Attention : cet article contient un certain nombre de spoilers !
Mais quel est donc ce
film qui voit fleurir un peu partout sur les réseaux des critiques
élogieuses quand d'autres y vont de leur petit commentaire assassin
depuis qu'il a été mis en ligne sur la plateforme de streaming
Netflix voilà deux jours ?
Il faut tout d'abord savoir que son auteur ne nous vient pas
d'outre-atlantique mais de France. Et oui, cocorico, Louis Leterrier
est français, originaire du huitième arrondissement de Paris et
passe allégrement d'un continent à l'autre pour tourner des œuvres
qui semblent tout d'abord et majoritairement faites pour un public
adolescent nourri au cinéma d'action (Le transporter 1
&
2,
Danny the Dog,
Insaisissables),
à la comédie grasse et vulgaire (Grimsby :
Agent trop spécial),
au blockbuster survitaminé et bêtifiant (L'incroyable
Hulk,
Le Choc des Titans,
Fast and Furious 10)
et à la comédie française avec Loin du périph,
la suite de De l'autre côté du périph
de
David Charhon avec Laurent Lafitte... Cette fois-ci, le dernier
long-métrage de Louis Leterrier vient rejoindre la longue cohorte de
longs-métrages qui mettent un peu trop rapidement en scène des
créatures dont on ne connaîtra malheureusement pas les origines.
Des ''Poulpes Humanoïdes'' relativement ridicules qui soit viennent
d'une autre planète, ce qui en soit paraît fort peu probable car
alors comment expliquer qu'avec leurs tentacules ils aient pu piloter
leur vaisseau spatial, soit viennent des profondeurs marines de notre
planète comme l'évoquera l'un des quatre personnages centraux du
récit... Le dernier refuge (ou
The Last House à
l'internationale) peut tout d'abord être décrit comme une sorte de
conte moral et social à la manière d'un ouvrage écrit par le
romancier américain Stephen King avant d'être adapté sur grand
écran ou comme ici, pour une plateforme de streaming. Pourtant, ici,
rien à voir avec l'auteur de Christine,
de Carrie,
du Fléau,
de Stand by Me
ou de Ça puisque
l'on doit le scénario à Matthew Robinson, scénariste qui pour
l'instant n'a pas fait d'autres étincelles que l'écriture d'un peu
plus d'une dizaine de scripts parmi lesquels celui de son unique
long-métrage réalisé en 2009 et intitulé The
Invention of Lying !
Celui
de ce Dernier Refuge
dont le titre fleure bon la science-fiction apocalyptique évoque
l'étrange aventure que vont connaître les membres d'une famille
constituée du père Jason (Wagner Moura), de la mère Riley (Greta
Lee), du fils Graham (incarné par Noah Alexander Sosnowski et
Gabriel Barbosa) et de la fille Ruth (interprétée quant à elle par
Riley Chung puis par Emma Ho). Dans le cas du Dernier
Refuge,
il est question d'une famille qui du jour au lendemain se retrouve
retranchée dans sa demeure sans possibilité d'en sortir. La
question se pose alors de savoir s'il s'agit d'un piège qui pourrait
éventuellement donner l'impression d'être une confortable prison
dorée ou si les lieux finiront par devenir la future tombe de ses
quatre occupants. Se pose ensuite la question qui restera elle aussi
peu ou prou sans réponse de savoir qui ou quoi les condamne à
rester cloîtrés chez eux. Le Gouvernement ? Ou bien ces
créatures qui régulièrement viennent rôder dans les parages à la
recherche d'hypothétiques victimes ? Le film de Louis Leterrier
est en fait surtout l'occasion pour le cinéaste de développer une
intrigue autour de la cellule familiale, de son évolution à travers
les jours, les semaines, les mois et même les années. Des
protagonistes coupés du monde extérieur puisque Internet ne
fonctionne plus mais surtout, confrontés à des ressources
alimentaires qui s'épuisent. La mère tente bien de faire pousser
des légumes mais l'eau devenant une denrée rare, le fruit de son
labeur se traduit tout d'abord par la culture de tomates grosses
comme la première phalange de l'auriculaire ! Le script de
Matthew Robinson traduit alors l'inquiétude et la terreur de ses
habitants à travers des changements de comportement. Fort
heureusement, le père, en véritable Mac Gyver 2.0 est capable de
fabriquer des pièges à partir d'objets démontés puis remontés
trouvés dans le garage familial. Nous noterons en outre la présence
d'une voiture construite par ses soins, symbole de tout un tas
d'incohérences qui vont venir gripper le récit pour quiconque est
attaché à un certain nombre de détails.
