dimanche 14 juin 2026

Soldier de Paul W.S. Anderson (1998) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Je croyais avoir au moins un ami dans mon entourage. Jusqu'à ce que je fasse l'erreur de suivre son conseil et que je me lance dans la projection de Soldier de Paul W.S. Anderson. Oui, oui, l'auteur d'innombrables séries B fantastique de facture très moyenne et parmi lesquelles l'on trouve notamment quatre épisode de la franchise Resident Evil, la première adaptation cinématographique de la licence de jeux vidéos Mortal Kombat en 1995, le space opera horrifique Event Horizon : Le Vaisseau de l'au-delà réalisé deux ans plus tard, le crossover Alien vs. Predator en 2004 ou encore le très mauvais Monster Hunter il y a six ans... Affirmant à travers moult arguments que Soldier est une petite bombe, un super film de science-fiction mâtiné d'action ou une alternative intéressante au déjà pas terrible Universal Soldier que réalisa six ans auparavant Roland Emmerich, l'ami en question m'épargna fort heureusement l'achat au prix prohibitif de quatre-vingt dix euros, un dvd généralement épuisé... Invité en grandes pompes mais tout de même pas affublé d'un costard-cravate, l'expérience fut pourtant aussi peu concluante que celle vécue lors de la projection de Event Horizon : Le Vaisseau de l'au-delà. Décidément enclin à tourner des séries B d'une pauvreté artistique et scénaristique qui sont sa marque de fabrique, Soldier n'est qu'un exemple parmi tant d'autres des failles qui émaillent le cinéma de Paul W.S. Anderson. Produit à hauteur de soixante-quinze millions de dollars, on se demande encore où est passé le budget. Sans doute une partie importante de l'argent est-elle passée de la main des producteurs au portefeuille de Kurt Russell, immense star du cinéma américain qui rien que la décennie précédente enchaîna ce que d'aucun peu juger de classiques de la série B. Fidèle collaborateur du réalisateur John Carpenter durant un temps, rien que dans le courant des années quatre-vingt, les deux hommes ont travaillé ensemble sur trois projets : New York 1997 (Escape from New York) en 1980, The Thing en 1982 et Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China) en 1986...


Sans oublier l'excellent biopic qu'ils consacrèrent à Elvis Presley à la toute fin des années soixante-dix, Le Roman d'Elvis (Elvis). Sans parler de l'excellent Buddy Movie Tango et Cash d'Andreï Kontchalovski en 1989. Dans Soldier où l'acteur américain tient le rôle principal du sergent Todd 3465, Kurt Russell est malheureusement sous-exploité. Habituellement charismatique, Paul W.S. Anderson le transforme en personnage dénué de toute émotion et particulièrement taiseux. Bref, pas de quoi pour lui de faire étalage de son talent, lequel est placé au second plan derrière une musculature aiguisée et une force d'intervention particulièrement redoutable. Littéralement jeté sur la planète-décharge Arcadia 234, Todd est recueilli par les habitants d'une colonies qui ne vivent que grâce aux déchets qui régulièrement sont largués au sol par une organisation terrienne chargée de former des soldats d'élite auxquels appartenait justement Todd jusqu'à ce qu'il ait été officiellement reconnu comme mort après avoir affronté un certain Caine 607 (Jason Scott Lee). L'action se déroule en 2036 et le lieu principal où se situe le récit confirme que l'on est là devant un film d'action et de science-fiction. Rien de bien extraordinaire malheureusement puisque le scénario est réduit à sa plus simple expression. Forçant le trait du personnage monolithique, Kurt Russell brille sans doute moins à l'image que la superbe actrice danoise Connie Nielsen qui interpréta l'année précédente le personnage de Christabella Andreoli dans L'associé du Diable de Taylor Hackford avant de devenir célèbre grâce au personnage de Lucilla dans Gladiator de Ridley Scott en 2000. Bourrin, Soldier semble avoir fait illusion auprès de certains spectateurs qui adoubent son contenu. Pourtant, le film n'est rien moins qu'un piteux ersatz du Mad Max 2 du réalisateur australien George Miller...


