jeudi 25 décembre 2025

Daehongsu de Byung-woo Kim (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Pour terminer (ou presque) cette année 2025, petit tour vers la Corée du Sud, une contrée que je n'avais cinématographiquement pas parcourue depuis quelques temps et qui depuis le 19 décembre dernier sur Netflix nous convie à une aventure plutôt intéressante qui à travers le dernier long-métrage du réalisateur, scénariste et monteur Byung-woo Kim intitulé Daehongsu mêle les genres avec un certain talent. Sorti à l'internationale sous le titre The Great Flood (ou, La grande inondation), le long-métrage est disponible chez nous sous celui de Submersion. Invitant le spectateur à assister à l'engloutissement d'un ensemble immobilier submergé par plusieurs vagues de tsunamis provoquées par la chute d'une météorite à la surface de notre planète, le pays est désormais partiellement englouti sous les flots. Les différentes calottes glacières se sont effondrées et ont causé une très importante montée des eaux. L'intrigue se déroule donc au sein d'un ensemble d'immeubles et lorsque l'intrigue démarre, l'eau a déjà atteint le second étage de celui où vivent Gu An-na (l'actrice Kim Da-mi) et son fils Shian Ja-in (Kwon Eun-seong). Les pieds dans l'eau, la jeune femme dont l'époux est décédé dans un tragique accident de voiture va alors tenter de survivre en remontant les différents étages de l'immeuble jusqu'à son sommet, accompagnée par un fils plutôt réfractaire à l'idée d'obéir à sa mère. Ce qui aura d'ailleurs souvent tendance à provoquer crispations et agacement chez certains spectateurs qui auront probablement de mauvaises pensées à l'idée que Gu An-na aurait mieux fait d'abandonner son gosse plutôt que de se coltiner ce véritable boulet jusqu'au sommet de l'immeuble. La jeune femme pourra lors de l'aventure compter sur l'agent de sécurité Son Hee-jo (Park Hae-soo) dont la priorité est d'aider la mère et son enfant à accéder au toit où les attend un hélicoptère censé les emmener jusqu'à un abri temporaire... Bref, l'on aura très vite compris que Daehongsu joue ici la carte du film catastrophe. Doté d'excellents effets-spéciaux montrant ponctuellement des vagues de tsunamis emporter des dizaines d'habitants, inondant des étages entiers de l'immeuble et causant par conséquent de nombreuses morts par noyade, le long-métrage de Byung-woo Kim risque tout d'abord de donner des frissons d'épouvante aux personnes atteintes d'ablutophobie. Celles-là même qui donc sont victimes de la peur irrationnelle de mourir par noyade !


Le film est partagé en deux parties. Et lorsque intervient la séquence située sur le toit de l'immeuble alors que le spectateur et les protagonistes viennent de vivre une importante somme de situations critiques (dont la tentative de sauver un enfant coincé dans un ascenseur qui se soldera malheureusement par un échec), tout ou presque semble être dit. Mais alors que l'on découvre que la moitié seulement du récit vient de se dérouler, le film prend une tournure tout à fait inédite... En effet, ce qui jusque là n'était qu'un film catastrophe et de survie se mue en un long-métrage faisant la part belle à la science-fiction. [ATTENTION SPOIL!!!]. En effet, le cinéaste sud-coréen semble rembobiner le récit depuis le tout début de l'aventure. Au moment où Shian (dont le réalisateur n'aurait pas pu trouver meilleur prénom tant il s'avère effectivement... CHIANT!) réveille sa mère. Ce qui offrira l'occasion au spectateur de découvrir que la suite du scénario recèle de nombreux renversements de situation. Alors que la seconde partie s'observera comme une boucle temporelle s'inscrivant dans une réécriture du récit n'ayant pourtant moins à voir avec un bouleversement du temps qu'avec une expérience menant à créer une nouvelle forme d'êtres humains (la survie de l'humanité étant devenue inenvisageable), l'on découvre un projet que l'on n'était jusque là pas en mesure de prévoir. En cela, Daehongsu est plutôt une bonne surprise. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le mélange des genres est plutôt bien réalisé et ne perd jamais vraiment le spectateur dans un gloubiboulga de références s'entrechoquant de manière floue et labyrinthique. Non dénué de défauts et bien que le cinéaste accumule les séquences à effets-spéciaux, l'intrigue se traîne parfois en longueur. Deux heures ou presque à voir les deux héros du récit monter les étages, pour retomber quelques niveaux plus bars concernant Gu An-na et pour la voir ensuite les remonter. L'exercice semble parfois être plus épuisant pour le spectateur qu'il ne l'est pour les protagonistes. Passons sur la séquence durant laquelle la jeune femme se noie mais est réanimée par Son Hee-jo alors qu'elle est encore sous l'eau. S'agissant d'une séquence se déroulant bien avant que l'expérience de la seconde partie n'ait débuté, son réveil alors qu'elle est censée être morte noyée frise le ridicule. Passons également sur les quelque ventres mous larmoyants qui ralentissent l'action et l'on tient là une production plutôt sympathique et originale...

