jeudi 23 juillet 2026

Star City de Ben Nedivi, Matt Wolpert et Ronald D. Moore (2026) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Tandis que la formidable série de science-fiction uchronique américaine For all Mankind en est à sa cinquième saison, ses créateurs, Ben Nedivi, Matt Wolpert et Ronald D. Moore, ont pris la décision début 2024 de produire une série dérivée intitulée Star City qui cette fois-ci ne se concentre plus sur le point de vue américain s'agissant de la conquête spatiale mais explore désormais le concept sous l'angle de l'Union Soviétique. Un spin-off qui plonge donc forcément ses protagonistes dans un contexte beaucoup plus complotiste et paranoïaque où l’État, dirigé par le Parti Communiste, est au cœur d'un système soviétique prônant la surveillance de ses citoyens à travers des services de sécurité. À l'image du KGB, lequel était donc chargé de surveiller la population afin de détecter les dissidents, les opposants au régime et les éventuels espions travaillant pour le compte de nations étrangères... Si la première saison de Star City nous présente effectivement quelques personnages que nous retrouverons plus tard dans For all Mankind et qui désormais sont incarnés par des interprètes différents (Josef Davies prenant la place de Piotr Adamczyk dans le rôle de Sergei Nikulov et Agnes O'Casey prenant celle de Svetlana Efremova dans celui d'Irina Morozova), le spin-off nous présente dans sa grande majorité des personnages qui n'ont pas cours dans la série originelle. Il est d'ailleurs étonnant de constater que ces mêmes personnages sont désormais non plus incarnés par des acteurs originaires des pays de l'Est (Piotr Adamczyk est polonais tandis que Svetlana Efremova est originaire de l'ex-URSS) mais par des interprètes d'origine britannique ! Ce retour aux sources reste l'un des principaux intérêts de Star City, qui nous permet ici de retrouver quelques iconiques protagonistes aux origines de leur intégration au sein de la Cité des étoiles. Si For all Mankind projetait l'idée d'une Union Soviétique prête à explorer Vénus avant que la course vers Mars ne devienne le principal objectif de la nation ainsi que celui des américains, ici, l'on note une très nette différence avec la série d'origine puisque Vénus devient la cible principale (mais non officielle) de l'ingénieur en chef Sergueï Korolev (personnage ayant réellement existé et interprété ici par l'acteur et chanteur britannique Rhys Ifans) et d'une équipe réduite et travaillant dans l'ombre du projet officiel de construction d'une base lunaire. Un ingénieur en chef souvent mis en opposition avec la cheffe du département de surveillance du KGB Lyudmilla Raskova qu'incarne l'époustouflante Anna Mexwell Martin...


Un personnage dur, inflexible, capable de prononcer la mort d'un ou plusieurs protagonistes pour le bien de la Nation. Car c'est bien là le cœur de Star City. Confronter le programme spatial dirigé par les autorité soviétiques à certains ingénieurs qui parmi eux ont des ambitions qui les éloignent des projets officiels. La série évoque également le sacrifice de certains protagonistes qui pour le bien de la Nation sont contraints de choisir entre leur vie personnelle et leur loyauté envers le régime autoritaire. Mise sur écoute, contrôle de l’État, espionnage et trahison, les scénaristes de Star City ne se contentent pas uniquement de critiquer l'URSS pour sa position antidémocratique, sa répression politique, la surveillance ou la censure mais attachent en outre une très grande importance vis à vis de ses personnages. Entre ambition et valeurs morales, on trouve de tout et parmi les protagonistes, il en est dans un cas comme dans l'autre qui très rapidement ne vont pas simplement se contenter d'arborer le visage froid et inflexible de l'autoritarisme mais agir en véritables héros. Afin de coller au climat qui règne à l'époque, la direction artistique de Donatas Pirstelis, Ramūnas Rastauskas et Vytautas Narušis s'appuie sur un visuel sombre, aux teintes dénaturées, désaturées, les décors de Paul Spriggs s'inspirent de l'architecture soviétique des années 1960. D'immenses édifices aux angles bruts, entre immeubles d'habitation standardisés et vastes complexes scientifiques à l'architecture fonctionnelle. Quant à la photographie de Brendan Kuroki Uegama et Cort Fey, les deux hommes prônent ici un style visuel qui fait appel à une palette de couleurs ternes et froides et de codes esthétiques propres à l'image que renvoie l'époque. Bref, pas de quoi considérer le contexte comme le plus joyeux qui soit. Mais en définitive, malgré des choix artistiques qui ne transpirent pas la joie et le bonheur, Star City n'en est pas moins une excellente série qui vaut très largement For all Mankind. Angoissante, fascinante, addictive, impeccablement interprétée et dont on espère que la seconde saison nous parviendra très rapidement...