 

vendredi 12 juin 2026

Disclosure Day de Steven Spielberg (2026) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Steven Spielberg est né le 18 décembre 1946. Six mois et vingt et un jour plus tard ainsi qu'à une distance de plus de deux mille kilomètres de son lieu de naissance est venu s'écraser dans un ranch près de Roswell, un objet volant non identifié. Alors âgé de quelques mois seulement, il y a donc peu de chance que l'événement ait eu un impact direct sur la passion du réalisateur américain pour le phénomène des ovnis. Les origines de son intérêt pour le sujet semblent remonter à ses dix ans, lorsque dans le désert du Nevada il assiste à une pluie de météorites qui selon ses propres termes, ''l'introduit au monde se situant au-delà de notre planète...'' Comme bon nombre de simples citoyens ou de chercheurs croyant fermement à l'existence de civilisation extraterrestres, Steven Spielberg semble avoir toujours essayé de mettre en place diverses hypothèses à travers son art. Et bien que l'on puisse souvent imaginer que sa première tentative d'incartade dans le ''merveilleux'' monde des extraterrestres fut Close Encounters of the Third Kind (Rencontres du troisième type) en 1977, l'histoire personnelle du Steven Spielberg cinéaste remonte en réalité à quelques années en arrière. En effet, après trois courts-métrages réalisés entre 1959 et 1961, l'américain réalise son premier long format au début des années soixante. Intitulé Firelight et d'une durée de cent-trente cinq minutes, le film traite du phénomène ovni et d'enlèvements extraterrestres. Steven Spielberg est alors âgé de seulement dix-sept ans. Encore étudiant, il profite des week-end et des soirées pour tourner ce qu'il jugera plus tard et avec une certaine ironie comme l'un des pires films de l'histoire du cinéma. Réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, compositeur de la bande musicale et monteur, le tout jeune Steven s'occupe de tout mais ne bénéficie que d'un tout petit budget ne dépassant les cinq-cent dollars. Projeté une seule fois sur grand écran dans la salle de cinéma d'une petite localité américaine, Firelight attirera malgré tout cinq-cent spectateurs et rapportera la somme de 501 dollars. Le film rapportant finalement à son auteur (financé par ses proches) un dollar de plus que la somme engagée...


Depuis, le mythe qui entoure le long-métrage provient du fait qu'il soit devenu totalement invisible de nos jours. Impossible en effet de pouvoir le chopper sur une quelconque plate-forme de streaming légale ou non. Un véritable objet de fantasmes pour les fans du cinéaste et pour les ufologues en herbe... Persévérant donc quelques années plus tard avec Close Encounters of the Third Kind et son budget conséquent pour l'époque d'environ vingt millions de dollars, il reviendra ensuite à l'une de ses premières passions avec E.T. the Extra-Terrestrial (E.T., l'extra-terrestre) en 1982 dans lequel un extraterrestre échoué sur notre planète était accueilli et protégé par un enfant de dix ans du nom d'Elliot. Alors que l'extraterrestre en question tentait de communiquer avec ceux de son espèce, sa présence sur notre planète allait intéresser l'armée. Elliot ainsi que son frère Michael et sa sœur Gertie allaient alors tout mettre en œuvre pour aider E.T a rejoindre un vaisseau venu de sa planète natale pour le récupérer... Dans le genre, ce film très divertissant, amusant et même parfois très émouvant, précédait de plus de quarante ans la sortie de la troisième adaptation du roman anxiogène et paranoïaque de H.G.Wells, The War of the Worlds. Après un premier long-métrage culte réalisé en 1953 par Byron Haskin, une vision toute personnelle mais tout aussi indispensable signée du réalisateur et scénariste polonais Piotr Szulkin sous le titre Wojna Swiatów - Nastepne Stulecie en 1981, c'est en 2005 que Steven Spielberg s'attaque à ce récit universel pour en proposer une version parfois impressionnante mais gâtée par un Tom Cruise qui cabotine trop souvent et finit par agacer par infantilisme et ruiner tout intérêt pour une œuvre manquant en outre cruellement d'inspiration...


