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mardi 3 février 2026

Last Night on Earth de Marcos Efron (2024) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Pour son second long-métrage quinze ans après And Soon the Darkness, Marcos Efron met en scène Leven Rambin et Jake McLaughlin dans les rôles de Holly et Ryan. Un couple très amoureux qui à l'approche de la fin du monde se réfugie dans les montagnes du Tennessee afin de vivre seul ses derniers instants. Situant l'action loin de la civilisation où la situation dégénère, ils attendent le moment fatidique où un gigantesque astéroïde doit s'écraser sur Terre. L'annonce de la catastrophe remonte à plusieurs mois, lorsqu'une amie les invita à une réception. L'occasion pour elle de leur présenter son nouveau compagnon. Aujourd'hui, alors que certains ont choisi de se donner la mort plutôt que d'assister à la fin de toute vie sur notre planète, Holly et Ryan ont préparé à leur manière l'événement à venir... Si le sujet tourne autour d'un événement que le septième art à développé à de nombreuses reprises, le réalisateur et scénariste Marcos Efron l'aborde avec une sensibilité toute particulière. L'une des forces de Last Night on Earth étant l'attachement profond que l'on peut ressentir vis à vis de ce couple formidablement interprété par Leven Rambin et Jake McLaughlin. Pour autant, le film ne s'attarde pas uniquement sur leur relation mais évoque également l'effondrement de la société. Celle-là même dont ils choisissent de s'éloigner afin de vivre leurs derniers instants dans la sérénité. Cependant, et comme dans tout bon film relatant l'apocalypse sous un angle sociologique, le cinéaste aborde à son tour le comportement malfaisant de certains individus. À l'image de Gaby (Sohvi Rodriguez) et de Gene (Shane West), autre couple d'apparence fort sympathique mais dont le comportement sensiblement invasif laisse planer le doute quant à leurs véritables intentions. Ces dernières allant à l'encontre du projet terminal prévu par Holly et Ryan, Gaby et Gene figurent les deux antagonistes du récit qui sous des allures de couple lui aussi en attente de la fin du monde ont un projet beaucoup plus sombre en tête. Mais Last Night on Earth est également l'occasion d'observer l'attitude d'un groupe d'adultes et d'enfants ''remarquablement'' ancrés dans la religion...


Et alors que les personnages de Holly et Ryan visent à exploiter la sensibilité de l'une et la rationalité et le rôle de protecteur de l'autre, et que de leur côté Gene et Gaby personnifient la perte de moralité, la violence et l'instabilité, l'actrice Dee Wallace, célèbre pour être notamment été l'une des égéries du fantastique et de l'horreur avec notamment Hurlements de Joe Dante, Cujo de Lewis Teague ou encore Critters de Stephen Herek incarne quant à elle le rôle de Carla, ''cheffe'' d'une petite communauté religieuse réunie non loin de là où se sont installés les premiers. Vouant un culte à leur Dieu mais demeurant tout à fait bienveillants, elle ainsi que ses membres s'apprêtent à accepter leur mort pour rejoindre le Paradis... Last Night on Earth mêle différents genres. À travers la relation de Holly et Ryan, le film nous plonge en plein drame. Celui d'un couple dont la femme a notamment déjà tenté de se suicider et dont Ryan fait office d'époux, d'amant et bien entendu, de protecteur. Une relation intense magnifiée par l'incarnation de l'un et de l'autre et sublimée par la mise en scène romantisée du cinéaste. Pour autant, le film n'en est pas moins relativement tendu. Marcos Efron parvenant ainsi à créer un véritable climat d'angoisse à l'approche de l'astéroïde mais également du couple formé par Gaby et Gene. Le long-métrage prenant ainsi parfois des allures de thriller, voire de film d'horreur même si cette dernière n'est visible que de manière sous-jacente. Bien entendu, le réalisateur n'abandonne pas les amateurs de science-fiction sur le bas côté avec un final aussi bouleversant qu'intellectuellement impressionnant... Découle alors de ce récit touchant et malgré les apparences, jamais ennuyeux, une œuvre profonde sur la fin de la vie ici traitée à l'échelle mondiale. Faisant ainsi de Last Night on Earth l'une des meilleures surprises en la matière. Sans chichis, sans superflu, sans effets-spéciaux ''Blockbusterèsques''. Tout ici entre dans le cadre de l'intime et abandonne le spectateur dans un état proche du malaise. Témoin d'un drame inéluctable...


