jeudi 3 septembre 2026

The Outer Threat de William Woods (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

N'ayant pas bénéficié d'une sortie sur grand écran, le premier long-métrage du réalisateur, scénariste et producteur canadien William Woods The Outer Threat met en scène les astrophysiciens Michelle (Constance Wu) et Daniel (Mark O'Brien) et leurs deux enfants Maddy (Callista Crowe) et François (Isaac Smelcer-Zhang) dans l'une des dernières productions de science-fiction s'intéressant à l'éventualité d'une présence extraterrestre lointaine et beaucoup plus avancée technologiquement que ne l'est l'espèce humaine. Enfermé dans un bunker aménagé afin d'étudier l'espace, le père de famille découvre l'hypothétique présence d'une sphère de Dyson entourant une étoile afin d'en extraire toutes les ressources énergiques. Bien que Daniel tente d'en réferer à l'organisation qui l'emploie, son collègue Teddy (Murray Furrow) lui conseille fortement d'abandonner cette idée s'il veut que sa famille et lui soient à l'abri du besoin pour les années à venir. Financé par la NSA, il parle de sa découverte à Michelle et décide un soir contre le consentement de celle-ci d'envoyer le résultat de ses recherches par mail à son agence. Une coupure d'électricité survient immédiatement et dès le lendemain, plusieurs drônes survolent les alentours de la demeure familiale. Pressentant un danger imminent, Michelle, Daniel et leurs deux enfants décident de prendre la route à bord de leur voiture et de rejoindre le père de la jeune femme avec lequel celle-ci a coupé les ponts depuis plusieurs années. Après leur départ, un bombardier survole leur propriété et fait exploser leur abri... Lui-même ancien astrophysicien à la retraite, le couple compte sur l'aide de Ming (Oscar Hsu) afin d'étudier la possibilité de contrer la série d'événements qui semblent mettre à l'arrêt le pays (plus d'électricité, plus de réseaux et plus aucun moyen de communiquer) et que Michelle et Daniel mettent sur le dos du Gouvernement... Dans un univers qui ressemble aux balbutiements d'une fin du monde annoncée et notamment décrite à travers le comportement et les reflexes de survie d'un certain Sam (William Fichtner) vivant reclus dans son restaurant avec ses enfants et que les ''fugitifs'' vont avoir l'occasion de croiser en chemin, The Outer Threat semble n'avoir bénéficié que d'un budget limité. Ce qui à l'image est retranscrit à travers un récit et des effets minimalistes. Ici, pas de CGIs, pas d'extraterrestres, pas du vue sur une planète lointaine dont la technologie est sans commune mesure avec celle de la Terre, pas d'invasion non plus mais l'espoir pour les cinq membres d'une même famille de retourner à une vie normale après qu'un événement les ait, eux et d'autres habitans, isolé du monde extérieur...


Le long-métrage de William Woods est surtout l'occasion pour lui de se pencher sur notre dépendance aux technologies. Et notamment à l'intelligence artificielle qui semble ici avoir beaucoup plus d'importance qu'elle n'en a l'air. L'ennemi est ici, parfaitement invisible. Et lorsque Michelle, Daniel, Maddy et François sont poursuivis, ce ne sont pas des hommes ou des femmes qui les contraignent à prendre la fuite mais des drônes, des ballons-sondes ou des véhicules télécommandés à distance... Le film est également l'occasion de régler les problèmes internes liés aux différents membres de la famille. Et notamment l'attitude de Daniel que lui reproche Michelle et qu'il semnble calquer sur celui de son beau-père lorsque celui-ci préférait se plonger dans ses recherches plutôt que de s'occuper de son épouse malade et depuis disparue... William Woods tente également de développer toute une série d'idées mais les faibles moyens financiers et techniques et la courte durée du long-métrage neon comme conséquence qu'un survol de chacun des concepts alors que le cinéaste aurait probablement dû se concentrer sur une, voire, deux idées et pas davantage. Pourtant, The Outer Threat reste une œuvre plutôt intéressante, entre paranoïa, peur de l'inconnu à travers l'existence supposée d'une espèce beaucoup plus évoluée que la notre mais que les protagonistes hésitent tout de même à contacter afin qu'elle vienne en aide à l'espèce humaine. Aussi minimaliste que puisse être la narration, avec ses questionnements, ses conflits intérieurs et extérieurs ou son positionnement vis à vis des technologies (en effet, il est davantage question d'intelligence artificielle que de complot gouvernemental) ou d'une prétendue existence extraterrestre, le long-métrage n'est pas avare en événements même si les amateurs de blockbusters trouveront à redire s'agissant du rythme parfois lymphatique du récit. Tout comme dans leur globalité, les spectateurs trouveront invraisemblable qu'n gamin d'à peine quinze ans soit capable de régler le problème d'un simple clic de souris là où le Gouvernement semble avoir échoué jusque là. Mais en dehors de ces quelques faiblesses,' The Outer Threat reste une sympathique petite production davantage pensée comme une œuvre de science-fiction philosophique que comme une œuvre bourrine exclusivement axée sur l'action...