Et puis, voici que Steven Spielberg nous revient en 2026 avec le tant attendu Disclosure Day... Dire que j'émettais des doutes autour de moi après avoir découvert il y a quelques mois la bande-annonce serait un euphémisme. Mais après plus de deux heures et vingt minutes, du haut de ses soixante-dix neuf ans, et même si l'on n'est pas un adorateur du cinéaste américain mais juste un spectateur plus ou moins curieux de son œuvre, l'on constate que Steven Spielberg est encore et toujours capable du meilleur. Humaniste, prônant l'empathie chez les Hommes, traitant de religion et donc de croyance, remettant en question les fondements les plus intimes de chaque être humain, Disclosure Day est sans doute à l'image du sujet qu'abordent certains protagonistes et notamment le ''méchant'' du film, Noah Scanlon qu'incarne l'acteur britannico-italien Colin Firth. Lequel conçoit avec difficulté que l'humanité puisse être préparée à certaines révélations. Un combat qui va d'ailleurs l'opposer aux véritables héros du récit, Margaret Fairchild, Daniel Kellner, Jane Blakenship et Hugo Wakefield qu'incarnent respectivement Emily Blunt, Josh O'Connor, Eve Hewson et Colman Domingo. Dans Disclosure Day, outre l'évocation de la Religion, il est question de messagers, d'artefact extraterrestre extrêmement puissant permettant à celui ou celle qui le détient de contrôler l'esprit de tel ou tel individu. Mais le film traite également de la civilisation humaine à laquelle Steven Spielberg pose une question apparemment simple mais qui s'avère en réalité excessivement complexe : sommes-nous prêts à connaître la vérité ? Et après l'avoir découverte, la remise en question de l'existence de Dieu par une ''entité'' qui lui serait potentiellement supérieure mènerait-elle l'humanité au chaos ? En optimiste doublé d'humaniste, Steven Spielberg préfère laisser chacun étudier la question lors d'un final absolument magnifique et bouleversant. Bien évidemment, du haut de son statut de ''simple'' fiction Disclosure Day, tout comme bien d'autres avant lui, ne demeure encore aujourd'hui que l'expression d'un rêve pour celles et ceux qui veulent y croire. Le film ne remettra donc pas en question les croyances des Fous de Dieu et ne modifiera pas la perception des complotistes. Rien de vraiment grave puisque cela ne reste que du cinéma. Du GRAND cinéma. Où l'un des grands maître du septième art tutoie une nouvelle fois les étoiles et rend plus que jamais concrète l'idée qu'ailleurs existent des civilisations qui ne veulent sans doute que notre bien...

 

mardi 9 juin 2026

For All Mankind - Saison 5 (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Alors qu'une sixième saison est déjà prévue, la cinquième a commencé sa diffusion dès le 27 mars dernier pour se conclure le 26 mai. Se terminant sur l'hypothétique prévision d'une septième saison après un final aussi énigmatique que fascinant, For All Mankind a su évoluer vers une science-fiction toujours plus éloignée de notre temporalité en matière d'évolutions technologiques et d'exploration spatiale tout en se déroulant plus de dix années avant notre époque. Nous sommes en 2012 et désormais, la vie est implantée sur Mars. La planète rouge accueille désormais des milliers de ''martiens'' et tandis qu'une partie de ses habitants travaille toujours à l'élaboration de voyages dans l'espace reculant sans cesse les frontières, d'autres œuvrent à l'envoi régulier d'Iridium, un métal excessivement rare sur Terre mais que l'on trouve à profusion sur l'astéroïde. Enjeu principal de la quatrième saison, Goldilocks (nom donné à l'astéroïde en question), fut découvert par des astronomes. Placé en orbite par des conspirateurs qui craignaient toutes ses richesses en l'envoyant vers la Terre, il sera encore au centre d'un conflit qui cette fois-ci opposera les divers gouvernements terriens et les habitants mêmes de Mars lorsque ces derniers apprendront que leur sort est déjà joué. En effet, un projet d'automatisation prévoit que dans les années à venir la quasi totalité des habitants de la planète rouge soit remplacée par des machines... Si le sujet de la conquête spatiale évolue donc désormais à travers la recherche d'une vie extraterrestre sur le satellite Titan situé en orbite à plus d'un million et deux-cent milles kilomètres de la planète Saturne, la grande majorité du récit développé autour des dix épisodes que constitue cette cinquième saison se déroule donc à la surface de Mars. D'innombrables structures habitables y sont désormais déployées et l'aventure se déroule entre la zone ouvrière qui d'une manière générale n'est pas très éloignée de certaines visions peu chaleureuses visibles il y a des décennies et notamment à travers le Total Recall de Paul Verhoeven voilà plus de trente-cinq ans et le centre de contrôle et d'administration de Happy Valley...