 

dimanche 25 janvier 2026

L'homme qui rétrécit de jan Kounen (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En 1956 sortait dans les librairies américaines le roman The Shrinking Man de l'écrivain Richard Matheson. La version française devra attendre un an avant de sortir sous la traduction de L'homme qui rétrécit. C'est également en 1957 que l'ouvrage original sera adapté sur grand écran par Jack Arnold. Cinéaste américain notamment spécialisé dans le fantastique et la science-fiction, on lui doit L'étrange créature du lac noir en 1954, Tarantula en 1955, Le monstre des abîmes en 1958 ou encore The Space Children la même année. Mais de tous les longs-métrages abordant leur récit dans un contexte plus ou moins fantaisiste, L'homme qui rétrécit demeure sans doute son meilleur film..... Après une absence de cinq années, le réalisateur français Jan Kounen revenait l'année dernière avec une nouvelle adaptation du roman de Richard Matheson. Ouvrant l'intrigue sur une citation issue de l’œuvre originale, l'on peut déjà noter quelques différences entre les deux longs-métrages. Tout d'abord plus ou moins fidèle au roman et à sa première adaptation sur grand écran, le héros désormais incarné par Jean Dujardin ne se retrouve plus comme dans le cas de Scott Carey (Grant Williams) au beau milieu d'un étrange nuage radioactif mais face à un curieux événement qui semble être d'ordre météorologique. Pris dans un tourbillon alors qu'il nage en pleine mer, Paul ressent comme un engourdissement au niveau des mains mais n'y prête pas trop d'attention. Cependant, trois jours après, un curieux phénomène physiologique commence à se développer chez ce père de famille marié à Elise (Marie-Josée Croze) avec laquelle ils ont eu leur fille Mia (Daphné Richard). En effet, Paul commence à rapetisser. Après avoir notamment fait des examens auprès d'une endocrinologue (Stéphanie Van Vyve) et après avoir subit une batterie de tests, les résultats confirment qu'il est en excellente santé. Simplement, Paul rétrécit, inexorablement. Mettant sa vie de famille en péril mais aussi la sienne en danger. Enfermé chez lui, et c'est là que cette version diffère drastiquement de celle de Jack Arnold, Paul est désormais confronté à un environnement de plus en plus hostile. À commencer par le chat de la famille qu’Élise est contrainte de laisser à l'extérieur de leur demeure. Le personnage de Mia est un élément plus ou moins secondaire mais qui reste peu ou prou fidèle au roman alors que dans la version de 1957 le cinéaste américain avait préféré se dispenser de son existence. Jan Kounen et le scénariste Christophe Deslandes développent une relation très importante entre le père et sa fille. Rendant ainsi certains enjeux des plus dramatique. Tout comme celle qu'entretiennent le héros et son épouse. Le premier étant réduit au statut d'impuissance due à sa petite taille et la seconde étant ''contrainte'' de faire chambre à part...