 

lundi 13 juillet 2026

V : The Second Generation de Kenneth Johnson (20??)

 


 

Qui ne se souvient pas de la série de science-fiction culte V de Kenneth Johnson datant de 1983 et constituée d'une première mini-série en deux parties simplement intitulée V, suivie un an plus tard par une autre cette fois-ci titrée V : La Bataille finale en trois parties et enfin d'une saison de dix-neuf épisodes intitulée V : La série ? Une série à succès qui donnera naissance bien plus tard en 2009 à un remake en deux saisons intitulé V. Mais qui sait que le créateur de la série originale eut d'autres projets s'agissant de l'invasion de notre planète par une espèce extraterrestre reptilienne ? Tandis qu'il annonçait dès 2010 lors d'une interview donnée à une équipe de journalistes américains ayant précédemment couvert le Comic-Con de San Diego une adaptation cinématographique de la série, Kenneth Johnson fut rejoint chez lui par la dite équipe afin de causer de son bébé et du projet à venir. Ne détenant aucun droit sur la série produite en 2009 mais étant tout de même crédité en tant que créateur, Kenneth Johnson reste malgré tout propriétaire des droits d'adaptation au cinéma. Il faut tout d'abord savoir que le point de départ de son projet cinématographique ne repose pas sur l'entièreté des séries produites dans les années quatre-vingt puisque de l'aveu de Kenneth Johnson lui-même, V : La série n'a jamais constitué une suite réelle aux deux mini-séries qu'il avait créé auparavant. Le récit devrait donc logiquement prendre place vingt ans après non pas cette dernière mais après : La Bataille finale... Tout commence en réalité en 2008 lorsque paraît dans les librairies américaines le roman V: The Second Generation. Et contrairement à ce que pouvait laisser supposer la fin du troisième épisode de la seconde mini-série, l'humanité n'est pas sortie victorieuse de son combat contre les envahisseurs et ces derniers dominent toujours notre planète. On se souvient ensuite qu'à l'époque de la première vague d'épisodes était évoquée l'existence d'une autre espèce extraterrestre hostile aux lézards sur laquelle la Résistance portait tous ses espoirs. Une idée qui fut pourtant rapidement évacuée mais qui devait donc ressurgir au sein du récit de l'adaptation cinématographique. En effet, les Zedti devaient collaborer avec notre espèce tout en conservant chez eux une certaine ambiguïté quant à leur intentions réelles vis à vis de l'espèce humaine et de notre planète...