 

lundi 31 août 2026

Alien : Covenant 2 de Ridley Scott (202?)

 


 

En intervenant parfois sous certains articles ça et là, consacrés à de grandes (et beaucoup trop longues) franchises cinématographiques, il m'arrive parfois de m'agacer devant des commentaires agressifs de la part de fan(atique)s qui ne souffrent d'aucune remarque négative. Comme si ces derniers détenaient les clés d'un univers spécifiques auquel n'est convié aucun supposé néophyte (dans le meilleur des cas) ou ignare (dans le pire) en matière d'idéologie, de mythologie ou d'historique... Pourtant, avec l'arrivée très prochaine, je l'espère, du derniers acte ''xénomorphique'' signé de Ridley Scott, je me suis vite rendu compte que j'étais probablement fait du même bois que ces gens là ! Car alors, comment expliquer mon agacement devant ces hordes de prétendus fans du premier Alien sorti à la toute fin des années soixante-dix, s'énervant, agressant une partie de l'auditoire s'émerveillant à l'idée de pouvoir prochainement découvrir la tardive conclusion d'une saga qui s'était, il est vrai, quelque peu égarée ? Si l'on ne tient pas compte des deux crossovers consécutivement signés d'un côté par Paul W.S. Anderson en 2004 (Alien vs. Predator) et de l'autre par Colin Strause et Greg Strause trois ans plus tard (Alien vs. Predator : Requiem), la saga est constituée de sept longs-métrages. Les quatre premiers, qui sont donc chronologiquement ''incarnés'' par Alien, le huitième passager en 1979, Aliens, le retour de James Cameron en 1986, Alien 3 de David Fincher en 1992 et Alien, la résurrection de Jean-Pierre Jeunet en 1997 s'inscrivent dans une chronologie à peu près stable et les seules remarques que nous pourrions faire s'agissant de certains d'entre eux concernent probablement l'angle pris par chacun de leur auteur. Vinrent ensuite Prometheus et Alien : Covenant de Ridley Scott. Juste retour des choses pour celui qui depuis l'œuvre séminale vit son bébé grandir entre les bras d'autres artistes il est vrai, plutôt talentueux. Si l'on évacue le plus récent de tous, le Alien : Romulus de Fede Alvarez qui en 2024 se complaisait dans un jeunisme totalement absurde, sans parler non plus de cette infâme série télévisée créée par Noah Hawley intitulée Alien : Earth et qui en une saison de huit épisodes fit plus de tort à la mythologie qu'elle ne lui apporta de bienfaits, le retour de Ridley Scott sur grand écran dans le rôle du Grand Maître d'œuvre devrait plutôt faire sourire les fans d'origine que de les pousser à considérer le peu d'intérêt d'un nouvel opus dans cette flamboyante saga de science-fiction horrifique. Qui, par exemple, pour critiquer l'approche de James Cameron qui remplaça l'incroyable ambiance et la tension inhumaine de Alien premier du nom par une aventure guerrière ? Personne ! Ou en tout cas, pas grand monde...