L'une des différences fondamentales qui sépare les deux films est aussi le choix de Jan Kounen d'écarter le personnage de Paul de tout contact avec le monde extérieur. Tandis que dans la version de 1957 Scott Carey choisissait durant un temps de continuer à vivre ''normalement'', sortant de chez lui, évoquant son cas auprès des médias ou allant plus simplement discuter avec une personne de petite taille afin de se donner la consistance suffisante pour se croire encore ''normal'', dans celle de 2025, Paul s'isole rapidement du monde extérieur, assis dans un fauteuil témoignant de l'inéluctabilité de sa condition d'homme qui rétrécit pour n'être plus qu'une poupée mise entre les mains de sa propre fille. Puis vient ce moment crucial où Paul ne peut même plus compter sur les siens, convaincus, du moins s'agissant d’Élise, qu'il a finit entre les crocs de leur chat. Tombé dans un panier rempli de vieilleries installé dans la cave, Paul va devoir lutter pour sa survie. Si dans le fond, cette dernière et assez longue partie du long-métrage n'apprendra pas grand chose de neuf à celles et ceux qui connaissent l’œuvre en noir et blanc de Jack Arnold, il se peut que L'homme qui rétrécit version 2025 contente très largement les autres amateurs de ''merveilleux'' et son univers devenu presque impalpable à l'échelle d'un homme réduit à la taille d'une fourmi, d'un moustique ou, plus inquiétant, d'une araignée... Chargés à l'époque de concevoir les effets optiques et les différents truquages, Clifford Stine ainsi que Roswell A. Hoffman et Everett H. Broussard avaient réalisé des prouesses qui encore aujourd'hui impressionnent. Malgré tout, l'apport des images de synthèses et autres CGI permettent aujourd'hui de repousser les limites de l'imagination, ce qui permet à Jan Kounen de laisser libre à la sienne et ainsi d'intégrer Jean Dujardin dans un milieu conçu sur ordinateur, mêlant ainsi VFX, immenses maquettes et fonds bleus pour un résultat très satisfaisant. Parcouru de lignes de dialogue en voix-off, entre pensées philosophiques et phrases toutes faites du genre ''On regrette le temps d'avant, celui-là qu'on voulait changer'' ou ''Ce sera ça ma vie, un combat perdu d'avance'', cette version 2025 n'a pas à rougir face à celle de Jack Arnold... Un retour qui aurait dû être gagnant pour le cinéaste et pour ses interprètes mais qui malheureusement s'est soldé par un échec. En France, L'homme qui rétrécit n'a en effet attiré qu'un peu plus de deux-cent soixante mille spectateurs. Pour un budget de vingt et un millions d'euros, le film n'en a rapporté qu'un dixième environ...

 

jeudi 1 janvier 2026

Valensole 1965 (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Alors qu'en 2025 Valensole ne compte qu'un peu plus de trois-mille habitants, cette petite commune des Alpes-de-Haute-Provence s'est rendue célèbre à deux occasions. Tout d'abord en 1928, lorsque Jules Ughetto et Stefan Mucha se rendirent cette année là au soir du 2 décembre dans la ferme des Courrelys où il tuèrent les cinq membres de cette famille afin de dérober leurs économies. Arrêtés puis condamnés à la suite de leur procès, le premier sera condamné à mort tandis que le second, alors âgé de seulement seize ans, sera condamné à vingt ans de bagne. Mais lorsque l'on évoque Valensole, c'est moins pour cette sordide affaire criminelle que pour l'événement qui se produisit dans la nuit du 1er juillet 1965 aux environs de 5h45. En effet, alors qu'il travaille dans son champ de lavande, l'agriculteur et apiculteur Maurice Masse est témoin d'un événement extraordinaire. Au beau milieu de son champ de lavande, l'homme aperçoit un engin de forme ovoïde posé au sol avant de distinguer deux êtres de petite taille ne dépassant pas les un mètre. Possédant une grosse tête et vêtus de combinaisons gris-vert, l'un d'eux dirige un objet en sa direction et provoque chez Maurice Masse une paralysie et l'incapacité de parler. Ses autres sens pourtant toujours en éveil, il voit ensuite les deux humanoïdes remonter dans leur engin qui alors s'envole pour disparaître en un instant. Témoignant auprès de son épouse et du propriétaire du bar où il a ses habitudes, ce dernier relègue les informations auprès de plusieurs villageois avant que celles-ci ne remontent rapidement jusqu'à la Gendarmerie... L'on connaît la suite : entre moquerie, scepticisme et intérêt, l'affaire attire curieux, journalistes et même un certain Professeur Lacombe (l'acteur Vincent Roger), ufologue et seul a véritablement croire l'histoire de Maurice Masse... Celles et ceux qui espèrent trouver une alternative hexagonale aux récit produits à la chaîne outre-atlantique peuvent d'ors et déjà passer leur chemin. Avec son allure de téléfilm estival produit pour les chaînes nationales françaises, Valensole 1965 porte un intérêt sans doute certain pour l'extraordinaire mésaventure de son héros mais ne l'aborde jamais sous l'angle exclusif du ''merveilleux'' ou du ''sensationnel''...


