Âgé de quatre-vingt
huit ans, Ridley Scott ne lâche décidément pas l'affaire et
continue de tourner, encore et encore. Tandis que huit longs-métrages
sont en préproduction et qu'il a signalé vouloir mettre un terme à
la saga Alien
en réalisant le dernier opus, suite et fin de Prometheus
et Alien Covenant,
il a réalisé cette année The Dog Stars
d'après le roman La
Constellation du chien
de l'écrivain américain Peter Heller. Si la légitimité du
cinéaste n'est plus à faire malgré les remous qui tournent autour
de sa personne vis à vis de certains de ses propos concernant
plusieurs volets de la franchises Alien
ou concernant certains de ses choix artistiques, apprendre son retour
sur grand écran est toujours (ou presque) une bonne nouvelle. Alors,
lorsqu'il décide d'adapter le roman d'anticipation de Peter Heller
dont le récit semble pour celui qui ne l'a pas lu se résumer à une
énième histoire de pandémie et d'effondrement de la société, on
peut se demander quel est l'intérêt de mettre en scène des
personnages plongés dans un univers déshumanisé, où les
ressources se font rares et ou se battre pour survivre est devenu
essentiel... Pourtant, à la différence de certaines œuvres
reposant sur le même concept, Ridley Scott s'attache à nous décrire
le personnage de Hig (Jacob Elordi), veuf de sa défunte épouse
morte de la maladie voilà plusieurs années qui contrairement à son
seul ami Bangley (Josh Brolin) croit en l'humanité ou en tout cas en
ce qu'il en reste puisque la quasi totalité de la population
américaine a été décimée par une pandémie de grippe
particulièrement virulente. Vivant dans une zone dégagée dont les
limites sont surveillées de très près par Bangley, Hig est en
outre accompagné de son chien Jasper qui l'accompagne en avion
partout où il se rend. Et notamment une petite communauté mennonite
conduite par son chef Aaron (Benedict Wong) ou encore dans une zone
commerciale déserte où il a caché des vivres et des médicaments
en cas de besoin. Car bien entendu, comme dans tout univers
post-apocalyptico-dystopique, le monde The Dog
Stars
n'est pas à l'abri d'éventuels assauts menés par des bandes
meurtrières plus ou moins organisées. Mais le véritable rêve de
Hig est de se rendre en avion jusqu'à la petite ville de Grand
Junction depuis qu'il a capté grâce à son poste de radio un
message provenant de cette cité où il pense trouver d'autres
humains auprès desquels reconstruire l'humanité. Bien décidé à
s'y rendre après la mort de Jasper lors d'une attaque menée par un
groupe de personnes extrêmement agressives, il rencontrera en chemin
Cima (Margaret Qualley) et son père Pops (Guy Pearce) qui vivent
seuls et isolés en pleine campagne...
The Dog Stars,
mieux vaut se le mettre en tête, est le genre de long-métrage qui
demande un peu de patience et de persévérance. Notamment durant les trente ou
quarante premières minutes, plutôt lentes et servant de préambule
à la suite des événements. Une manière de faire surtout
connaissance avec Hig et Bangley dont les points de vue sont
totalement opposés, de comprendre le contexte de l'histoire, ses
dangers et les motivations qui animent les deux hommes. Le film
décolle, est c'est un euphémisme, lorsque Hig monte à bord de son
petit avion de tourisme et se retrouve dans la campagne, contraint d’atterrir dans une région déserte où ne vivent que Cima et son
père. L'occasion de découvrir deux nouveaux personnages dont la
présence sera fondamentale pour la suite des événements. L'un des
plus grands attraits du nouveau film de Ridley Scott n'est pas tant
l'univers décrit qui, par rapport à d'autres œuvres, ne déploie
pas d'artifices spécialement grandioses en terme d'univers
post-apocalyptique que la caractérisation des divers personnages
principaux. Qu'il s'agisse de Hig, de Bengley ou du couple
père/fille, l'écriture et la description de chacun d'entre eux les
rend formidablement attachants. On conseillera d'ailleurs à celles
et ceux qui viennent de découvrir le ''film-jumeau'' Heart
of the Beast
de David Ayer qui auraient apprécié l'aventure de Brad Pitt et du
chien Uber de filer tout droit dans une salle projetant The
Dog Stars.
Ridley Scott a beau approcher les quatre-vingt dix printemps, le
cinéaste n'a pas perdu de sa superbe en matière de réalisation et
propose une œuvre profondément humaine même si nos héros seront
parfois confrontés à des bandes de dégénérés tout droit sortis
de Mad Max 2 : le défi
du réalisateur et scénariste australien George Miller. Deux ou
trois scènes particulièrement violentes et typiques de ce genre de
contexte où la survie passe pour certains par le meurtre et le
pillage. Une œuvre pourtant naturaliste qui s'écarte volontairement
des blockbusters américains habituels, ne propose ni zombies, ni
infectés mais une réflexion sur la solitude, sur la mort sur
l'homme et sur l'espoir. Bref, une très bonne surprise...
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