Si les qualités de Aliens, le retour sont indéniables et même plutôt nombreuses, on aurait pu lui reprocher d'avoir un tant soit peu éludé la question du suspens sous haute tension du long-métrage de Ridley Scott. Si je me souviens qu'à l'époque de Prometheus ma compagne et moi avions été quelque peu déçus par l'absence de réelle ambition de la part des scénaristes Damon Lindelof et Jon Spaihts qui avec leur script nous promettaient une aventure plongeant ses héros aux sources de l'Humanité, à la revoyure (qui fut depuis, multiple) le film est objectivement une très grande réussite. Empruntant en outre à l'univers de Alien certains codes puisqu'il semblait apparemment s'agir surtout d'une préquelle comme le démontrait notamment la présence des Ingénieurs et de leur immense vaisseau. Puis vint Alien : Covenant, dont la densité visuelle et sonore abattait là encore en toute objectivité, toute tentative de concurrence en matière de science-fiction horrifique. Impossible ou presque de citer un seul exemple comparatif en dehors du génialissime The Thing de John Carpenter, du tout aussi indispensable Invasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman ou dans un genre beaucoup plus proche du thème qui nous intéresse ici avec le plutôt sympathique Life : origine inconnue de Daniel Espinosa qui sembla ouvertement être inspiré de l'œuvre de Ridley Scott et de ses consorts. Probablement qu'entre ceux qui suivent en toute subjectivité le mouvement de la ''détestation'' généralisée du second opus de ce qui bientôt deviendra une trilogie et ceux qui critiquent très sincèrement le film de Ridley Scott pour n'avoir pas toujours de logique chronologique ou mythologique, s'inscrivent celles et ceux qui apprécièrent ET Prometheus ET Alien : Covenant pour ce qu'ils sont : Deux ''putains'' de films de s-f horrifiques à gros budgets ! Parfois épiques, angoissants, gores, aventureux, jamais débilitants et dotés de l'inimitable patte artistique de leur auteur ! C'est d'autant plus fébrile que j'attends donc l'arrivée prochaine du dernier volet de la ''trilogie de préquelles'' initiée par Prometheus et poursuivie par Alien : Covenant. Évitons donc de cracher sur un produit dont on ne connait pour l'instant pas grand chose, si ce n'est même rien du tout. Tout ce que l'on peut dire c'est que face à un Alien : Romulus que Ridley Scott ne semble pas particulièrement porter dans son cœur, l'auteur de trois des opus de cette longue saga vieille de presque quarante ans va enfin pouvoir en reprendre les rênes...

 

lundi 17 août 2026

The Shadow Men (Ennemis Non-Identifiés) de Timothy Bond - ★★★★★☆☆☆☆☆


Diffusé en France à la télévision sous le titre Ennemis Non-Identifiés et parfois opportunément renommé sous celui de Men in Black après la sortie en salle quelques mois auparavant du long-métrage éponyme de Barry Sonnenfeld avec Will Smith, Tommy Lee Jones et Linda Fiorentino, le téléfilm américain The Shadow Men de Timothy Bond met en scène la famille Wilson composée du père Bob (Eric Roberts), de son épouse Dez (Sherilyn Fenn) et de leur jeune fils Andy (Brendon Ryan Barrett). Tandis qu'ils ont choisi de ne pas tenir compte de l'avertissement d'un pompiste qui leur conseillait de ne surtout pas se rendre dans une région montagneuse pourtant réputée dangereuse, c'est après avoir assisté à un joli coucher de soleil qu'il entreprennent de prendre la route du retour qu'ils sont attaqués par un étrange objet volant lumineux. Alors que leur véhicule se retrouve dans un fossé, quelques minutes plus tard, leur voiture se retrouve inexplicablement au beau milieu de la route. Perturbés par ce qui leur est arrivé, Bod et Dez décident alors de contacter l'armée de l'air américaine. Viennent par conséquent frapper à leur porte d'étranges hommes en noir dotés de lunettes opaques qu'ils croient appartenir au Gouvernement et qui dès lors ne vont avoir de cesse que de récupérer l'enregistrement qu'effectua lors de l'événement leur fils Andy. Depuis, le couple ne cesse de faire des cauchemars que le père identifie davantage comme étant plutôt des souvenirs. Il décide alors de faire appel à Stan Mills (Dean Stockwell), un ancien militaire devenu écrivain et qui depuis s'est reconverti dans l'étude des ovnis. Lorsque les Wilson lui prouvent la véracité du phénomène qu'ils ont vécu quelques jours auparavant, l'homme décide de leur venir en aide... À une époque où la télévision américaine s'empare du sujet des ovnis et des extraterrestres à travers des séries telles que Dark Skies, First Wave, Earth: Final Conflict et bien évidemment la plus célèbres d'entre toutes The X-Files, il est difficile de se démarquer de la concurrence et ça n'est très certainement pas le téléfilm Ennemis Non-Identifiés qui pu y parvenir même si les ambitions du réalisateur et des scénaristes Justin Stanley et Eric Miller sont pourtant bien visibles à l'écran. La faute pour commencer à des effets-spéciaux rares et surtout rudimentaires qui paraissent lors de l'apparition de l'ovni, bien dérisoire en comparaison de ce que la technologie permet déjà d'accomplir sur ordinateur en cette année 1997...