De cette proposition littéraire plutôt intéressante l'on connaît sa réception auprès des producteurs qui restèrent de marbre et préférèrent finalement produire la série de 2009 telle que nous la connaissons. Neuf ans plus tard, en 2018, Kenneth Johnson annonce vouloir carrément travailler sur une trilogie de longs-métrages en collaboration avec la société de production de télévision américaine Desilu Productions. L'intrigue devant se dérouler près de trente-cinq ans plus tard et s'agissant de l'évolution des technologies actuelles, Kenneth Johnson avait non seulement pour projet de réaliser le premier volet mais aussi et surtout de recréer son univers afin de l'intégrer à notre époque tout en revenant aux origines du récit tel qu'il l'avait lui-même imaginé en 1983. Malheureusement, aussi excitante que pouvait être cette annonce, le projet semble être tombé dans les affres du ''Development Hell'' puisqu'il semble être depuis bloqué au stade préliminaire. En effet, à ce jour, on ne connaît rien de l'éventuel casting, du ou des distributeurs ou du calendrier de tournage. On n'est même pas certains que Kenneth Johnson aurait lui-même réalisé le premier volet !V: The Second Generation (le film) fait donc depuis figure d'arlésienne. C'est d'autant plus dommage que si vraiment le roman avait été adapté, l'on aurait eu l'immense plaisir de retrouver quelques-uns des personnages iconiques de la série d'origine. À l'image de Diana, de Julie Parish, de Mike Donovan ou de Robin Maxwell. Kenneth Johnson désirait en outre approfondir le personnage d'Elizabeth, l'enfant-hybride en traitant le sujet sous un angle beaucoup plus sérieux et donc moins fantaisiste. On ne sait pas si le projet verra le jour dans un futur plus ou moins lointain mais toujours est-il que des fans, de l'autre côté de l'Atlantique, se battent pour que Kenneth Johnson parvienne à ses fins. Il serait d'ailleurs temps que des producteurs s'intéressent réellement au projet puisque le créateur de la série accuse tout de même aujourd'hui les quatre-vingt trois printemps...

 

mercredi 8 juillet 2026

Black Box (Flight 298) de Steven Quale (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Tandis que Allociné s’emmêle les pinceaux en proposant deux fiches confondant le Black Box du réalisateur suisse Tim Fehlbaum qui devrait voir le jour sur Netflix en 2027 avec le film éponyme de Steven Quale dont le plus célèbre long-métrage reste sans doute à ce jour le cinquième volet de la franchise Destination Finale sorti en 2011, c'est bien de ce dernier dont nous allons parler ici. Rien à voir donc avec le remake de l'excellent thriller du français Yann Gozlan avec Pierre Niney, Lou de Laâge et André Dussollier puisqu'il s'agit d'aborder d'étranges phénomènes se déroulant à bord d'un avion de ligne. Afin de bien différencier les deux longs-métrages, celui s'intitule en réalité dans sa version originale, Black Box (Flight 298). Du nom du vol de la compagnie Vero Airlines prévoyant de transporter ses passagers de la Nouvelle-Orléans jusqu'à Seattle. Parmi eux, Jeremy est de retour dans sa ville d'origine avec à bord le cercueil de son épouse placé dans la soute à bagages. Le script de Stephen Susco (scénariste entre autres des versions américaines de The Grudge 1 & 2 de Takashi Shimizu, de Texas Chainsaw 3D de John Luessenhop et de Unfriended: Dark Web qu'il réalisa lui-même en 2018) ne fait pas longtemps mystère des curieux événements qui se produisent lors du vol puisque le récit débute à travers toute une série de petites vidéos sous forme de flashback lors desquels l'on fait connaissance avec les principaux protagonistes avant leur montée dans l'avion et bien après que les étranges phénomènes aient déjà fait leur première apparition. Dans un premier temps, le scénario laisse entendre qu'une épidémie pourrait s'être propagée à l'intérieur de la cabine. Un vieil homme souffreteux passe en effet son temps à tousser avant de mourir de ce qui semble être une hémorragie. Bientôt, d'autres voyageurs éprouvent des maux de têtes et sont victimes de saignements. Pourtant, au fil de l'intrigue, le problème paraît provenir d'événements qui se produisent à l'extérieur même de l'avion. Alors qu'une tempête fait rage, Jeremy aperçoit d'étranges lumières au cœur même des nuages. Tandis que les passagers s'inquiètent, notre héros, soutenu par l'hôtesse de l'air Emma (Holly White), l'agente de sécurité Lauren (Boadicea Ricketts) mais aussi par la très jeune Chloe (Molly Belle Wright), va devoir temporiser le comportement des autres voyageurs...


