la littérature. En effet, féru de lecture et capable de passer du roman à la presse papier en passant par les vignettes des bouteilles de lait, l'homme ne peut pas s'empêcher de lire, quitte à s'attirer les foudres de tous ceux qui l'entourent et qui se demandent s'il n'est pas un peu fou. Totalement myope et ayant besoin de calme pour laisser libre cours à sa fascination pour les grands écrivains, c'est muni d'une épaisse paire de lunettes sans laquelle il ne voit absolument rien que le vieil homme se réfugie à chaque pause déjeuner dans le coffre-fort de la banque. Tombant sur un article qui décrit les conséquences désastreuses que pourrait avoir une bombe atomique si celle-ci devait s'écraser sur Terre, Henry en fait immédiatement l'expérience. Tandis qu'un bruit terrifiant se fait entendre à l'extérieur et que les murs de la banque tremblent, l'homme s'évanouit... À son réveil, celui-ci découvre que dehors le monde a radicalement changé. Un décor apocalyptique où tout est détruit. Pas un seul batiment, pas une seule maison ni aucun arbre ne tient encore debout. Pire, en dehors du banquier, il n'y a aucun survivant. Se déplaçant à travers les décombres, Henry Bemis se demande alors ce qu'il va bien pouvoir faire de tout ce temps qu'il lui reste à vivre maintenant qu'il est seul au monde... Time Enough at Last est là pour répondre à cette épineuse question où le temps semble s'être figé, où le ciel est couvert d'une chape de poussière qui en retombant recouvre tout ce qui se trouve à la surface de la Terre...


Le plus dur dans cette situation décrite dans le script de Rod Serling et Lyn Venable est d'évaluer le taux d'intérêt qui peut résider pour un homme qui tout sa vie à cherché le moyen de pouvoir s'isoler afin de vivre pleinement sa passion pour la littérature. Déprimé et sans doute effrayé à l'idée de vivre désormais seul, notre homme met la main sur un pistolet puis, après s'être excusé auprès du Seigneur pour ce qu'il s'apprête à commettre, tombe du coin de l'oeil sur un véritable trésor: la bibliothèque publique. Un établissement soufflé par l'explosion de la bombe atomique prophétisée plus tôt lors du récit et qui a libéré des quantités d'oeuvres littéraires. On comprend alors l'intérêt et le sens de cet épisode qui contre toute attente et malgré la catastrophe d'ampleur internationale qui s'est produite va lui offrir une revanche. Après avoir vécu toute sa vie moqué, brimé, méprisé par son entourage, Henry Bemis n'a plus de compte à rendre à personne. Rideau...... Enfin, presque. Car dans ce décor désolé (on louera d'ailleurs l'exploit des artisans qui eurent la charge de retransmettre à l'écran les conséquences de l'explosion d'une bombe atomique), où aucune âme ne vit en dehors de notre petit guichetier, où pas un seul son ne se fait entendre à des lieues à la ronde, nos deux scénaristes ainsi que le réalisateur nous ont concocté une conclusion dont la perversité n'a d'égal que les crispations que pouvait au départ générer l'attitude du héros. Brillamment incarné par l'acteur américain Burgess Meredith, Time Enough at Last est sa première des quatre apparitions qu'il fera tout au long de cette série de science-fiction qui s'étalera entre 1959 et 1964. Interprète de très nombreux longs-métrages cinématographiques et de séries télévisées, dans le domaine de l'horreur, il apparu dans la première partie du film culte de Dan Curtis Burnt Offerings en 1976, dans The Sentinel de Michael Winner en 1977, dans The Manitou de William Girdler en 1978 ou encore dans Magic de Richard Attenborough la même année. L'acteur aura tout joué mais sera surtout resté célèbre pour son rôle de Mickey dans la saga Rocky. Quant à Time Enough at Last, il demeure l'un des plus célèbres épisodes de La quatrième dimension...


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