Le budget du téléfilm équivalent à peu près à celui d'un épisode de chacune des séries citées ci-dessus, il est plus simple d'imaginer que le problème vient probablement davantage d'un manque de talent de la part du concepteur des effets-spéciaux David Waine et des concepteurs des effets visuels que d'un manque de moyens financiers. Ces derniers étant surtout regroupés lors de l'apparition de l'ovni ou lorsque apparaissent les hommes en noir qui très vite vont se montrer hostiles envers les Wilson et Stan Mills. La différence principale entre les Men in Black tels qu'ils sont généralement décrits et notamment dans la trilogie d'origine de Barry Sonnenfeld (poursuivie en 2019 par un quatrième volet intitulé Men in Black: International et réalisé par F. Gary Gray) et ceux du téléfilm est qu'ici, il ne s'agit pas simplement d'agents du Gouvernement ou de personnages mystérieux appartenant à une organisation secrète mais bien des extraterrestres venus récupérer les preuves vidéos et éliminer les témoins de leur présence sur notre planète. Des créatures qui montrent là encore la faiblesse technique des effets-spéciaux de maquillage puisqu'ils ont surtout l'air de ressembler à des acteurs cachés sous des masques ressemblant grossièrement à l'image que l'on se fait des petits gris. Un visage ovoïde, blafard, dévoré par deux yeux immenses et noirs ! L'un des atouts du téléfilm reste pourtant tout d'abord la présence à l'écran de Dean Stockwell, surtout connu chez nous pour avoir incarné l'hologramme Albert Calavicci dans la série Code Quantum, de Sherilyn Fenn qui dans la série culte de David Lynch Twin Peaks interpréta le rôle d'Audrey Horn ou celle d'Eric Roberts, acteur à l'impressionnante carrière au cinéma et à la télévision avec plus de huit-cent cinquante rôles en plus de cinquante ans de carrière (sans compter les nombreux projets qui attendent d'être finalisés). Chez nous, en France, Ennemis Non-Identifiés souffre d'abord et avant tout d'un catastrophique doublage. Quant au téléfilm lui-même, en dehors de scènes d'action multiples qui évitent au spectateur de s'ennuyer, l'un des plus gros problèmes provient finalement moins des effets-spéciaux ultra-chap que de la caractérisation et l'attitude parfois absurde des hommes en noir. Au final, si l'on parvient à se remettre dans le contexte de l'époque, une décennie qui reste sans doute celle qui a le plus souffert à la télévision d'effets-spéciaux numériques qui ont subit les outrages du temps, le téléfilm de Timothy Bond reste tout à fait regardable..