Car comme dans tout bon ou mauvais film catastrophiste, Black Box (Flight 298) implique son comptant de personnages antipathiques. À l'image de ces adolescents férus de réseaux sociaux qui passent leur temps à filmer tout ce qui peut leur amener de nouveaux followers ou de cet homme d'affaire parfaitement imbuvable qui parce qu'il a réservé un siège en première classe tente d'imposer ses propres règles au détriments des autres voyageurs ! Le long-métrage de Steven Quale condense ainsi toutes les réactions qui peuvent découler de phénomènes on ne peut plus inquiétants. Entre ceux qui aident, ceux qui agissent de façon égoïste, ceux qui sont paralysés par la peur et ceux qui demeurent stoïques. Pour se faire une idée plus ou moins précise du contenu du film sans en déflorer la totalité du scénario, Black Box (Flight 298) mixe film catastrophe, science-fiction et épouvante. Et pour être encore plus précis, il s'agit là de l'adaptation du court-métrage The Vessel que signèrent les créateurs de la série Stranger Things, Matt Duffer et Ross Duffer. Passant ainsi de quatorze minutes à un peu moins d'une heure-trente, Stephen Susco a donc drastiquement élargit le concept en travaillant plus en profondeur la psychologie de certains personnages en ajoutant en outre des péripéties qui n'apparaissaient pas dans le court-métrage d'origine... Plusieurs séquences du long-métrage semblent de plus vouloir faire référence à la nouvelle de l'écrivain américain Richard Matheson qui en 1961 écrivit Nightmare at 20,000 Feet, laquelle fut adaptée en 1963 pour la série The Twilight Zone (La quatrième dimension) et fut notamment diffusée en France sous le titre Cauchemar à 20,000 pieds. Sans être un grand film d'horreur ou l'une des nouvelles références en matière de science-fiction, Black Box (Flight 298) reste une honnête proposition de cinéma horrifique et claustrophobe. Des événements en pagaille dont une ''invasion'' en mode ''Body Snatchers'' qui laissera ses personnages face à une perspective relativement glaçante...

 

mercredi 1 juillet 2026

The Last Starfighter de Nick Castle (1984) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Étudiant à l'université de la Southern California School of Cinematic Arts de Los Angeles aux côtés de son ami John Carpenter avant d'intégrer à ses côtés le groupe de rock The Coupe de Villes (rien à voir avec celui formé Francis Ford Coppola et plusieurs membres de sa famille), Nick Castle a part la suite participé aux tournages de Dark Star (il y tient le rôle de l'alien), deHalloween (dans lequel il incarne le rôle de Michael Myers) et de New-York 1997 dont il écrivit le scénario conjointement avec le cinéaste américain. Il signe en 1982 son premier long-métrage, le thriller Tag: The Assassination Game avant de réaliser l'un de ses deux films les plus connus (avec Dennis the Menace en 1993), le bien nommé The Last Starfighter. Réduit en France au simple titre de Starfighter, le film met en scène Alex Rogan (Lance Guest). Un jeune adulte vivant auprès de sa mère et de son petit frère dans un caravaning. Une petite communauté de quelques dizaines d'habitants qui comptent souvent sur lui pour remettre l'électricité, déboucher les éviers et autres petits tracas de la vie quotidienne. Tandis que sa petite amie Maggie (Catherine Mary Stewart) passe du bon temps avec leurs camarades, Alex, lui, espère obtenir une bourse d'étude afin d'intégrer une grande école. En attendant, il s'adonne quotidiennement au jeu vidéo Starfighter dont il espère battre le record. Un Shoot'en up, genre très en vogue dans les bornes d'arcades à l'époque. Lorsque vient le jour où Alex atteint le meilleur score, une voiture débarque au caravaning avec à son bord un drôle d'individu prénommé Centauri (Robert Preston) qui se prétend être le concepteur du jeu vidéo. Alerté par le fait qu'Alex a battu tous les records, Centauri l'invite à s'asseoir à ses côtés dans le véhicule qui s'avère en réalité être un vaisseau spatial. Contre toute attente et alors que les deux passagers font route sur un chemin de campagne, la ''voiture'' s'envole et prend la direction de Rylos, une planète lointaine située aux abords de la Frontière de la Ligue Stellaire que menace de détruire Xur (Norman Snow), un traître originaire lui-même de Rylos, ainsi que l'empire de Ko-Dan avec lequel celui-ci collabore...


Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, l'on comprend rapidement que le jeu Starfighter n'était en fait qu'un simulateur de vol créé afin de trouver sur Terre celui qui irait rejoindre le groupe de Starfighters interplanétaires prévu pour combattre l'ennemi. Sortant des contingences coutumières qui veulent que les héros évoluent généralement dans de petites villes américaines fort sympathiques, en attendant mieux, notre héros vit donc auprès des siens dans un caravaning. Et si la situation semble relativement précaire, ses habitants n'en sont pas moins heureux... Passé ce constat, l'action se déroule sur deux plans. Car si l'absence d'Alex risque de se faire rapidement remarquer, le scénario de Jonathan R. Betuel résout le problème en intégrant au récit un bêtadroïde. Réplique parfaite et donc androïdale d'Alex qui va remplacer le jeune homme sur Terre. Dynamisant ainsi le récit, Starfighter situe donc son action non seulement dans l'espace mais également sur notre planète, où l'attitude du Alex bêtadroïde va notamment étonner sa petite amie Maggie qui n'est pas au courant du subterfuge. Le script s'amuse d'ailleurs rapidement de principes proprement ''humains'' comme celui des sentiments amoureux. Incapable de comprendre le concept, le rapprochement entre la jeune femme et l'androïde donnera lieu à quelques séquences savoureusement drôles. Et tandis que ce dernier tentera de faire illusion sur Terre, dans l'espace, Alex devra prendre son courage à deux mains et se servir de ses compétences acquises en jouant sur la borne d'arcade pour combattre et vaincre l'ennemi, aux côtés du très attachant Grig (Dan O'Herlihy), une créature appartenant à une espèce reptilienne. Alors que les séquences de batailles spatiales ont toutes été conçues par la société d'animation assistée par ordinateur Digital Productions (laquelle sera rachetée quatre ans après sa création par Omnibus Computer Graphics) qui la même année produira les effets-spéciaux visuels de 2010 : L'Année du premier contact de Peter Hyams, les quelques rares créatures extraterrestres que l'on aperçoit durant le récit ont notamment été créées par William Tuttle, lequel travailla auparavant sur La Machine à explorer le temps de George Pal et sur La Planète des singes de Franklin J. Schaffner. Si certains effets-spéciaux ont plus ou moins bien vieilli, l'humour, lui, reste au contraire très efficace. L'on regrettera surtout une bataille spatiale réduite à sa portion congrue. Bien loin des fameuses ''Guerres de l’Étoile'' célébrées dans la franchise Star Wars ou chez les concurrents de Star Trek. Mais au final, Starfighter reste un vrai plaisir de cinéphage...

 

samedi 27 juin 2026

Explorers de Joe Dante (1985) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Parmi les cinéastes qui dans les années quatre-vingt ont beaucoup compté dans le domaine de la comédie ou du fantastique familial, Joe Dante reste l'un des plus importants. Et ce n'est pas faire outrage à la concurrence que d'affirmer qu'il demeure peut-être sans doute celui dont la filmographie recèle le plus de pépites. Sans parler de ses premiers longs-métrages qui ne sont pas les plus remarquables ni même des deux classiques de l'épouvante que sont Piranhas en 1978 et Hurlements en 198, le cinéaste originaire de Morristown dans le New Jersey a signé coup sur coup l'un des segments de l'adaptation cinématographique de La quatrième dimension en 1983, Gremlins en 1984, Explorers en 1985, L'aventure intérieure en 1987, Cheeseburger Film Sandwich la même année, Les banlieusards en 1989 et Gremlins 2 : la nouvelle génération en 1990 ! Pour en revenir à Explorers, la compétition est rude en cette année 1985 puisque sort dans les salles de cinéma Retour vers le futur de Robert Zemeckis, autre cinéaste œuvrant dans les domaines de l'humour et du fantastique grands publics. Ron Howard sort son Cocoon, Wolfgang Petersen son Enemy Mine, Simon Wincer son D.A.R.Y.L. Et John Hughes son Weird Science. Sans parler du Lifeforce de Tobe Hooper et du Brazil de Terry Gilliam qui s'inscrivent davantage dans une science-fiction plus horrifique et plus sombre et donc plus adulte ou des quelques petites productions méconnues d'un public plus large comme Creature de William Malone ou My Science Project de Jonathan R. Betuel... Écrite par le scénariste Eric Luke dont la carrière se résume à une dizaines de scripts majoritairement conçus pour la télévision américaine, l'histoire de Explorers se concentre autour de trois jeunes héros habitant une petite bourgade américaine comme cela est généralement le cas à l'époque dans ce genre de long-métrage...