 

dimanche 21 décembre 2025

Somnium de Racheal Cain (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Une expérience captivante est-elle pour autant forcément concluante ? C'est la question que pose Somnium, le tout premier long-métrage réalisé, écrit et produit par l'américaine Racheal Cain qui après avoir étudié au College of Motion Picture Arts de la Florida State University s'est installée à Austin, au Texas. Pour sa première expérience au format long, Rachael Cain crée un univers qui n'est pas loin de se rapprocher de celui de David Lynch qui de son propre aveu est l'une de ses principales sources d'inspiration. Pourtant contrainte à mettre en scène son héroïne avec de faibles moyens budgétaires ayant reposé sur une campagne de crowdfunding lancée en 2018, la cinéaste réussit le tour de force de produire une œuvre qui sort des sentiers battus et qui malgré quelques défauts parvient à captiver. Ayant débuté le tournage en regroupant toutes les séquences de flash-back en 2018, Rachael Cain patientera trois années supplémentaires avant de tourner celles situées dans le présent. Totalement indépendante et ayant donc la possibilité d'avoir un contrôle total sur le projet, seules ses influences semblent lui avoir permis de mettre en scène ce curieux exercice de style, entre science-fiction, épouvante et drame. Une mise en abyme du métier d'actrice principalement interprétée par Chloë Levine, choisie sur les conseils de la directrice de casting qui avant cela s'était notamment fait remarquer dans le très intriguant The Transfiguration de Michael O'Shea qui en 2017 traitait de manière fort originale de l'adolescence, de la violence et... du vampirisme ! Actrice originaire du New Jersey, Chloë Levine incarne ici le rôle de Gemma. Portrait d'une jeune américaine moyenne vouée à reprendre le restaurant familial mais dont les projets sont tout autres. En effet, se rêvant actrice et après s'être séparée de son petit ami Hunter dont elle était très amoureuse (l'acteur Peter Vack), Gemma prend un aller simple pour Los Angeles dans l'espoir de passer des castings et ainsi décrocher un rôle. Mais en attendant, la jeune femme doit tout d'abord s'assurer de ne pas se retrouver à la rue et loue un petit appartement dont elle va payer le loyer en travaillant de nuit dans une obscure entreprise du nom de Somnium. Une clinique spécialisée dans le rêve et permettant à ses clients d'améliorer leur vie. Transformant ainsi leurs projections mentales en réalité. Un protocole long de six semaines qui peut être en cas d'urgence réduit à neuf heures dans le cas du projet Cloud Nine !


L'on observe plusieurs choses. Somnium est traversé de nombreux flash-back introduisant le personnage de Hunter. Définissant ainsi certains choix, entre celui de rester bien à l'abri du cocon familial ou celui de tout mettre en œuvre pour vivre son rêve loin de chez soit. C'est donc à la suite d'une rupture sentimentale que l'héroïne quitte tout pour aller tenter sa chance à Los Angeles. Le rêve, ici, prend différentes formes. Allant du couple entre ambition et optimiste jusqu'au protocole Cloud Nine. Intervient alors un personnage secondaire dont la présence est théoriquement fondamentale si l'on veut comprendre le sens de certaines séquences : Noah (Will Peltz), ce concepteur informatique de génie à l'origine du programme Somnium. Mais là où les choses ne sont plus très claires et donc se compliquent c'est lorsque interviennent chez Gemma certaines ''visions'' cauchemardesques. Car si la frontière entre flash-back, temps présent, réalité et fiction sont dilués dans une mise en scène et un montage qui forcent parfois la concentration du spectateur, la plongée dans le monde des rêves n'est pas toujours facile à identifier. Contrairement à l'univers de Total Recall de Paul Verhoeven qui déjà près de quarante ans en arrière abordait de manière beaucoup plus ''sensationnelle'' le sujet central de Somnium, ici tout semble se mélanger, s'amalgamer afin de confondre la réalité et la fiction dans un désordre scénaristique généralisé. En effet, si l'on observe que Gemma n'est utilisée comme cobaye par Noah que vers la fin du récit, comment peuvent s'expliquer les différentes phases ''paranoïaques'' dont elle est rapidement là victime ? En outre, la jeune femme semble être la seule à prendre conscience durant cette expérience forcée de rêves intenses que rien n'est véritablement réel ! Si l'entreprise de la cinéaste est louable, des trous dans le récit viennent briser la colonne vertébrale du script. Comme l'idée pourtant alléchante d'un programme qui permettrait d'améliorer l'existence d'individus à travers des rêves mais qui logiquement, une fois retournés à leur vie quotidienne seraient contraints de faire face aux turpitudes de leur existence... Malgré des défauts qui pourraient paraître rédhibitoires, Somnium demeure une sympathique expérience, moins sensorielle qu'espéré mais incarnée par une Chloë Levine épatante, joviale, enjouée, souriante, si ce ne sont ces instants de terreur que Rachael Cain n'arrive pourtant malheureusement pas à concrétiser...

 