jeudi 13 août 2026

The End of Oak Street de David Robert Mitchell (2026) - ★★★★★★★☆☆☆


Si l'on met de côté sa comédie romantique The Myth of the American Sleepover sortie aux États-Unis en 2010 mais pas chez nous en France en dehors de sa présentation au Festival de cannes la même année, beaucoup s'accorderont pour dire que David Robert Mitchell a démontré tout son talent dans les domaines de l'épouvante et du fantastique en signant deux œuvres indissociables l'une de l'autre s'agissant de leurs qualités et de leur originalité. It Follows en 2014 et Under the Silver Lake quatre ans plus tard. Tandis que la suite du premier intitulée They Follows est semble-t-il prévue pour l'année prochaine, David Robert Mitchell nous revient cette année avec l'inattendu The End of Oak Street. Un retour du réalisateur sur le devant de la scène autant espéré par ses fans que redouté par ces mêmes ''supporters'' du cinéaste américain au vu d'un synopsis qui peut tout autant se défendre chez un artiste aux concepts souvent très originaux qu'inquiéter de part la vacuité évidente du propos. Alors, original The End of Oak Street ? Si la question mérite d'être posée, c'est sans doute parce que voyage dans le temps et dinosaures sont des concepts qui eux-mêmes ont déjà fait les beaux jours des petits et grands écrans. En 1974, la série Land of the Lost projetait une famille dans un monde peuplé de dinosaures. En 2007, la série Nick Cutter et les Portes du temps permettait notamment à son héros de croiser la route là encore de créatures préhistoriques. On citera bien évidemment la double franchise Jurassic Park/Jurassic World, ainsi que les séries Dinotopia en 2002, le miteux The Dinosaur Project en 2012 ou encore bien évidemment la série Terra Nova qui elle, justement, mêlait directement voyage dans le temps et rencontre avec des dinosaures... Toujours est-il que ça n'est pas tant le script qu'il a lui-même écrit pour son nouveau projet que son retour huit ans après Under the Silver Lake qui donne des ailes aux aficionados de David Robert Mitchell. Et donc...


Il faut savoir qu'avant de concevoir le projet autour de The End of Oak Street, le réalisateur avait imaginé mettre en scène un film de super-héros afin de s'éloigner de son image de cinéaste indépendant. Cependant, le Covid ayant fait son œuvre entre-temps, David Robert Mitchell est passé à autre chose. En déambulant devant un garage et une ruelle, il imagine alors voir apparaître un dinosaure ! L'un des points essentiels reste surtout pour lui d'approfondir les rapports et les interactions entre chaque personnage qu'il juge généralement délaissés dans ce genre de grosses productions. C'est ainsi qu'entre Denise Platt (Anne Hathaway) et son époux Greg (Ewan McGregor) les rapports sont tendus. Le père de famille a récemment découvert à la lecture du roman qu'a écrit sa femme que celle-ci avait l'intention de ''changer d'air''. Allant même jusqu'à laisser derrière elle non seulement son mari mais aussi leurs deux enfants Audrey (Maisy Stella) et Brian (Christian Convery). Mais alors que la petite famille s'endort un soir dans sa charmante petite maison d'un lotissement typique des États-Unis, le fils est réveillé en pleine nuit par une lumière aveuglante. Le lendemain, leur voisin Mel Jacobs (P. J. Byrne) vient frapper à leur porte et les accuse d'avoir déposé une montagne d'excréments dans son jardin. Mais la vérité est ailleurs. En effet, on ne sait par quel miracle (ou par quel malheur) tout le quartier s'est retrouvé projeté dans le passé, au temps des dinosaures. Il va désormais s'agir pour Greg et les siens de ressouder les liens afin de survivre aux nombreuses péripéties qu'ils vont rencontrer...


La première des particularités est ici d'avoir non seulement envoyé dans le passé tous les habitants d'un lotissement se faire traquer et dévorer par une multitude de créatures gigantesques, rampantes, galopantes et volantes mais également le quartier lui-même. Pires que leur très hargneux voisin qui ne cessait jusque là que de se plaindre des aboiements de leur chien, Greg, Denise, Audrey et Brian vont donc être confrontés à de très belliqueuses créatures. Au menu, les classiques vélociraptors, Tricératops, et Tyrannosaures mais aussi d'immondes bestioles beaucoup moins communes comme cet immense ''serpent'' blanc et visqueux qui va donner du fil à retordre aux Platt. S'il est difficile d'expliquer la présence d'un trou de ver qui va envoyer toute une population se faire attaquer par des créatures issues du Mésozoïque, le généralement très minutieux David Robert Mitchell conçoit comme on le devine un retour final vers le présent (du moins, celui des Pratt et de leur voisin qui s'inscrit en 1982) après que la mère et ses deux enfants aient trouvé un moyen de revenir chez eux (le père ayant été dévoré par un tyrannosaure). Une fin un peu légère pour ceux qui ont appris à être exigeants envers l'auteur du parfois très complexe Under the Silver Lake. Si l'intention de David Robert Mitchell était effectivement de se sortir de son image, le pari est réussi. Il signe en effet avec The End of Oak Street un blockbuster très poli, très lisse et souvent avare en scènes gores. Ici, pas question de se prendre la tête en réfléchissant sur le pourquoi du comment puisque seul le cinéaste possède véritablement la clé de l'énigme. Usant de ficelles parfois grossières pour justifier et expliquer l'aventure et le retour au présent de ses personnages, on est malheureusement ici bien loin du génie de ses deux précédents longs-métrages. Un bon gros divertissement des familles, sans plus...


dimanche 9 août 2026

Le dernier refuge de Louis Leterrier (2026) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Attention : cet article contient un certain nombre de spoilers !

