Il semblerait qu'il
faille désormais compter sur la participation de certains youtubeurs
ambitionnant de passer de la célèbre plateforme de vidéo en ligne
au cinéma. On pense bien évidemment aux frères australiens Danny
et Michael Philippou qui sont parmi les premiers à être passés de
l'autre côté du miroir en 2022 avec leur premier long-métrage Talk
to Me.
N'oublions cependant pas que c'est bien en France que les hostilités
ont été lancées un an auparavant à travers une œuvre réalisée
par un collectif de vingt-six vidéastes issus de la plateforme
Youtube.
Une majorité de critiques amateurs qui tous ont mis en scène l'une
des lettres de l'alphabet dans un court-métrage d'horreur…. Rien
qu'en cette première moitié d'année 2026 l'on a eu droit à trois
projets cinématographiques réalisés par des youtubeurs. L'un des
plus attendus sur notre territoire est le Backrooms
de Kane Parsons dont la sortie est prévue pour le 14 juin prochain.
Le second, Obsession
de
Curry Barker, a rencontré un accueil positif plutôt mérité depuis
sa sortie en mars dernier aux États-Unis puis en mai en
France. Quant à Iron Lung
de Mark Fischbach, celui-ci est sorti chez nous en février. Et
contre toute attente, ce film au budget apparemment minimaliste de
trois millions de dollars mais dont la somme s'avère finalement
conséquente lorsque l'on prend connaissance que le film a
entièrement été auto produit. Une œuvre très particulière.
Adaptation du jeu vidéo éponyme développé par David Szymanski
pour Windows
et pour la Nintendo
Switch en
2022, le long-métrage est donc mis en scène par un youtubeur qui à
l'époque fit l'éloge du jeu en question. Tourné à Austin au Texas
et auto financé, écrit et réalisé par Mark Fischbach, le film met
en scène tout comme sa version vidéoludique un criminel. Celui-ci
est envoyé dans les profondeurs de la lune AT-5, laquelle est
entièrement recouverte d'une vaste mer de sang. Alors qu'un
événement d'ampleur cataclysmique connu sous le nom de The
Quiet Rapt
a provoqué la disparition de toute étoile et toute planète dans
l'univers, le seul espoir de survie d'une poignée d'être humains
est d'envoyer dans les profondeurs de la lune AT-5, Simon, un
individu accusé d'avoir causé la mort d'innombrables hommes et de
femmes lors d'une explosion qui causa la perte d'une station spatiale
connue sous le nom de Filament
Station
et de ses passagers... Simon, qu'incarne lui-même Mark Fischbach est
donc contraint d'accepter cette périlleuse mission qu'il doit
accomplir à bord de l'Iron Lung...
Une
''capsule'' hermétiquement fermée par soudure afin d'éviter toute
fuite en raison de la densité de la mer de sang. Plongé dans ses
eaux rouges, l'homme cartographie les lieux à la recherche de
ressources vitales qui pourraient permettre la survie de l'espèce
humaine lorsqu'il découvre ce qui s'apparente au squelette d'une
créature inconnue... D'une durée dépassant légèrement les deux
heures, Iron Lung
mêle
épouvante et science-fiction dans un cadre on ne peut plus restreint
puisque la totalité du récit se déroule à l'intérieur d'un
''poumon d'acier'' qui ne doit pas dépasser trois mètres de large
et vingt de longueur. Un véritable cercueil ambulant, rouillé,
archaïque, plongé dans une mer opaque, dense et visqueuse, qui
parfois s'insinue de part et d'autre de l'engin lorsque le Iron
Lung s'enfonce
un peu trop loin dans la mer et que la pression augmente
dangereusement. Collaborent au projet un certain nombre d'interprètes
dont la plupart n'apparaissent à l'écran que sous la forme de voix.
Et lorsque Ava (Caroline Kaplan) ou David (Troy Baker) se présentent
à l'image, ça n'est que pour un très court instant et derrière
l'épais hublot de la capsule ! Critiqué en grande majorité
pour ses nombreux ventres mous, Iron Lung
n'en est pas moins une expérience relativement stupéfiante. Car
aussi longue que puisse être la durée de ce film dont le scénario
repose sur quelques bribes d'idées, Mark Fischbach réussit le pari
de rendre passionnante une histoire réduite à un lieu et à une
tentative d'exploration à laquelle il est impossible de s'identifier
puisque effectuée au sein même d'une mer de sang qui empêche toute
visibilité. Il faut s'accrocher, surtout durant une bonne grosse
moitié du récit car les ventres mous évoqués plus haut sont
concentrés durant cette première partie qui aurait mérité d'être
purgée de séquences inutiles ou redondantes. De plus, l'univers
extrêmement sombre (au sens propre comme au figuré) n'aide pas à
l'empathie pour un film plus ou moins amateur et doté
d'effets-spéciaux parfois rudimentaires. Mais passés ces quelques
caps, Iron Lung
nous plonge ensuite dans un délire visuel parfois très
impresionnant. Une récompense pour tout spectateur ayant eu le
courage de demeurer optimiste devant un spectacle, au contraire, très
pessimiste. Bref, une étonnante expérience cinématographique...
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