vendredi 5 décembre 2025

Replicator de Mark Andrew Hamer (2024) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Retour du Body-Snatcher sur la scène de l'horreur et de l'épouvante en 2024 avec Replicator du producteur, réalisateur et scénariste Mark Andrew Hamer. Trois ans après avoir tourné le film de loup-garou The Hunting, le cinéaste américain revient avec un melting-pot entre science-fiction, épouvante, gore et comédie. Un long-métrage qui suit les traces de l'un des plus grands classiques de l'invasion extraterrestre réalisé à la toute fin des années soixante-dix par Philip Kaufman, L'invasion des profanateurs. Lui-même étant le remake de Invasion of the Body Snatchers que réalisa en 1959 Don Siegel, film qui fut à l'origine de plusieurs adaptations (dont l'une, Body Snatchers, fut signée en 1993 par le réalisateur underground Abel Ferrara) et de nombreuses autres œuvres fortement inspirées du séminal roman de Jack Finney, The Body Snatchers. Autant dire que l'on n'attend plus grand chose d'un sous-genre qui donna donc ses lettres de noblesse en 1978 et que le cinéaste mexicain Robert Rodriguez adapta en outre à sa sauce en 1998 à travers l'excellent The Faculty. Sans être le concept le plus adapté au cinéma, le Body-Snatcher est un sous-genre de la science-fiction dont on attend toujours la relève mais qui ne parvient jamais vraiment à reproduire l'intense sentiment de paranoïa qui pouvait se dégager de l’œuvre de Philip Kaufman. Ou bien même du géniallissime The Thing de John Carpenter que l'on peut ranger dans ce même registre puisque sa créature avait tendance à prendre la forme physique et le comportement de ses victimes. S'agissant de Replicator, il est clair que Mark Andrew Hamer ne joue pas vraiment dans la même catégorie. Sous-entendant ainsi bien entendu, que d'un point de vue technique et interprétatif le film se ramasse très souvent. Si certains spectateurs se trouveront en terrain conquis, parmi eux, une partie risque de faire la grimace. Pourtant plein de promesses, le film de Mark Andrew Hamer souffre de n'être qu'une petite production, modeste dans ses effets-spéciaux numériques et pratiques même si ces derniers bénéficient d'une conception quasiment à la hauteur des attentes que peut engendrer une œuvre dont on n'attendait finalement pas grand chose. Si l'époque à laquelle se déroule l'intrigue n'est pas vraiment définie et si l'on imagine qu'elle se produit de nos jours, la bande musicale de Will Musser s'inscrit dans une certaine nostalgie propre aux années quatre-vingt. Comme en témoignent les sonorités analogiques qui à profusion soulignent les moments de tension que tente de distiller le réalisateur...


Car il s'agit bien là d'une ''tentative'', qui souvent échoue à déclencher chez le spectateur cette sensation d'effroi tant recherchée ! On pourra également ranger le film dans un autre registre du cinéma d'horreur et fantastique en l'inscrivant dans la vague du Body Horror lorsque notamment, le père de l'héroïne interprété par Jim Azelvandre se meurt d'une blessure dans la salle de bain de sa fille lorsqu'il tentait de se raser la barbe. Ici, le rouge sang est remplacé par une hémoglobine gluante et violacée qui maintient la preuve selon laquelle certains des concitoyens de cette petite ville où se déroule l'action ne sont plus tout à fait les mêmes. Dans le rôle principal l'on retrouve l'actrice Brey Noelle. Laquelle incarne l'avocate Darby Vigliani qui après perdu son dernier procès retrouve chez elle son père atteint d'un cancer. Parmi les autres interprètes l'on évoquera la présence de KateLynn E. Newberry dans le rôle de la barmaid Neila et meilleure amie de Darby. Tandis que le scénario de Replicator fut écrit par Mark Andrew Hamer lui-même ainsi que par Russ Lindway (sur la base d'une histoire écrite par ce dernier), le long-métrage souffre d'interminables ventres mous aussi significatifs que le manque de vie du patelin où se déroule l'action. Si l'on n'a pas d'idée précise quant au nom de la ville, on sait en revanche que le film fut tourné à Ashland, dans l'Ohio. Le casting étant réduit au minimum, en dehors des deux actrices principales, de celui qui tient le rôle du père de Darby ou de Brian Spangler et Kayla Royko qui incarnent respectivement le shérif Ty Williams et Gina (la dernière conquête du père de notre avocate) et de quelques figurants, le cadre s'avère étonnamment vide. Au point que l'on a parfois l'impression que la ville a été entièrement vidée ou presque de ses habitants. Un élément qui pourtant n'est jamais évoqué. Cette absence de vie couplée à de nombreuses séquences nocturnes terminent de donner à Replicator une drôle d'allure. Comme une œuvre inachevée. L'équivalent d'un jeu vidéo dont tous les décors et les PNJ n'auraient pas encore été mis en place. Quant aux dialogues et aux diverses situations décrites durant le récit, on ne peut pas dire que le réalisateur et son scénariste se soient donnés la peine d'étayer en profondeur leur sujet. Au final, Replicator passe de la curiosité au film long, très long, trop long et vide, très vide, trop vide pour susciter l'intérêt des amateurs de science-fiction et d'horreur et plus encore celui des fans de Body-Snatchers...

 

lundi 1 décembre 2025

Altered de Timo Vuorensola (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Les films de science-fiction dystopiques confrontant différentes couches de la société circonscrites dans des quartiers ou des zones d'habitat sont légion. Il en est même qui poussent le concept jusqu'à situer tout ou partie de leur action à bord de stations spatiales où seuls les plus riches peuvent venir s'installer et se prémunir de la pollution, des maladies ou de la famine comme ce fut le cas avec Elysium de Neill Blomkamp en 2013. C'est donc sans surprise que débarque Altered, dernier long-métrage du réalisateur finlandais Timo Vuorensola auquel on doit notamment Iron Sky 1 & 2 en 2012 et 2019 ou Jeepers Creepers : Reborn en 2022... Avec un tel pedigree, on sait déjà à quoi s'attendre et avouons qu'au bout d'une petite dizaine de minutes, l'envie de cesser la projection d'un film qui ne s'avère être apparemment rien d'autre qu'une énième purge est tentante ! Plus ou moins exigent mais prenant avant tout plaisir à jouer, l'acteur anglais Tom Felton, devenu célèbre grâce au rôle de Draco Malfoy dans la saga Harry Potter, a donc accepté de jouer en 2025 le rôle de Leon, jeune homme paraplégique et véritable génie de la mécanique qui veille sur Chloe (Liza Bugulova), une adolescente dont les parents sont morts. La société étant divisée en deux secteurs, les privilégiés, nommés ''Genetics'' vivent dans les beaux quartiers et bénéficient de privilèges auxquels les '' Specials'' n'ont pas droit. Et bien entendu, Chloe et Leon font partie de ces derniers. Tandis qu'un groupe de terroristes qui se fait appeler les ''Anti Genetics'' s'attaque à des représentants de la communauté des ''Augmentés'', nos héros découvrent bientôt que le groupe en question est en réalité mené par le Colonel Volkov, un exécutant du Régime Génétique incarné à l'écran par l'acteur russe originaire de Moscou, Igor Jijikine. Une manière de convaincre les derniers réfractaires de l'utilité de débarrasser une bonne fois pour toute la société de ceux qui certains appellent des ''Monstres''. Dans le cas de Altered et contrairement à la franchise X-Men, la ''valeur ajoutée'' s'agissant des capacités physiques augmentées de leur porteurs est une qualité et non plus une tare dont il faut masquer l'existence. Au contraire, ceux qu'en des temps propres à notre époque l'on considérerait encore comme des gens normaux sont ici considérés comme la lie de la société puisque ne bénéficiant d'aucune aide spécifique de la part de l'état...


