Avec ses allures de très
long épisode de la série de science-fiction Au-delà du
réel : l'aventure continue,
l'antépénultième long-métrage réalisé en solo par le cinéaste
mexicain Isaac Ezban fait tout d'abord peur à voir. Mais pas pour
les mêmes raisons que la plupart de ses travaux qui s'inscrivent
généralement dans le cinéma d'horreur mais parce que justement et
en comparaison de la série évoquée ci-dessus, le concept laisse
envisager une science-fiction programmée à partir d'un script,
d'une mise en scène et d'une interprétation apparemment très en
deçà de ce que l'on est en droit d'attendre. Et pourtant, après un
démarrage laborieux, l'ambitieux scénario de Scott Blaszak est tel
qu'Isaac Ezban nous livre sans doute ici l'un de ses meilleurs films.
Changeant ainsi de braquet pour nous raconter l'histoire de quatre
amis dont deux d'entre eux vont tout d'abord présenter un projet en
commun d'application à de potentiels investisseurs qui leur
apprendront qu'un concurrent (Chad Krowchuck dans le rôle de Seth)
leur a coupé l'herbe sous le pied puisque celui-ci s'apprête déjà
à présenter son propre modèle. Pressés par le temps puisqu'ils
n'ont que quelques jours pour présenter le leur, Devin, Noël, Josh
et leur partenaire féminine Leena sont désemparés. Autant dire que
l'investissement sur lequel ils comptaient risque de leur passer sous
le nez. Mais c'était sans compter sur une serveuse et amie prénommée
Carmen (Alyssa Diaz) qui leur apprend qu'ils se sont installés tous
les quatre dans une demeure réputée hantée et dont l'ancienne
propriétaire a mystérieusement disparu. À la lumière de cette
nouvelle, les quatre amis inspectent la demeure et découvrent très
vite qu'au grenier trône un miroir très spécial. En effet, selon
son inclinaison, il devient possible d'y pénétrer et de se
retrouver dans un monde en tout point ou presque similaire à celui
de nos quatre protagonistes... Dans le cas de Parallel,
il
s'agit moins pour Isaac Ezban d'introduire le récit dans le concept
des boucles ou des voyages temporaux que dans celui des multivers. Un
peu à la sauce de la géniallissime série télévisée de
science-fiction Sliders : les mondes
parallèles
dans laquelle les quatre héros voyageaient d'univers en univers dans
l'espoir de retrouver le leur... Si l'on n'ira pas jusqu'à dire que
Parallel
vaut largement la série créée en 1994 par Tracy Tormé et Robert
K. Weiss, le long-métrage du mexicain vaut malgré tout son pesant
d'or...
Surtout
lorsque le cinéaste s'amuse à décrire les ambitions des uns et des
autres ainsi que les différentes possibilités qui s'offrent à ces
quatre protagonistes plutôt bien campés par Aml Ameen, Martin
Wallström, Mark O'Brien et Georgina King. Jouant notamment avec le
temps puisqu'un voyage ''derrière le miroir'' de quinze minutes
équivaut à cinq secondes dans le monde de Devin, Noël, Josh et
Leena, l'on devine déjà quelles ambitions vont être mises en
œuvres dès la découverte par nos quatre héros de ce curieux
phénomène ! Ensuite, ils découvrent qu'en voyageant dans
divers mondes semblables au leur, certains événements propres à
leur existence connaissent quelques divergences. C'est ainsi que
Leena, laquelle ambitionne par exemple de faire carrière dans la
peinture découvre que l'un de ses ''doubles'' est quant à elle
devenue célèbre dans cette discipline. De son côté, le très
ambitieux Devin va s'employer à dérober lors des voyages qu'il
entreprendra, des concepts pour les rapporter et ainsi gagner
beaucoup d'argent. Concernant Noel et Josh, le développement de ces
deux personnages s'avérera nettement plus intéressant puisque le
premier, dont le père s'est suicidé alors qu'il a été envoyé en
prison pour escroquerie, va tenter de le retrouver dans un monde où
celui-ci est toujours bien vivant. Quant à Josh, là encore, le
script de Scott Blaszak s'enrichit d'un concept relativement
remarquable puisque tué par un mari trompé par sa femme dans l'un
des mondes visités par le jeune homme sera remplacé par l'un de ses
doubles sans que ce dernier ne se doute qu'il ne vit plus dans le
sien mais dans celui de nos héros. Et comme décrit plus haut,
sachant que certains détails diffèrent d'un monde à l'autre, les
conséquences psychologiques sur l'état de santé mentale de Josh
seront dévastatrices... En développant plusieurs idées autour non
pas d'un seul protagoniste mais bien des quatre mais également
autour de leurs implications personnelles et communes, le réalisateur
mexicain développe toute une série de concepts tournant autour de
l'espace et du temps, créant ainsi chez ses quatre principaux
personnages toute une série de dérèglements qui vont tout droit
les mener au chaos. Probablement doté d'un budget réduit, Parallel
offre ainsi pourtant une aventure riche d'événements, relativement
brillants s'agissant de l'interconnexion entre les divers personnages
et jamais ennuyeux du fait que le récit soit sans cesse relancé.
Les craintes initiales
étant ainsi réduites à néant pour le plaisir du spectateur...
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