 

Mais quel est donc ce film qui voit fleurir un peu partout sur les réseaux des critiques élogieuses quand d'autres y vont de leur petit commentaire assassin depuis qu'il a été mis en ligne sur la plateforme de streaming Netflix voilà deux jours ? Il faut tout d'abord savoir que son auteur ne nous vient pas d'outre-atlantique mais de France. Et oui, cocorico, Louis Leterrier est français, originaire du huitième arrondissement de Paris et passe allégrement d'un continent à l'autre pour tourner des œuvres qui semblent tout d'abord et majoritairement faites pour un public adolescent nourri au cinéma d'action (Le transporter 1 & 2, Danny the Dog, Insaisissables), à la comédie grasse et vulgaire (Grimsby : Agent trop spécial), au blockbuster survitaminé et bêtifiant (L'incroyable Hulk, Le Choc des Titans, Fast and Furious 10) et à la comédie française avec Loin du périph, la suite de De l'autre côté du périph de David Charhon avec Laurent Lafitte... Cette fois-ci, le dernier long-métrage de Louis Leterrier vient rejoindre la longue cohorte de longs-métrages qui mettent un peu trop rapidement en scène des créatures dont on ne connaîtra malheureusement pas les origines. Des ''Poulpes Humanoïdes'' relativement ridicules qui soit viennent d'une autre planète, ce qui en soit paraît fort peu probable car alors comment expliquer qu'avec leurs tentacules ils aient pu piloter leur vaisseau spatial, soit viennent des profondeurs marines de notre planète comme l'évoquera l'un des quatre personnages centraux du récit... Le dernier refuge (ou The Last House à l'internationale) peut tout d'abord être décrit comme une sorte de conte moral et social à la manière d'un ouvrage écrit par le romancier américain Stephen King avant d'être adapté sur grand écran ou comme ici, pour une plateforme de streaming. Pourtant, ici, rien à voir avec l'auteur de Christine, de Carrie, du Fléau, de Stand by Me ou de Ça puisque l'on doit le scénario à Matthew Robinson, scénariste qui pour l'instant n'a pas fait d'autres étincelles que l'écriture d'un peu plus d'une dizaine de scripts parmi lesquels celui de son unique long-métrage réalisé en 2009 et intitulé The Invention of Lying !


Celui de ce Dernier Refuge dont le titre fleure bon la science-fiction apocalyptique évoque l'étrange aventure que vont connaître les membres d'une famille constituée du père Jason (Wagner Moura), de la mère Riley (Greta Lee), du fils Graham (incarné par Noah Alexander Sosnowski et Gabriel Barbosa) et de la fille Ruth (interprétée quant à elle par Riley Chung puis par Emma Ho). Dans le cas du Dernier Refuge, il est question d'une famille qui du jour au lendemain se retrouve retranchée dans sa demeure sans possibilité d'en sortir. La question se pose alors de savoir s'il s'agit d'un piège qui pourrait éventuellement donner l'impression d'être une confortable prison dorée ou si les lieux finiront par devenir la future tombe de ses quatre occupants. Se pose ensuite la question qui restera elle aussi peu ou prou sans réponse de savoir qui ou quoi les condamne à rester cloîtrés chez eux. Le Gouvernement ? Ou bien ces créatures qui régulièrement viennent rôder dans les parages à la recherche d'hypothétiques victimes ? Le film de Louis Leterrier est en fait surtout l'occasion pour le cinéaste de développer une intrigue autour de la cellule familiale, de son évolution à travers les jours, les semaines, les mois et même les années. Des protagonistes coupés du monde extérieur puisque Internet ne fonctionne plus mais surtout, confrontés à des ressources alimentaires qui s'épuisent. La mère tente bien de faire pousser des légumes mais l'eau devenant une denrée rare, le fruit de son labeur se traduit tout d'abord par la culture de tomates grosses comme la première phalange de l'auriculaire ! Le script de Matthew Robinson traduit alors l'inquiétude et la terreur de ses habitants à travers des changements de comportement. Fort heureusement, le père, en véritable Mac Gyver 2.0 est capable de fabriquer des pièges à partir d'objets démontés puis remontés trouvés dans le garage familial. Nous noterons en outre la présence d'une voiture construite par ses soins, symbole de tout un tas d'incohérences qui vont venir gripper le récit pour quiconque est attaché à un certain nombre de détails.


