Après avoir quitté il y
a bien longtemps la demeure qu'elle et ses parents partageaient vingt
ans auparavant avec la famille de Yeong-sook (Jeon Jong-seo),
Seo-yeon (Park Shin-hye) revient s'y installer afin de prendre soin
de sa belle-mère atteinte d'une grave maladie. Lors de son
installation, la jeune femme découvre un vieux téléphone fixe qui
lorsque celui-ci sonne la connecte directement avec une adolescente,
vingt ans en arrière... Une gamine qui n'est autre que Yeong-sook et
qui l'appelle à l'aide, affirmant que sa propre mère Ja-ok (Lee El)
a prochainement l'intention de la tuer. À vingt ans d'intervalle,
Seo-yeon va alors tenter de lui venir en aide... Aussi
invraisemblable que cela puisse paraître, le premier long-métrage
du réalisateur et scénariste sud-coréen Lee Chung-hyun est d'une
maîtrise totale. Mis à disposition des abonnés de la plateforme
Netflix dès le 27 novembre
2020, The Call
(Kol) mêle
science-fiction, drame et thriller. Plutôt que de laisser le
spectateur dans le brouillard et lui faire risquer d'abandonner
l'aventure au bout de dix ou quinze minutes, mieux vaut que celui-ci
apprenne que les deux jeunes héroïnes sont effectivement
d'anciennes amies. Ce qui, de prime abord, ne semble pas évident à
comprendre lorsque l'intrigue démarre et même si un peu plus tard
Lee Chung-hyun nous éclaire à ce sujet. Bien qu'écrit par le
cinéaste sud-coréen lui-même, The Call
repose à l'origine sur le film porto-américain The
Celler
de
Matthew Parkhill, sorti neuf ans auparavant. L'une des idées les
plus fascinante est ici l'interaction entre les deux jeunes femmes
qui chacune à son époque est capable d'intervenir sur le destin de
l'autre. Ajoutant au thème la caractéristique du paradoxe temporel
qui ici, joue un rôle primordial...
Après
une première partie qui pose parfois question sur certaines
incohérences laissées de côté comme le fait que dans le passé
Yeong-sook puisse joindre apparemment Seo-yeon sur le même numéro
de téléphone, The Call
demeure parmi les œuvres les plus convaincantes sur le sujet du
paradoxe temporel. Et ce, même si l'on peut s'interroger sur le fait
que les différents changements subis dans le passé ne semblent pas
avoir affecté la mémoire de Seo-yeon. [ATTENTION, SPOIL] Lorsque
par exemple, Yeong-sook sauve la vie du père de Seo-yeon dans le
passé en lui évitant de mourir dans l'incendie, cette dernière est
surprise de le retrouver bien vivant. Les vingt dernières années
ayant été modifiées, la mémoire de Seo-yeon aurait dû elle aussi
être impactée. [FIN DU SPOIL] Pourtant, Lee Chung-hyun préfère
concevoir le concept de paradoxe temporel et c'est sans doute mieux
ainsi puisque la méthode employée facilite le développement de
l'intrigue et le jeu pervers qui va s'opérer entre les deux jeunes
femmes. Mais alors, pourquoi donc le film ne doit-il pas être juste
considéré comme un simple film de science-fiction prenant pour
cadre deux époques reliées par un vieux téléphone fixe mais
également comme un thriller tendu entre une adolescente visiblement
contrainte par sa mère chamane d'effectuer d'étrange rites
pseudo-scientifiques en raison d'un mauvais Feng Shui et d'une jeune
femme de retour chez elle vingt ans plus tard ?
Parce
que là encore, Lee Chung-hyun réussit à nous surprendre en
ajoutant quelques twists inattendus. [ATTENTION, SPOIL] Lorsque
notamment la mère de Yeong-sook que l'on juge par défaut comme une
folle à lier mettant en danger l'existence de sa propre fille n'est
sans doute pas celle que l'on croit mais peut-être bien une femme
avisée et qui sait le danger que représente sa progéniture ! Porté
par deux jeunes interprètes formidables, Park Shin-hye interprète
une Seo-yeon émouvante (les retrouvailles avec son père) face à
Jeon Jong-seo qui elle, incarne une Yeong-sook parfois terrifiante.
Une psychopathe en devenir dont sa mère avait donc repéré les
troubles comportementaux ! [FIN DU SPOIL] Sans doute pas tout à fait
au niveau de l'époustouflant Prédestination
de
Michael et Peter Spierig, The
Call n'en
est pas moins d'une maîtrise formelle souvent implacable. Cruel,
pervers, diabolique, le récit offre en outre quelques effets visuels
aussi étonnants que spectaculaires, conséquence des modifications
qui ont lieu dans le passé. Et surtout, une séquence bouleversante
se situant dans un tunnel qu'il est de bon ton de ne pas révéler
pour mieux en apprécier la portée émotionnelle. Bref, une réussite
presque totale, si ce n'est, donc, les quelques invraisemblances qui
émaillent le récit (parmi lesquelles l'on citera l'attitude de la
police qui en 1999 n'investit pas la demeure de Yeong-sook après la
disparition du producteur de fraises) ou cette séquence
post-générique parfaitement inutile...
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