Et c'est là qu'interviennent deux autres personnages. L'actrice britannique Aggy K. Adams incarne la très populaire chanteuse Mira tandis que l'acteur gallo-américain Richard Brake Interprète le rôle de Kessler, un ingénieur. Tous deux auront une importance considérable puisque l'un et l'autre prévoient d'imposer une loi permettant aux ''Genetics'' et aux ''Specials'' de vivre enfin ensemble... Mais bien entendu, le Colonel Volkov ne l'entend pas de cette oreille et s'en prend tout d'abord à Mira, sauvée in-extremis par Leon, lequel s'est fabriqué une armure lui permettant de se déplacer et de développer une force suffisante pour combattre l'ennemi... Pour être très clair, Altered est souvent d'une laideur visuelle repoussante. Il faut être capable de supporter la première séquence pour pouvoir ensuite suivre les aventures du trio principal Leon/Chloe/Mira sans être totalement écœuré par le si peu de soin apporté aux décors et aux effets-spéciaux. Témoignant sans doute d'un budget ne dépassant pas les dix ou quinze millions de dollars. Tout ou presque sonne faux. Probablement tourné en studio, le long-métrage de Timo Vuorensola est d'un point de vue artistique plutôt rachitique. Comme un jeu vidéo de science-fiction dont les décors auraient manqué de véracité et d'une faune de PNJ véritablement vivante... En contrepartie, le finlandais imprime au film une certaine énergie qui parfois parvient à remédier au manque de crédibilité des environnements. Le long-métrage a surtout la chance d'avoir comme acteur principal Tom Felton qui malgré la petitesse et le manque d'ambitions réelles du projet se donne à fond et s'avère tantôt drôle, tantôt émouvant. Surtout lors de son échange avec son père, dans la chambre d’hôpital où le jeune paraplégique est alité. De là à dire que le film vaut véritablement le coup d'être découvert serait exagéré. D'autant plus que, comme je l'ai déjà écrit au dessus, la première partie est vraiment catastrophique et ne donne pas envie de poursuivre l'aventure. Au final, Altered ressemble à un téléfilm de science-fiction dystopique, mélangeant les genres sans complexe. Entre comédie, drame, action et film de super-héros...

 

samedi 22 novembre 2025

Spaceship Earth de Matt Wolf (2020) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

C'est en parcourant l'excellente chaîne Youtube du français Sylart que je suis tombé tout à fait par hasard sur sa vidéo Enfermés 2 ans dans une bulle : l'expérience qui a viré au cauchemar consacrée à l'une des expériences humaines les plus incroyables. Celle de Biosphere 2, ce site expérimental qui dès 1987 et jusque en 1991 fut construit dans le désert de l'Arizona avec pour projet d'enfermer huit hommes et femmes à l'intérieur d'une gigantesque structure reproduisant tous les climats et les types d'environnements de la planètes durant deux années complètes. Une vidéo si fascinante qu'elle me poussa à investiguer un peu plus loin afin de voir si oui ou non une fiction avait été réalisée à partir de cette extraordinaire aventure. Mais non, rien à me mettre sous la dent de ce côté là. Par contre, en 2020 le cinéaste et documentariste américain Matt Wolf réalisa le très complet Spaceship Earth. Un documentaire revenant sur la genèse du projet Biosphere 2. A travers de nombreux témoignages et constitué d'une grande majorité d'images d'archives remontant jusqu'à la fin des années soixante où le mouvement hippie était alors en plein essor, Spaceship Earth remonte un quart de siècle en arrière, lorsqu'à l'âge de dix-sept ans, Kathelin Gray croise pour la toute première fois de son existence John Polk Allen, un homme d'une cinquantaine d'années, ancien ingénieur en métallurgie ayant développé des alliages dans une aciérie lorsque ce jour là, il demande à l'adolescente ce qu'elle fait. Kathelin lui tend alors l'ouvrage de l'écrivain français René Daumal Le Mont Analogue dont le contenu la fascine tant et si bien qu'elle rêve de reproduire le concept qui y est décrit pour sa propre existence. Le roman ainsi que la rencontre entre Kathelin et John seront les clés de voûte d'un projet qui ne verra le jour que vingt-cinq ans plus tard. Mais d'ici à ce que sorte de terre Biosphere 2, Spaceship Earth remonte le temps et évoque non seulement la rencontre entre John et kathelin mais également celle des futurs membres de l'expédition. Naît alors une troupe de théâtre qui arpentera le monde entier, à travers les quatre coins de la planète jusqu'en Antarctique, qui organisera des conférences avec des scientifiques, des ingénieurs, des hommes et des femmes qui comme eux sont préoccupés par l'avenir de la Terre. Une planète que d'aucun d'entre eux considère alors dans sa globalité comme une biosphère, ce qui explique que le projet porta le nom de Biosphere 2 et non pas de Biosphere 1 !