L'on retrouve les personnages emblématiques des précédentes saisons même si certains ont bien moins d'importance qu'auparavant. Margo Madison (Wrenn Schmidt) étant désormais emprisonnée, ses apparitions sont beaucoup plus rares. L'un des événements les plus ''remarquables'' de la première moitié de cette nouvelle fournée d'épisodes est la disparition d'Edward Baldwin (Joel Kinnaman), personnage central depuis les débuts de la série et qui disparaît donc pour laisser la place en tant que nouvelle icône de la série à son petit-fils Alex (l'acteur Sean Kaufman)... Beaucoup d'anciens et de nouveaux protagonistes interviennent désormais et il faudra certainement un ou deux épisodes pour véritablement se replonger dans le bain. Surtout si l'on choisit de suivre cette cinquième saison sans avoir au préalable revisionné la précédente saison... Après quelques difficultés d'adaptation, la cinquième saison de For All Mankind s'avère très satisfaisante. Plus ''guerrière'' et donc forcément plus brutale, elle est en revanche moins portée sur l'exploration spatiale que sur des enjeux politiques et financiers. L'on passera outre quelques invraisemblances d'ordre temporel et sur quelques ellipses qui brouillent la cohésion du récit mais dans l'ensemble ces dix nouveaux épisodes sont relativement réjouissants. Notons qu'à l'issue du dixième épisode a débuté la diffusion d'un spin-off intitulé Star City. Une série dérivée de For All Mankind se concentrant sur la conquête spatiale du point de vue de l'Union Soviétique. Constituée de huit épisodes, leur diffusion devrait prendre fin le 10 juillet prochain... Pour ceux qui voudraient patienter et découvrir l'intégralité de Star City sans avoir à patienter une semaine entre chaque épisode...

 

vendredi 5 juin 2026

The Invasion d'Oliver Hirschbiegel (2007) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

À l'heure actuelle, The Invasion du réalisateur, scénariste et acteur allemand Oliver Hirschbiegel est la quatrième et dernière adaptation sur grand écran du roman de science-fiction dystopique The Body Snatchers de l'écrivain américain Jack Finnley et dont la première parution date de 1955. Quant à sa traduction française, d'abord renommée sous le titre Graines d'épouvante avant de ressortir en 1994 sous celui de L'invasion des profanateurs, elle fut mise pour la première fois à disposition des lecteurs en 1977... On ne reviendra pas sur les deux premières adaptations cinématographiques qui demeurent même longtemps après leur sortie au cinéma deux monuments de la science-fiction. Passons sur la version largement surestimée d'Abel Ferrara en 1993 pour nous concentrer sur la dernière, sortie sur les écrans en 2007. À son tour, Oliver Hirschbiegel met en scène quelques grandes vedettes du cinéma américain puisque l'héroïne est incarnée par l'actrice Nicole Kidman, laquelle est notamment accompagnée de Daniel Craig qui se fit surtout connaître dans le rôle de l'agent secret James Bond auquel il prêta ses traits à cinq reprises. Ici, le duo incarne une version ''alternative'' des personnages interprétés en 1978 dans Invasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman par Brooke Adams et Donald Sutherland puisque même si les prénoms changent et si les sexes sont inversés, l'on retrouve les mêmes patronymes. Carol Bennell et Ben Driscoll venant ainsi prendre la place d'Elizabeth Driscoll et Matthew Bennell. Ces derniers ayant déjà pris celles de Becky Driscoll et Miles Bennell de la version de 1956 réalisée par Don Siegel. Seul Abel Ferrara n'usera pas de cette récurrence dans l'emploi des patronymes puisque les héros du récit auront pour nom Malone, Young ou encore Platt... Si l'on se souvient ensuite de l'hommage rendu par Philip Kaufman à l'acteur principal de Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel, Kevin McCarthy lors d'une courte apparition dans la version de 1978, Oliver Hirschbiegel fait de même avec l'actrice Veronica Cartwright qu'il intègre au récit de The Invasion tout en lui prêtant une identité tout à fait différente de son personnage de Nancy Bellicec puisque désormais elle incarne celui de Wendy Lenk, une patiente de la psychiatre Carol Bennell, laquelle est donc interprétée par Nicole Kidman. Le script de David Kajganich auquel ont participé non officiellement les frères Laurence et Andrew Paul Wachowski qui à l'époque n'ont pas encore opéré leur transition sexuelle diffère par rapport aux deux premières versions en ce sens où l'héroïne a désormais un fils...