Non, ce qui intéresse tout d'abord le réalisateur et scénariste français Dominique Filhol est le point de vue des témoins mais aussi et surtout le ressenti de Maurice Masse, magistralement interprété par Matthias Van Khache. Loin des grandiloquences qui sont le fond de commerce du cinéma tout public, le film porte un regard inédit sur le témoignage de l'un de ces faits relativement extraordinaires qui osa témoigner sans penser au préalable aux conséquences. Car outre la réaction propre à l'entourage direct de Maurice Masse, de son épouse Jeannette (Vahina Giocante) jusqu'aux amis de l'agriculteur, celle des curieux, journalistes et badauds venus se rendre jusqu'à Valensole pour découvrir les lieux ou interroger la ''bête de foire'', Valensole 1965 pose de véritables questions morales sur l'impact social et sur l'isolement d'un témoin qui semble parfois douter non pas de ce qu'il a vu mais mais des répercussions que peuvent engendrer cette rencontre du troisième type sur sa santé mentale et physique. Bien que Valensole 1965 ait bénéficié d'un budget que l'on peut juger de ridicule en ne dépassant que de peu le demi-million, Dominique Filhol réussit le tour de force de pallier au manque de moyens en traitant son sujet sous l'angle de l'émotion et du réalisme. Ce qui n'empêche pas le long-métrage d'offrir quelques vertigineux plans comme ce travelling vertical s'éloignant de Maurice Masse alors plongé dans un lac où lors de cette fameuse séquence durant laquelle une sorte de sonde provenant de la soucoupe est plongée dans le champ de lavande : une série d'images spatiales et terriennes évoquant ''l'histoire'' de notre planète : comme si la sonde en question extrayait la ''mémoire'' de la Terre pour en retenir certaines préoccupations dans l'ère du temps (passé et présent) comme la fonte des glaces ou des guerres nucléaires envisagées dans un futur plus ou moins proche. Valensole 1965 est en outre doté d'une très belle partition musicale que l'on doit au compositeur américain Mark Yaeger. Bref, si l'ufologie vous passionne et en particulier '' La Rencontre de Valensole'', si la sobriété est pour vous de mise lorsqu'il s'agit d'un événement ayant réellement eu lieu et si vous n'êtes pas trop regardant sur le peu de visions ''extraordinaires'' étalées à l'écran, le film de Dominique Filhol est fait pour vous. Personnellement, ma compagne et moi avons été conquis...

 

samedi 28 juin 2025

La fin du monde d'Abel Gance (1931) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

S'il n'a pas été le tout premier film parlant, La fin du monde d'Abel Gance n'est sorti que deux ans après Le chanteur de Jazz d'Alan Crosland. Première œuvre à faire entendre le son d'une voix, ce sont moins les personnages qui s'y exprimèrent clairement que celle ouïe durant les intertitres. Long-métrage de science-fiction mêlant romance, drame et catastrophe, La fin du monde est plus à proprement parler une œuvre d'anticipation. Abel Gance traite de son sujet à travers le portraits de personnages liés pour partie à la même femme. Geneviève de Murcie (Colette Darfeuil) est profondément attachée à Jean Novalic qu'incarne lui-même le réalisateur. Un homme fort amoureux de la belle mais qui selon sa condition sociale choisit de libérer sa place dans le cœur de la jeune femme au profit de son frère Martial (Victor Francen). Un astronome qui en consultant la nuit étoilée à travers un télescope géant situé dans un observatoire découvre qu'une comète se dirige tout droit vers notre planète. Selon ses calcules, le bolide s'écrasera sur Terre dans plusieurs mois. Tenue secrète jusqu'à maintenant, Martial se décide finalement à révéler sa découverte. Et ce, en partie pour nuire à un certain Schomburg. Homme de peu de morale, agrippé à l'idée de mettre Geneviève ''à son menu'', l'homme la viole lors d'un rendez-vous. Réfugiée chez son oncle, celui-ci lui conseille d'épouser Schomburg afin d'éviter tout scandale. Pendant ce temps, Jean intervient lors d'une dispute entre un père et sa fille. Gravement blessé et étendu sur le sol, Jean est aidé par un médecin (l'acteur Major Heitner) qui va le soigner. Pourtant, si physiquement le jeune homme parvient à se remettre de ses blessures, le docteur ne donne pas cher de son état mental... La fin du monde s'ouvrant sur la crucifixion du Christ, opère un astucieux travelling arrière qui fait état non pas d'une scène se déroulant en temps réel au moment ou Jésus fut crucifié mais bien d'une reconstitution de l'événement se situant sur les planches d'un théâtre ! Revenu de cette scène un peu longuette, Abel Gance plonge son personnage et tous ceux qui orbitent autour de lui dans un contexte où tout ou partie de la vie sur Terre doit s'éteindre.