Véritable nid à autodidactes, l'équipe apprend par elle-même, parfois secourue par des spécialistes. En 1969, l'architecte américain Richard Buckminster Fuller conçoit un modèle de dôme géodésique (dôme constitué d'un réseau de fenêtres de forme triangulaire dont les charges sont réparties de manière harmonieuse) que John et la troupe construisent ensemble. Parmi les projets précédant l'ambitieux Biosphere 2, John et son équipe participent en 1975 à la conception d’un bateau océanographique nommé R/V Heraclitus dont le but est d'étudier les océans de la planète. Lorsque dans les années quatre-vingt est lancée l'idée de construire dans le désert de l'Arizona le site de Biosphere 2 dont les dimensions sont estimées à environ 1,30 hectares, John fait la rencontre du pétrolier texan Ed Bass qui lui propose de financer son projet à hauteur de cent-cinquante millions de dollars à travers la société Space Biospheres Ventures qu'is ont fondé tous les deux. La construction mettra quatre ans et le 26 septembre 1991, l'équipe constituée des huit bionautes Roy Walford, Jane Poynter, Taber McCullum, Mark Nelson, Sally Silverstone, Abigail Alling, Mark Van Thillo et Linda Leigh pénètre le site pour les deux années à venir. Sans possibilité théorique de pouvoir entrer en interaction avec le monde extérieur, les huit ''cobayes'' vont devoir subvenir à leurs propres besoins par les moyens mis à leur disposition en exploitant les ressources et sans jamais pouvoir compter sur la moindre aide extérieure... Si le projet semble extraordinaire et le concept particulièrement visionnaire, Spaceship Earth témoigne après un historique long d'une cinquantaine de minutes des problèmes que rencontrèrent les bionautes formés autour d'un médecin et de scientifiques spécialisés dans divers domaines. Un documentaire qui témoigne également de certaines dérives médiatiques qui eurent notamment une portée relativement importante sur le moral du groupe et sur celui de John qui lui est demeuré à l'extérieur de Biosphere 2. Pour quiconque s'intéresse au sujet, le documentaire de Matt Wolf est un puissant témoignage visuel et sonore sur une aventure humaine, écologique, ambitieuse et fondatrice aux frontières de ''l'extraterrestrialité'' si vous me permettez ce néologisme. À voir, donc, tout comme l'excellente vidéo de Sylart, d'ailleurs...

 

jeudi 20 novembre 2025

The Running Man d'Edgar Wright (2025) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Chasse à l'homme contre chasse à l'homme. D'un côté, le blockbuster américain d'Edgar Wright The Running Man et de l'autre, le franco-belge Les tourmentés de Lucas Belvaux. Commençons dans ce premier article avec le film du cinéaste britannique. Si à priori les cinq millions de budget du second n'ont aucune chance face aux cent-dix du premier, n'allons tout de même pas trop vite en besogne... En préambule, je me dois d'être tout à fait honnête en reconnaissant que la première adaptation du roman de Stephen King sous le pseudonyme de Richard Bachman datant de 1987 ne m'a jamais fait ni chaud, ni froid. Pour un budget qui à l'époque était au demeurant fort conséquent (27 millions de billets verts), le Running Man de Paul Michael ''Starsky'' Glaser avait tout du bon gros nanar financièrement survitaminé. Et c'est un ancien fan de l'écrivain qui vous le dit... Engagé à l'époque pour tenir le rôle principal de Ben Richards, l'acteur Arnold Schwarzenegger était le candidat idéal pour incarner le héros quasi-inexpressif d'une œuvre de science-fiction et d'anticipation bourrée d'énergie mais manquant foncièrement de profondeur sociologique ! Près de quarante ans plus tard, l'auteur du génial Shaun of the Dead, de Hot Fuzz, du Dernier pub avant la fin du monde ou du surévalué Baby Driver revient au cinéma avec SA vision du roman de l'écrivain américain. Une expérience de plus de cent-vingt minutes qui ne réconciliera certainement pas les amateurs de pétarades visuelles et sonores et les spectateurs dont les exigences ne s'arrêtent pas au simple afflux ininterrompu d'effets-spéciaux numériques. Après une bande-annonce qui autrement que de m'avoir alléché les babines les avaient rendues totalement exsangues, j'étais certain de passer un moment long, pénible et assourdissant en me rendant dans la première salle de cinéma projetant le film. Et pourtant, toujours ivre de découvrir LA dernière adaptation de mon idole d'adolescence malgré de nombreuses déconvenues (Maximum Overdrive, qui fut réalisé par ses soins en 1986, les mini-séries Le fléau de Mick Garris en 1994 et Shining en 1997, le catastrophique La tour sombre de Nikolaj Arcel ou encore Doctor Sleep de Mike Flanagan), j'ai donc fait l'effort de me rendre au cinéma pour en ressortir deux heures plus tard en passant par la petite porte de secours. M'assurant que personne ne m'avait vu me faufiler ce jour-ci dans la salle projetant ce The Running Man qui pour moi demeurera de triste mémoire...