Il n'est donc plus ici question pour elle de préserver uniquement son intégrité psychologique et sa seule existence mais bien celle de l'enfant qu'elle a mis au monde avec un homme dont elle est depuis divorcée (Jeremy Northam dans le rôle de Tucker Kaufman). Heureusement, notre héroïne ne sera pas seule et pourra notamment compter sur le soutien de Ben Driscoll (Daniel Craig) et sur celui du Docteur Stephen Galeano (Jeffrey Wright), un scientifique généticien qui n'aura de cesse que d'étudier l'organisme qui transforme tout être humain entré à son contact en individu dénué de toute émotion. Il y a désormais deux choses à prendre en considération. Oliver Hirschbiegel traite son sujet sous un angle beaucoup moins pessimiste que ses prédécesseurs puisque l’espoir de trouver un remède à cette pandémie est réel. Une pandémie, oui, autre manière d'aborder le thème de l'invasion par des organismes extraterrestres. Car dans le cas de The Invasion, il n'est désormais plus question de graines ou de cosses permettant à de nouveaux organismes de se développer et ainsi prendre la place de l'hôte d'origine. Désormais, le concept de Body Snatching est traité sous l'angle de la maladie. Avec ce que cela peut sous-entendre comme conséquences sur la population ou sur le fait qu'il puisse exister comme toute maladie qui se respecte, des personnes immunisées. Généralement ''atomisé'' par la presse spécialisée et par les spectateurs, The Invasion est plutôt une bonne surprise dès lors que l'on ne l'identifie pas automatiquement à ses prédécesseurs. Et surtout pas aux version de Don Siegel et Philipe Kaufman qui lui sont évidemment et éminemment supérieures. Difficile de prendre la relève, surtout vingt-cinq ans après la vision ultra pessimiste et paranoïaque du second. Pour autant, et même si l'effroi n'est généralement pas au rendez-vous dans cette version 2007, on ne s'ennuie pas. Le charisme de Daniel Craig, l'éclat de Nicole Kidman et la bouille craquante du tout jeune Jackson Bond qu'interprète Oliver faisant tout le reste...

 