Mais loin de justifier la thématique à travers le regard exclusif de ses protagonistes, le réalisateur développe la crise existentielle qui les enrobera bientôt, eux et le reste des habitants de notre planète. Créant ainsi l'idée d'une République Universelle formée autour de lois nouvelles auxquelles vont adhérer l'ensemble des nations. D'ici là, l'on assiste à la lente agonie de Jean, perdant peu à peu la tête tandis que Geneviève cherche désespérément le moyen de s'en rapprocher. Le personnage de Schomburg est foncièrement tyrannique, méprisant, au dessus des lois. L'apparat du riche homme d'affaires à qui rien ne résiste. L'entrée en bourse de Martial devenant ainsi le moyen le plus évident de défaire l'homme de son piédestal ! Œuvre éminemment ambitieuse dont on a pourtant du mal à envisager la portée qu'elle aurait pu ou dû avoir sur les spectateurs sachant qu'elle fut terriblement amputée (le film devait à l'origine durer plus de trois heures), La fin du monde explore avant les autres l'étude du comportementalisme chez l'homme et la femme face à une catastrophe d'ampleur mondiale à laquelle ils ont malheureusement peu de chance de survivre. Poétique et théâtrale, le romantisme chez Abel Gance est ici déployé sous une forme qui de nos jours paraît tout à fait surannée. La langue française prenant ainsi sa plus belle forme, entre déclarations d'amour enflammées et tragédie épicurienne dont les pires travers de la nature humaine s'exprimeront à intervalles réguliers. Lors de cette séquence de rue où Jean subit la foule alors même qu'il devrait être élevé au rang de héros. Une scène qui fait curieusement, mais dans une moindre mesure, écho au chemin de croix du Christ. Puis intervient ce dernier quart d'heure, témoignant justement de l'ambition d'Abel Gance. Cette profusion d'images provenant de diverses régions de la planète, jusqu'à la capitale française où les nantis se laissent aller à la luxure et la dépravation, entre débauche sexuelle et orgies de nourriture, tandis que dans les rues la panique s'empare des gens de petite condition. On rêve alors d'une version intégrale, sans doute perdue à jamais, et qui aurait probablement évité au long-métrage d'être accueilli si froidement à l'époque de sa sortie...

 

samedi 10 mai 2025

The Assessment de Fleur Fortuné (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Après avoir consacré les quinze dernières années à mettre en scène des courts-métrages et des clips vidéos, la réalisatrice et scénariste française Fleur Fortuné a mis en boite son premier long format en 2024. Intitulé The Assessment sur le plan international et L'évaluation dans nos contrées, le film met en scène un couple désirant concevoir un enfant par grossesse extra-utérine (seule technique autorisée par l'état). À une époque où les ressources mondiales se sont épuisées et où vivre en dehors d'immenses dômes protecteurs est devenu périlleux, Mia et Aaryan acceptent de suivre un test psychologique consistant à accueillir chez eux et durant sept jours une évaluatrice qui va devoir confronter le couple à différents types de situations. Dans un cadre ultra-moderne et pourtant relativement peu ''connecté'', la cinéaste française met en scène ses interprètes dans un contexte qui semble avoir été mille fois traité sur grand écran. En ce sens, l'arrivée de l'évaluatrice Virginia ne paraît pas vraiment diverger de ces situations qui à de nombreuses fois sur grand écran ont confronté des couples à des individus hostiles, fait de chair et de sang ou conçus pour améliorer les conditions de leurs propriétaires. Mais très rapidement, The Assessment s'impose comme une valeur sûre dans les domaines de la science-fiction dystopique, le drame et même, l'épouvante comme les spectateurs pourront le découvrir tout au long du récit. Le couple est formé à l'écran par l'américaine Elizabeth Olsen et le britannique Himesh Patel. Quant à la jeune femme qui bientôt va scrupuleusement étudier leur comportement, elle est incarnée par l'actrice suédoise Alicia Vikander. Si ses partenaires sont excellents, l'intérêt du long-métrage repose en grande partie sur l'interprétation de cette dernière, absolument saisissante dans le rôle de cette évaluatrice rigide et qui cache visiblement certains troubles du comportement. The Assessment évoque donc nombre de films portant sur divers sujets tous réunis autour de ce trio et du décor quasiment exclusif bâtit autour d'une luxueuse demeure et d'une plage de sable noir. Si les intérieurs ont été tournés à Cologne en Allemagne, les extérieurs ont quant à eux été filmés dans la partie nord de Tenerife, une île espagnole qui doit la couleur noire de son sable à son origine volcanique. Quel prix est-on près à payer pour obtenir le droit de concevoir un enfant ?