Tout comme Baby Driver voilà huit ans, le dernier long-métrage d'Edgar Wright n'est rien de plus, rien de moins qu'un énorme coup d'esbroufe. Jouant la carte de la surenchère, avec sa bande musicale aussi tonitruante qu'insupportable et dont les effets contraires au plus efficace des antiémétiques sont incroyablement redoutables, The Running Man est tout ce que je déteste. Éludant dans les grandes largeurs le message socio-politique s'agissant du fossé qui sépare le monde en deux, entre l'élite et ceux qui vivent dans la pauvreté, ainsi que le concept vu et revu des dizaines de fois consistant à transformer notre univers en une arène télévisée où pour survivre, l'homme accepte de s'exposer dans des jeux de mort afin d'assurer son avenir et celui des siens sont réduits à peau de chagrin. Glen Powell reprend donc ainsi le rôle tenu par Arnold Schwarzenegger. Cette fois-ci, au moins, le personnage est enfin capable d'émotions. Ce que tend par contre à lourdement démontrer Edgar Wright en surexploitant le caractère volubile et agressif de son principal protagoniste. Si dans les grandes lignes le film d'origine et son remake reposent effectivement sur un même concept, la version 2025 cache les limites de l'adaptation d'Edgar Wright et du scénariste Michael Bacall derrière un spectacle certes permanent mais aussi et surtout très superficiel. Tandis qu'en 1987 l'acteur Richard Dawson était parvenu à rendre véritablement concret l'ordure qu'était le personnage de l'animateur du show Damon Kilian, l'afro-américanisation du personnage cette fois-ci remplacé par l'acteur Colman Domingo n'est pas un service rendu à ce dernier tant son incarnation est transparente face à celle de Josh Brolin, lequel interprète le rôle de l'infâme créateur du jeu, Dan Killian. En réduisant l'unité de temps à quelques heures, Paul Michael Glaser et le scénariste Steven E. de Souza produisirent la meilleure idée du long-métrage d'origine tandis que le récit de la version 2025 se perd dans des ellipses temporelles qui fonctionnent atrocement mal. Si le schéma général de l'histoire originelle est ici reproduit plus fidèlement qu'en 1987, Edgar Wright tente d'élargir le spectre du sujet en ajoutant d'innombrables instants de bravoure aussi futiles qu'adolescents. Bref, beaucoup de bruit pour pas grand chose et une énième adaptation pâlichonne de Stephen King, un mois et demi après la sortie du très moyen Marche ou crève de Francis Lawrence...

 

lundi 17 novembre 2025

Gosti iz Galaksije de Dusan Vukotic (1981) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Tout d'abord, un grand merci à Otto Rivers pour avoir posté récemment un article consacré à Gosti iz Galaksije du réalisateur et scénariste yougoslave Dusan Vukotic dont je n'avais jusqu'ici jamais entendu parler. Si cet auteur de plus d'une cinquantaine d’œuvres cinématographiques a produit une grande majorité de courts-métrages, il lui est cependant arrivé de mettre en scène quelques longs formats. Comme cet étonnant Gosti iz Galaksije, justement. Un long-métrage totalement farfelu et inédit chez nous, lequel demandera un peu de jugeote et de savoir-faire si l'on veut le découvrir puisqu'il ne semble pas avoir connu de sortie officielle dans notre beau pays. Peu de choix s'offrent alors aux spectateurs. La meilleure solution demeurant encore son acquisition sur un site de streaming payant où il ne vous en coûtera pas plus de quelques dollars. Cependant, attention ! Si le simple fait de tendre l'oreille pour tenter de déchiffrer les dialogues dans la version américaine du long-métrage ne vous suffit pas, assurez-vous d'avoir la possibilité d'activer les sous-titres.... qui eux-même risquent d'être dans la langue de Shakespeare. Une fois avoir mis toutes les chances de votre côté, il faut ensuite savoir avant de cliquer définitivement sur le bouton d'achat que Gosti iz Galaksije reste malgré tout un film relativement particulier. Si Dusan Vukotic et son scénariste Milos Macourek font preuve d'un vrai sens pour l'écriture, les deux hommes la trouvent surtout sur le terrain fertile de la parodie. Et si Visitors from the Arkana Galaxy, qui est le titre du long-métrage à l'internationale, commence de manière plutôt sobre, la suite va se révéler être d'une toute autre teneur... Travaillant à l'accueil d'un hôtel et écrivain amateur de science-fiction en plein ouvrage de son premier roman, Robert (l'acteur, de cinéma, de télévision et de théâtre croate, Žarko Potočnjak) a donc débuté l'écriture d'une œuvre dans laquelle deux jeunes habitants de la galaxie Arkana prénommés Ulu (Jasminka Alic) et Targo (Rene Bitorajac) sont élevés par leur tutrice Andra (Ksenija Prohaska), une androïde très probablement inspirée du Maschinenmensch prénommé Maria dans le Metropolis de Fritz Lang...