Tout commence lorsque Ruth ''visite'' le conduit d'évacuation d'une cheminée qui servira en outre à faire passer vers l'extérieur de petits pièges censés chasser des animaux s'approchant d'un peu trop près de la maison. Comment donc la famille est-elle parvenue à faire passer une corde de l'intérieur de la demeure vers l'extérieur ? Une question que le spectateur se posera invariablement chaque fois que Jason enverra le piège qui, de plus, tombera à chaque fois miraculeusement du bon côté de la maison. Soit, du côté de la grande baie vitrée. Pour en revenir à la voiture parquée dans le garage depuis maintenant plus de cinq années, l'on sera surpris de constater que la batterie fonctionne parfaitement alors que du propre aveu du père de famille, il n'y a plus d'électricité dans la maison. Et il ne faut pas être un expert en mécanique pour savoir qu'au fil du temps, une batterie finit par se décharger naturellement. Ensuite, comment expliquer que les pneus, complètement à plat aient retrouvé leur forme d'origine lorsque enfin Jason daigne au bout de cinq ans, tenter de défoncer la porte du garage à l'aide de son bolide ? On pourrait ainsi lister tout ce qui ne va pas en terme de scénario. De la jeune Ruth qui semble vouloir au bout de cinq ans exclure toute nourriture provenant d'un animal sans que son esprit n'ait jamais été perverti par le moindre message pro-végan ou antispéciste (rappelons que la famille est entièrement coupée du monde). Quant à la personnalité changeante de Graham, celle-ci tenterait à prouver que l'interaction d'un individu avec la société n'a en réalité aucune collusion dans le fait qu'il puisse développer son propre caractère... La lenteur du récit et la pauvreté des dialogues qui démontrent s'il le fallait que l'on est très loin de la force évocatrice de certains ouvrages de Stephen King ne sont pas les seuls éléments à mettre en cause lorsqu'il s'agit d'expliquer que Le dernier refuge est une déception.


Les créatures surgissent bien trop rapidement même si certains reprochent au contraire au film d'être tout d'abord trop lent. Leur apparence est en outre plutôt ridicule et renvoie directement aux Craignos Monsters chères au regretté Jean-Pierre Putters. Après une très longue période consacrée à la survie des quatre membres de la famille, l'action s'intensifie et dote le long-métrage de quelques sympathiques séquences qui malheureusement souffrent de la comparaison avec d'autres œuvres qui exploraient avant lui le concept de structures enfouies sous les eaux. Car aussi intéressant visuellement le film de Louis Leterrier puisse-t-il être lorsque de manière incompréhensible la baraque est submergée par les flots, Le dernier refuge prend des allures de redite en s'installant confortablement dans l'usage d'un concept largement exploité avant lui par Alexandre Bustillo et Julien Maury cinq ans en arrière avec leur décevant The Deep House. Il n'est d'ailleurs pas interdit de penser que le cinéaste français s'est largement inspiré d'un plan tourné par un autre compatriote près de trente ans plus tôt puisque résonne à l'esprit des amateurs de science-fiction et de la saga Alien la fameuse séquence des cuisines immergées du sous-estimé Alien, la résurrection que réalisa Jean-Pierre Jeunet en 1997. Ceux qui ne connaissent ni l'un ni l'autre pourront éventuellement se laisser séduire par une dernière partie techniquement très réussie tandis que les autres seront peut-être fort déçus devant une idée de départ séduisante mais qui au final est assez mal exploitée. Bref, encore un film d'horreur et de ''science-fiction'' que l'on oubliera très rapidement...

 

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