C'est en partie la question à laquelle tente de répondre Fleur Fortuné qui sur la base d'un scénario écrit par Nell Garfath Cox, Dave Thomas et John Donnelly développe un récit qui fait froid dans le dos et fait appel à l'intrusion d'une tierce personne. Véritable jeu de massacre psychologique pourtant bien plus profond qu'il n'y paraît, The Assessment dérange en ce sens où le spectateur peut très bien imaginer qu'une telle situation puisse survenir un jour prochain. La réalisatrice renforce le script de quelques éléments secondaires qui peuvent paraître à l'origine comme des ajouts subalternes mais qui au fil du temps prennent en réalité tout leur sens. Si Eizabeth Olsen et Himesh Patel interprètent parfaitement leur rôle d'éventuels futurs parents soumis aux desiderata de leur ''invitée'', c'est donc bien Alicia Vikander qui retient toute l'attention du spectateur. Tantôt froide, austère, inflexible et tantôt immature, têtue et destructrice (l'actrice se mettant ainsi dans la peau d'une jeune enfant turbulente afin de tester la résistance du couple), la suédoise marque forcément les esprits. Tout comme le scénario, pervers, limpide, astucieux, ambitieux et mature. En reprenant certains codes du film de science-fiction post-apocalyptique tout en les survolant d'un point de vue strictement superficiel lors du final (le film aurait effectivement mérité de se terminer dans l'antre d'Aaryan ou même quelques minutes auparavant lors la séquence découlant du bouleversant climax entre Mia et Virginia), la réalisatrice empêche son œuvre d'atteindre la perfection. L'une des principales qualités est par contre ici la sobriété avec laquelle la réalisatrice française nous conte ce véritable cauchemar psychologique. Sans jamais se laisser aller à la facilité de l'effet choc tant redouté, The Assissment ne tombe jamais dans les débordements graphiques, ceux-là même qui auraient pu condamner son œuvre à n'être qu'un film d'horreur de plus sous couvert de traiter en premier lieu un sujet fort et ambitieux. Bref, si vous avez pour habitude de détourner le regard lorsque sont accolés ensemble les termes ''Science-fiction'' et ''Prime Video'', faite une exception et plongez-vous sans craintes au cœur de cette redoutable histoire. Une chose est en tout cas certaine : c'est avec une très grande attention que l'on scrutera les prochains travaux de la réalisatrice française Fleur Fortuné...