Convaincu par un ami qui lui conseille d'ajouter un monstre au sein du récit afin de susciter la curiosité de ses futurs lecteurs, Robert crée Mumu (Petr Drozda). Une créature apparemment anodine mais dont l'existence nouvelle va avoir de très importantes répercussions dans la vie réelle. En effet, un soir, et alors qu'il tente de prolonger l'écriture de son roman, Robert n'aperçoit pas l'étrange bolide qui tombe du ciel pour venir s'écraser sur une île proche du continent. Ce qui l'interpelle, par contre, est cette voix qui sort du petit enregistreur à cassette qu'il utilise pour mémoriser ses idées. Et quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il constate que la voix, féminine, est celle d'Andra... Le personnage qu'il a lui-même créé ! Invité à venir à sa rencontre, Robert emprunte le petit bateau de son frère pour se rendre sur l'île où il tombe nez à nez avec Andra mais aussi Ulu et Targo. Ce dernier se montrant particulièrement hostile envers lui, le gamin tente de se débarrasser de l'écrivain en jetant à ses pieds une miniature de Mumu qui alors se met à grandir en des proportions inquiétantes... Difficile de voir dans cette apparition ''monstrueuse'' autre chose qu'un hommage aux Kaijū du cinéma japonais rendus célèbres dès les années cinquante grâce au Gojira (Godzilla) d'Ishirō Honda et à une flopée d'autres créatures du même genre... Gosti iz Galaksije mélange alors les genres, entre science-fiction et comédie parfois délirante, avec usage de yeux-lasers, de deux retour dans le temps, de scènes de ménage entre notre héros et sa petite amie Biba (Lucié Žulova) et de tout un tas de petits en-cas plutôt sympathiques situés lors d'un repas de mariage qui part littéralement en vrille. Malgré ces bonnes idées, il faut tout de même avouer que le long-métrage de Dusan Vukotic n'est pas toujours très folichon et que l'on s'y emmerde parfois. L'originalité et l'humour totalement décomplexé ne faisant pas tout, il arrive en effet que Gosti iz Galaksije soit assez ennuyeux. Par contre, les amateurs de nanars de science-fiction kitsch qui se complaisent devant le spectacle navrant d'effets-spéciaux visuels et prosthétiques d'un autre âge risquent de s'en repaître jusqu'à plus faim ! Bref, le film vaut le détour mais à quel prix ? Celui d'une petite dizaine de dollars ? Pas sûr...

 

mercredi 12 novembre 2025

Le grand déplacement de Jean-Pascal Zadi (2025) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

1968, 2001, l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick. 1979, Stalker d'Andreï Tarkovski, Star Trek de Robert Wise et Alien, le huitième passager de Ridley Scott. 1983, L'étoffe des héros de Philip Kaufman. 1995, Apollo 13 de Ron Howard... 2025 ? Alors qu'il va falloir encore patienter quelques dizaines de jours avant de pouvoir découvrir sur grand écran le troisième volet de la franchise Avatar de James Cameron intitulé De feu et de cendres (dont la sortie est prévue pour le 17 décembre prochain), les amateurs de space-opera auront été contraints cette année de ronger leur frein d'impatience en se coltinant Le grand déplacement de et avec Jean-Pascal Zadi dont on connaît son point de vue sur le racisme anti-blancs ! Une hérésie ? Pourquoi pas si l'on se positionne de son côté. Ce qui permettra notamment à ce fils d'ivoiriens né à Bondy dans le département de Seine-Saint-Denis de lancer quelques torpilles bien comme il faut contre l'homme blanc à travers le personnage de Frantz Dubois (l'humoriste Fary). Poursuivant ainsi son message en s'attaquant à la politique totalitaire américaine s'agissant de la conquête spatiale. Jean-Pascal Zadi n'y va donc pas avec le dos de la cuillère mais plutôt avec le tranchant mal aiguisé de la pelle en enfonçant des portes déjà ouvertes bien avant qu'il ne s'y mette lui-même. Ce qui ne l'empêche bien évidemment pas d'en faire de même avec les noirs et les arabes. Traitant ainsi de l'Afrique en des termes qui sans doute auront fait bondir d'effroi certains frileux en matière d'humour noir et pourquoi pas des musulmans modérés qui ne souffrent plus que l'on renvoie leur religion à l’extrémisme sur lequel certains font leur marché. Comédie de science-fiction ''afro-futuriste'' d'où émane sans doute là encore un brin d'ironie s'agissant de cet ''afrocentrisme'' qui pollue plus ou moins les esprits en réécrivant certaines pages de l'Histoire en la modifiant à partir du point de vue de ''pseudo-intellectuels'' se réappropriant tout ou partie de celle qui fut développée en Europe et plus généralement en Occident, Jean-Pascal Zadi défouraille à sa façon la plupart des ''communautés''. A la manière d'un Fabrice Eboué mais sans la même finesse d'écriture.


Tandis que le nouveau long-métrage de ce dernier (Gérald le conquérant) a été repoussé en décembre alors qu'il devait sortir en avril et ce, pour d'obscures raisons telles que les thématiques entourant le régionalisme et l'identité nationale (deux gros mots désormais interdits sur notre territoire, sous peine d'être traités de fachos), les critiques qu'il faut émettre au sujet du grand déplacement le doivent être surtout au sujet de la mise en scène et de l'écriture elles-mêmes me semble-t-il ! Car loin d'atteindre les cimes du film de science-fiction à tendance Space Opera, le dernier long-métrage de Jean-Pascal Zadi souffre tout d'abord d'une durée qui l'empêche de développer un scénario véritablement ambitieux. Dans un futur tellement proche qu'aucune date précise n'est affichée, la Terre est en danger. Mais lorsque certains des personnages du récit évoquent cette problématique, il s'agit surtout de parler d'Afrique et de la sauvegarde de son peuple. C'est ainsi qu'intervient l'UNIA. Une agence astronautique d'origine africaine fantaisiste créée pour le film (tandis que plusieurs pays continentaux travaillent réellement sur la conquête spatiale) et aux commande de laquelle l'on retrouve l'actrice Claudia Tagbo dans le rôle de Madame Zokou. Un projet ambitieux de colonisation d'une exoplanète rendu possible grâce à une plante censément disparue et qui permet de produire de l'ergol, une substance permettant la propulsion de fusées ! Les États-Unis ayant pour projet de lancer leur propre fusée, la responsable de l'UNIA décide d'avancer la date de départ des membres de l'équipage du ZION 63 après qu'ils aient suivi des examens ainsi qu'une formation... Si sur le papier Le grand déplacement paraît effectivement ambitieux, à l'image, le résultat se révèle relativement piteux. Dans le rôle du pilote de chasse Pierre Blé auquel ont été confiées les commandes du ZION 63, Jean-Pascal Zadi incarne un véritable abruti qui sème la zizanie au sein de l'équipage. Réduit à une durée de quatre-vingt trois minutes, le film n'a malheureusement pas les moyens d'exploiter toutes les idées du script en profondeur. Et s'agissant tout d'abord d'une comédie ''noire'' (sans mauvais jeux de mots), il s'agit moins pour son auteur d'exploiter le filon de la conquête spatiale africaine que de cumuler un certain nombre de gags dont le résultat n'est malheureusement pas toujours fructueux...