À la croisée des chemins entre certains romans de Stephen King et l'imaginaire débridé de cinéastes enclins à faire de jeunes adolescents les héros d'aventures extraordinaires, le film de Joe Dante met donc en scène Ethan Hawke, River Phoenix et Jason Presson alors tout jeunes dans les rôles de Ben Crandall, Wolfgang Müller et Darren Woods. Comme très souvent dans ce genre de production cinématographique américaine à la portée de toutes et tous, l'on a droit à une vision de l'Amérique presque idyllique si ce n'est que Ben, passionné de science-fiction et d'aventures spatiales, est harcelé par l'un de ses camarades d'école et que Darren, orphelin de mère, vit avec un père violent. Reste Wolfgang, l'un des nombreux enfants d'une famille dont les parents son excentriques. Petit génie de l'informatique, il parvient à créer un circuit imprimé directement issu des rêves de son ami Ben et réussit à produire un champ de force. Une sphère d'énergie électromagnétique débarrassée de toute inertie et permettant de se déplacer à des vitesses inouïes tout en protégeant ceux qui se trouvent à l'intérieur. Aidés par leur nouvel ami Darren qui plus tôt a aidé Ben à se sortir d'une impasse, les trois garçons construisent un vaisseau fait de bric et de broc afin de partir dans l'espace. Après quelques essais relativement concluants, les trois amis se lancent dans une aventure spatiale qui va leur permettre de rencontrer deux sympathiques extraterrestres... Si jusqu'au moment où Ben, Wolfgang et Darren rencontrent Wak (Robert Picardo) et Neek (Leslie Rockert) tout semble à peu près ''normal'' voire même ''crédible'', Explorers se transforme en Show totalement délirant, la science-fiction virant presque à la comédie musicale avec ses deux extraterrestres extravertis, nés de l'imagination fertile du maquilleur de génie Rob Bottin qui dans un cadre déjà nettement plus effrayant créa les différentes et monstrueuses formes que pris l'extraterrestre de The Thing de John Carpenter trois ans auparavant...


Notons que les effets visuels concernant les déplacements du vaisseau ou les vues de l'espace furent l’œuvre du studio d'effets visuels, d'animation et de technologies cinématographiques Industrial Light & Magic créé en 1975 par George Lucas. Pressé par la Paramount à réaliser le projet dans des délais relativement serrés, Joe Dante est contraint d'élaguer le récit et d'éluder certaines séquences qui à l'origine devaient être incluses au sein du récit. Si Explorers est une sympathique comédie de science-fiction familiale, les contraintes imposées par la production au réalisateur opèrent des changements aux conséquences importantes. Le résultat final n'est donc pas celui escompté par son auteur. Finie l'épopée spatiale tant rêvée par les amateurs de Space Opera. Car si même la rencontre entre nos trois jeunes héros et nos deux charmants extraterrestres est plutôt réjouissante, Explorers se conclut de manière fort étonnante alors même que l'aventure semblait devoir précipiter ses personnages au cœur de péripéties spatiales enchanteresses. Si Explorers semble parfois bâclé, surtout dans sa seconde partie, cela n'est dont pas du fait du réalisateur mais d'une production qui lui mis des bâtons dans les roues. On se prend alors à rêver de ce à quoi aurait ressemblé le long-métrage de Joe Dante si seulement la Paramount lui avait laissé le champ libre... Bien que Explorers ait connu l'insuccès en salle, ce petit film reste une assez bonne surprise tout en étant profondément ancré dans son époque...

 

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