 

lundi 4 septembre 2023

Sans soleil (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il existe sur le territoire français, des réalisateurs qui régulièrement s'essaient à la science-fiction post-apocalyptique depuis des décennies. Quitte à rabaisser le genre au niveau des œuvres transalpines signées dans le courant des années quatre-vingt par des réalisateurs italiens opportunistes. On pense bien évidemment tout d'abord au Terminus de Pierre-William Glenn dans lequel, en 1986 , Johnny Hallyday arborait une chevelure peroxydée dans ce sous-Mad Max cultissime MAIS nanardesque. Vingt-trois ans auparavant, Chris Marker s'était essayé avec La jetée à un exercice de style original sous forme de diaporama commenté par Jean Négroni. Une œuvre de vingt-huis minutes seulement, célébrée dans les cercles cinéphiles, qui inspira Terry Gilliam pour son superbe L'armée des douze singes en 1995. Luc Besson et Le dernier combat, Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet et Delicatessen demeurent parmi ceux qui s'en sortirent plutôt bien. Beaucoup plus récemment, Cédric Ido, en signant La gravité, rendait hommage à l'esthétique très particulière des cités de la banlieue française ainsi qu'à leur faune. Et que penser de 2021, œuvre entièrement conçue et bricolée par le jeune Cyril Delachaux, tout en décors naturels, grosse sensation tournée il y a de cela cinq ans ? Bon, pour être tout à fait honnête, Sans soleil de Banu Akseki n'est pas une production purement française puisque sa réalisatrice est d'origine belge et que la plupart des interprètes le sont également. Tout juste croiseront nous durant un petit quart-d'heure l'actrice italienne Asia Argento. Nous parlerons donc d’œuvre francophone réalisée par une cinéaste talentueuse malgré une carrière qui ne compte pour le moment que deux courts, un moyen et un long-métrage. Sans soleil met tout d'abord en scène Asia Argento dans le rôle de Léa et Joe Decroisson dans celui de son film âgé de cinq ans, Joey. Deux être vivant en marge de la société qui survivent de petits larcins (la mère nourrit son fils directement aux étals des supermarchés). Un soir, tandis que Léa se drogue comme de nombreuses autres personnes afin d'atténuer le phénomène d'acouphène provoqué par de multiples éruptions solaires, son fils disparaît.


Le récit se place ensuite dix ans après. Joey a bien grandit et vit désormais au sein d'un couple aisé dont la femme, Emmanuelle (l'actrice Astrid Whettnall) est psychologue. Il étudie, est amoureux, mais se laisse distraire un soir par une inconnue qui porte le même blouson que sa mère disparue. Cette femme, qui elle aussi se drogue pour échapper aux douloureux symptômes qui comme nous le découvrons, n'ont pas cessé dix ans après la disparition de Léa, attire bien involontairement l'adolescent dans l'univers des laissés pour compte qui pour survivre, vivent sous terre dans des conditions déplorables. Attiré par cette femme qu'il ne connaît pas mais qui lui rappelle sa mère disparue, Joey va errer dans ce monde interlope. Nombre des spectateurs qui purent découvrir le premier long-métrage de la réalisatrice belge Banu Akseki semblent n'avoir pas apprécié Sans soleil et ce, pour plusieurs raisons. Pour son scénario qui, reconnaissons-le, est des plus sommaire, mais aussi et sans doute surtout pour son rythme lymphatique. Il faut reconnaître qu'en terme d'action, cette œuvre de science-fiction post-apocalyptico-catastrophique n'est pas d'une énergie débordante et que les errances de son principal protagoniste peuvent ennuyer à moyen ou long terme. Mais dès lors que l'on accepte le concept, Sans soleil s'avère une brillante réussite. Tout d'abord, le film bénéficie d'une très belle photographie nocturne qui couplée à la bande musicale de Wim Coryn génère un authentique sentiment anxiogène. L'apport de cette dernière est d'ailleurs très représentative des émotions qui traversent le récit puisque dès qu'elle disparaît, le cadre prend tout à coup une allure beaucoup plus ''rassurante''. Bénéficiant d'un budget et d'une écriture visiblement plus que réduits, la réalisatrice mise tout ou presque sur le visuel, l'acoustique et tout ce que cela génère d'émotions et de sensations. Il faut donc se laisser bercer par ce vagabondage en un temps dystopique relevant de faits plus ou moins authentiques puisqu'on le sait depuis longtemps, les éruptions solaires peuvent avoir notamment des effets sur les systèmes électriques et sur la santé mentale comme le démontrent certaines séquences. Sans soleil est donc une œuvre avant tout sensorielle et non sensationnelle ! Une très belle surprise qui laisse présager un futur prometteur pour sa réalisatrice Banu Akseki...

 

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