Tout
commence lorsque Ruth ''visite'' le conduit d'évacuation d'une
cheminée qui servira en outre à faire passer vers l'extérieur de
petits pièges censés chasser des animaux s'approchant d'un peu trop
près de la maison. Comment donc la famille est-elle parvenue à
faire passer une corde de l'intérieur de la demeure vers
l'extérieur ? Une question que le spectateur se posera
invariablement chaque fois que Jason enverra le piège qui, de plus,
tombera à chaque fois miraculeusement du bon côté de la maison.
Soit, du côté de la grande baie vitrée. Pour en revenir à la
voiture parquée dans le garage depuis maintenant plus de cinq
années, l'on sera surpris de constater que la batterie fonctionne
parfaitement alors que du propre aveu du père de famille, il n'y a
plus d'électricité dans la maison. Et il ne faut pas être un
expert en mécanique pour savoir qu'au fil du temps, une batterie
finit par se décharger naturellement. Ensuite, comment expliquer que
les pneus, complètement à plat aient retrouvé leur forme d'origine
lorsque enfin Jason daigne au bout de cinq ans, tenter de défoncer
la porte du garage à l'aide de son bolide ? On pourrait ainsi
lister tout ce qui ne va pas en terme de scénario. De la jeune Ruth
qui semble vouloir au bout de cinq ans exclure toute nourriture
provenant d'un animal sans que son esprit n'ait jamais été perverti
par le moindre message pro-végan ou antispéciste (rappelons que la
famille est entièrement coupée du monde). Quant à la personnalité
changeante de Graham, celle-ci tenterait à prouver que l'interaction
d'un individu avec la société n'a en réalité aucune collusion
dans le fait qu'il puisse développer son propre caractère... La
lenteur du récit et la pauvreté des dialogues qui démontrent s'il
le fallait que l'on est très loin de la force évocatrice de
certains ouvrages de Stephen King ne sont pas les seuls éléments à
mettre en cause lorsqu'il s'agit d'expliquer que Le
dernier refuge est
une déception.
Les
créatures surgissent bien trop rapidement même si certains
reprochent au contraire au film d'être tout d'abord trop lent. Leur
apparence est en outre plutôt ridicule et renvoie directement aux
Craignos Monsters
chères au regretté Jean-Pierre Putters. Après une très longue
période consacrée à la survie des quatre membres de la famille,
l'action s'intensifie et dote le long-métrage de quelques
sympathiques séquences qui malheureusement souffrent de la
comparaison avec d'autres œuvres qui exploraient avant lui le
concept de structures enfouies sous les eaux. Car aussi intéressant
visuellement le film de Louis Leterrier puisse-t-il être lorsque de
manière incompréhensible la baraque est submergée par les flots,
Le dernier refuge
prend des allures de redite en s'installant confortablement dans
l'usage d'un concept largement exploité avant lui par Alexandre
Bustillo et Julien Maury cinq ans en arrière avec leur décevant The
Deep House.
Il n'est d'ailleurs pas interdit de penser que le cinéaste français
s'est largement inspiré d'un plan tourné par un autre compatriote
près de trente ans plus tôt puisque résonne à l'esprit des
amateurs de science-fiction et de la saga Alien
la fameuse séquence des cuisines immergées du sous-estimé Alien,
la résurrection que
réalisa Jean-Pierre Jeunet en 1997. Ceux qui ne connaissent ni l'un
ni l'autre pourront éventuellement se laisser séduire par une
dernière partie techniquement très réussie tandis que les autres
seront peut-être fort déçus devant une idée de départ séduisante
mais qui au final est assez mal exploitée. Bref, encore un film
d'horreur et de ''science-fiction'' que l'on oubliera très
rapidement...
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