Succès mondial oblige
pour la série sud-coréenne Squid Game (Ojing-eogeim)
de Hwang Dong-hyeok en 2021, il était fort peu envisageable pour ses
producteurs d'en rester là et une seconde et une troisième saison
virent le jour trois et quatre ans plus tard, toujours sur la
plateforme de streaming Netflix.
Bien qu'une version américaine supervisée par le réalisateur David
Fincher et par le scénariste Dennis Kelly fut développée durant
deux ans, le projet a finalement été abandonné. Devant le succès
phénoménal rencontré par la série, il était évident que
d'autres allaient s'engouffrer dans la brèche offerte par ce genre
de spectacle, entre dystopie et jeu de massacre en lieu clos. C'est
ainsi que la mini-série The 8 Show
(Tŏ eit'ŭ syo)
créée par le sud-coréen Han Jae-rim a vu le jour en 2024, elle
aussi sur Netflix.
Huit épisodes, pas un de plus, coïncidant avec le nombre exact de
personnages apparaissant à l'écran. Là encore, il s'agit pour huit
candidats de gagner une très importante somme d'argent. Mais l'une
des différences majeures avec la série de Hwang Dong-hyeok est que
dans le cas présent, il ne s'agit pas pour une poignée de
survivants de se partager les gains accumulés durant le jeu mais
bien de décrire l'injustice qui existe entre les différentes
couches de la société à travers une allégorie du capitalisme où
les pauvres gagnent peu et les riches s'enrichissent de plus en plus.
Accordons d'ailleurs à cet état d'esprit ''gloutonnesque'' qui
pousse la candidate la plus privilégiée d'entre tous à en vouloir
toujours plus d'être sinon caricatural, du moins parfaitement en
accord avec cette vision immorale de cette société qui sépare les
uns et les autres selon leur statut social et leur cadre de vie.
L'une des particularités de The 8 Show
est de ne jamais nommer les personnages sous leur véritable nom mais
sous celui d'un étage. Il faut savoir que l'espace dans lequel ils
seront confinés pour un temps indéterminé dont la durée ne tient
qu'à eux est doté d'un escalier qui mène à huit étages. Chacun
d'entre eux donnant sur un appartement. Tandis que le récit s'ouvre
sur 3e
étage (l'acteur Ryu Jun-yeol), l'on découvre son appartement. Un
espace réduit, austère et pour l'instant uniquement doté d'un
écran et d'un interphone. Le premier affiche la somme qu'il gagne à
chaque minute qui passe. Trente-mille wons. Soit, un tout petit peu
moins de vingt euros la minute...
Quant
au second, il lui permet de s'adresser directement aux responsables
du jeu. Peu à peu, les autres personnages apparaissent à l'écran
et prennent possession de leur appartement. Ce n'est qu'au bout d'un
certain temps que l'on comprend que chaque concurrent n'est pas logé
à la même enseigne. Mais laissons le spectateur découvrir par
lui-même ce qu'il en est. Sans être tout à fait du
niveau de Squid Game,
la mini-série de Hwang Dong-hyeok n'en est pas moins parvenue en
cette année 2024 à renouveller le genre sans tout à fait empiéter
sur le concept de son aîné. La différence majeure étant donc de
comparer le comportement des concurrents et leur nouveau train de vie
avec ce que vit le peuple dans la réalité. Ici, toutes les couches
sociales sont représentées. 1er
étage
(l'acteur Bae Seong-woo) figure dans la société contemporaine, la
classe précaire. Celle qui se situe tout au bas de l'échelle. Et
l'on remonte ainsi jusqu'à 8e étage (Cheon Woo-hee), la
pensionnaire du dernier étage, comme son nom l'indique. Celle-ci
représente l'élite et la Haute Bourgeoisie. Assumant parfaitement
son rôle dans cette micro-société où le temps à une importance
considérable, elle se situe donc tout en haut de la pyramide sociale
et économique. Conçu comme une vision pessimiste d'un monde tel
qu'il est pourtant souvent décrit dans nos sociétés,
The 8 Show
est remarquable en ce sens où les thèmes abordés le sont de
manière fort crédible. Incluant ainsi également les classes
populaires, moyenne inférieure et moyenne supérieure, la série
évoque comment se fonde une hiérarchie, avec ses besoins, ses
contraintes et ses intérêts communautaires. Bref, de ce côté, le
contrat est parfaitement rempli. Mais là où le bat blesse se situe
certainement dans la durée de la série qui malgré seulement huit
épisodes en contient sans doute deux ou trois de trop. Une fois le
concept digéré et ses différents facettes élaborées, il aurait
sans doute été temps de libérer enfin les candidats et ainsi les
spectateurs de cet effroyable tableau totalement déshumanisant. Un
peu répétitif et doté parfois de séquences outrageusement
violentes comme lors du combat opposant 2e étage (Lee Zoo-young) au
psychopathe 6e étage (Park Hae-joon), The8 Show
reste tout de même une sacrée expérience, très clairvoyante et
critique sur la situation actuelle de la société. Bref, si vous
avez aimé Squid Game
et que vous n'avez toujours pas vu The 8 Show,
cette série est faite pour vous...
.png)


.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)

.png)
.png)
.png)
.png)