jeudi 4 juin 2026

Body Snatchers d'Abel Ferrara (1993) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Driller Killer, Ms. 45, Fear City, The King of New York, Bad Lieutenant, The Addiction... Six films cultes réalisés par un seul homme : Abel Ferrara. Du cinéma underground même lorsqu'il a le privilège d'être interprété par de grands noms tels que Christopher Walken, Laurence Fishburne ou Harvey Keitel... Durant sa carrière, le cinéaste américain eu l'occasion de s'exercer à l'horreur, au fantastique et à la science-fiction à quelques rares occasions. The Addiction et son vampirisme allégorique sur le VIH. New Rose Hotel et son univers dominé non plus par des états mais par des corporations technologiques s'affrontant dans des guerres économiques mondiales. 4:44 Last Day on Earth et la disparition totale de la biosphère terrestre prévue pour le jour où se situe l'action, à 4h44 du matin. Mais parmi ces rares exemples de films sortant du cadre habituel proposé par Abel Ferrara et par son fidèle scénariste Nicholas St. John qui fut à l'origine des scripts de la quasi totalité des œuvres signées du maître, Body Snatchers reste un film à part puisque étant la troisième adaptation à l'écran du roman de Jack Finney The Body Snatchers après Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel en 1955, suivi de la version éponyme et authentiquement paranoïaque de Philip Kaufman en 1978 et avant la dernière en date signée d'Oliver Hirschbiegel en 2007 et intitulée The Invasion. Sans parler bien évidemment du mockbusters produit par The Asylum, Invasion of the Pod People réalisé quant à lui par Justin Jones... J'ai beau l'avoir vu quatre ou cinq fois et à chaque projection, c'est la même chose : rejet total pour cette version d'Abel Ferrara datant de 1992. Impossible d'adhérer à ce nouveau concept pour lequel les différents auteurs du scripts ont choisi d'éclipser le monde extérieur pour concentrer le récit sur une base militaire. Un choix ''innovant'' pour un résultat qui laisse tout de même assez perplexe. Signifiant probablement un discours beaucoup plus musclé et sans doute plus inquiétant et alarmiste s'agissant de l'emprise de forces armées par une entité venue de l'espace. L'un des remparts ultimes pour la survie de l'espèce humaine étant ainsi dévoyé par des organismes qui tout comme dans les deux précédentes adaptations prennent possession des corps afin de les imiter physiquement à la perfection et de prendre leur place. Comme d'habitude, l'un des premiers symptômes et cette absence totale d'émotion chez ces nouveaux individus alors facilement repérables. Cette ''suite'' à l'origine de laquelle l'on trouve une fois de plus Nicholas St. John, mais aussi Dennis Paoli et... Stuart Gordon au scénario...


Lequel sera ensuite remanié par Raymond Cistheri et par... Larry Cohen, change radicalement la donne et semble avoir été prise d'une crise de ''jeunisme'' puisque les véritables héros de cette histoire ne sont plus dans la même tranche d'âge que ceux des deux premiers longs-métrages mais s'inscrivent dans une post-adolescence difficile à travers le personnage de Marti Anwar, jeune femme ayant des difficultés de communication avec sa belle-mère Carol. Incarnée à l'écran par Gabrielle Anwar, elle est la fille du professeur Steve Malone, lequel est envoyé avec toute sa famille sur une base militaire située en Alabama afin d'effectuer des recherches sur différentes substances employées par l'armée pour y tester leurs effets sur la faune et la flore. À proximité de la base, et alors que Marti, son père, sa belle-mère et son petit frère Andy (Reilly Murphy) se sont arrêtés à une station-essence, l'adolescente est ''agressée'' par un soldat caché dans les toilettes de l'établissement. Lequel prévient des dangers qu'elle encoure... Le ton est donné : Dès le départ, Abel Ferrara brise le mur du silence et produit une œuvre de science-fiction qui manque cruellement de finesse. Chose que l'on aurait pu notamment reprocher à James Cameron lorsqu'il transforma le mythe de Alien de Ridley Scott en film de guerre s'il n'avait pas su en réalité transformer l'univers anxiogène et pesant en une alternative toute aussi passionnante. Abel Ferrara tente bien de cultiver l'atmosphère paranoïaque instaurée quinze ans auparavant par Philip Kaufman mais n'y parvient jamais vraiment. Body Snatchers souffre en outre de la présence de protagonistes dénués de tout charisme. Si Meg Tilly, qui interprète la belle-mère Carol semble se réveiller d'un long sommeil avant chaque prise, Terry Kinney, dans le rôle du père Steve Malone n'a absolument aucun intérêt. Parmi les personnages secondaires l'on retrouve l'actrice Christine Elise, tout d'abord connue pour avoir incarné le rôle d'Emily Valentine dans la série Beverly Hills 90210. Elle endosse le rôle de la fille du commandant de la base. Une jeune rebelle totalement transparente puisque énième représentation de la contestation adolescente vue des centaines de fois sur grand écran. Quant à Billy Wirth, il campe le rôle du jeune et beau soldat TimYoung, seul espoir pour Marti d'espérer pouvoir fuir un hypothétique lieu de refuge (la base) transformé alors en véritable repère pour les extraterrestres. Passons sur des effets-spéciaux complétement largués (le jeune frère chutant de l'hélicoptère) qui nuisent à un film qui fleure bon le nanar à douze millions de dollars et l'on tient là la plus mauvaise adaptation du roman de Jack Finney...

 

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