 

lundi 3 novembre 2025

Chien 51 de Cédric Jimenez (2025) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Bac Nord ? Ouais, sympa, sans plus. Novembre ? Pas vu ! Apparemment tiré du roman Chien 51 auréolé du prix 2022 des Écrivains du Sud, le projet portant sur la version cinématographique a été confié à Cédric Jimenez qui plutôt que de se conformer strictement au récit d'origine a choisi de concentrer l'action autour de ses deux principaux personnages incarnés à l'écran par Gilles Lellouche et Adèle Exarchopoulos. Mais le cinéaste se veut tout d'abord rassurant. S'il n'évoque pas directement le genre ''science-fiction'' auquel il préfère celui, très proche, de la ''dystopie'' sans doute pour créer un lien avec ses précédents longs-métrages, Chien 51 permettra assurément aux amateurs de l'un et de l'autre de ces deux genres intimement liés de découvrir sa vision d'un monde ou plutôt d'une France, totalitaire et ségrégationniste. Ici, pas question de séparer le français de souche de l'homme venu d'un autre continent. La ségrégation est ici sociale, balisée à travers trois zones qui contraignent à montrer patte blanche si l'on veut pouvoir passer des unes aux autres. Le film de Cédric Jimenez se déroulant dans un futur proche où les technologies les plus récentes servent les forces de l'ordre dans leur action quotidienne, celui-ci met en scène Gilles Lellouche dans le rôle de Zem Brecht, un flic issu de la Zone 3, ainsi qu'Adèle Exarchopoulos dans celui de Salia Malberg, une inspectrice de la Zone 2. Contraints de collaborer ensemble après l'assassinat de l'inventeur de l''intelligence artificielle Alma Georges Kessel, le principal suspect est Jon Mafram (Louis Garrel), le chef d'un groupe anarchiste connu sous le nom de BreakWalls ! Malgré leurs différences, Zem et Salia vont s'unir afin de retrouver le coupable, démasquant par là-même une conspiration de très grande ampleur... Bon, ben, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Que j'aurais bien aimé pouvoir sortir de la salle avant la fin de la séance ? C'est un fait, mais la méticulosité avec laquelle je me borne à respecter le concept du ''Un film vu en entier = Une critique'' ne peut évidemment pas souffrir de l'idée que je m'installe devant mon clavier après avoir quitté une salle bien avant la fin d'une projection !


Bref, sans être de ces supplices qui me pousseraient presque à ruer dans les brancards pour me faire rembourser tel le cupide et avare personnage qui compte ses sous jusqu'au dernier centime, je dois avouer que Chien 51 m'a laissé du plus beau marbre, celui que l'on peut ressentir devant une œuvre d'où ne se dégage pas la moindre émotion. S'agissant d'un long-métrage hexagonal tourné dans notre beau pays et pourtant sur des terres dont les brochures de voyages ne vantent jamais les hypothétiques mérites (le film a été tourné dans les quartiers nord de Marseille), je me demande dans quelles dispositions psychologiques il faut au préalable se positionner pour que le spectateur accepte de se vautrer devant un spectacle qui régurgite (pour ne pas dire, vomit) tout ce que la science-fiction dite dystopique a engendré depuis bien longtemps. L'originalité n'étant absolument pas au rendez-vous, malgré un budget tournant autour des cinquante millions d'euros et la présence de stars françaises aidant supposément à l'adhésion des spectateurs, Chien 51 n'est qu'une vague réminiscence de tout ce que l'on connaît sur le sujet des ''Terres Parallèles'' recourant à l'autoritarisme. Avec son bagage cinéphilique, le spectateur aura donc tout loisir de se faire sa propre opinion, armé d'une base plus ou moins solide. Chez moi comme chez beaucoup de fans de science-fiction comme je le suppose, il est presque inévitable de passer outre le souvenir du Blade Runner de Ridley Scott. L'imagerie asiatique, avec ces immenses panneaux publicitaires, cette Street-Food vendue par des réfugiés du Pays du Soleil Levant ou encore Gilles Lellouche, peroxydé, comme en son temps l'immense Rutger Hauer ! Quant au contexte social, chacun y verra matière à comparer le film de Cédric Jimenez avec ses propres ''classiques''. Quant à moi, c'est bien le Land of the Dead de George Romero qui s'imposa ! Visuellement, je n'ai eu de cesse que d'essayer d'effacer de ma mémoire le souvenir de Banlieue 13 et de sa séquelle auxquels l'esthétisme de Chien 51 se raccroche, me semble-t-il, furieusement. Un visuel enrobé de surcroît d'effets-spéciaux parfois dignes d'une cinématique de jeu vidéo du type GTA lors des séquences de courses-poursuites en voiture. Le film est sorti voilà tout juste deux semaines qu'il paraît avoir déjà pris un sérieux coup de vieux. Dommage ? À vrai dire, non ! J'irais même jusqu'à affirmer que l'on s'en fiche un peu s'agissant d'un matériau de base qui selon le réalisateur lui-même n'a de toute manière n'a pas été traité dans son ensemble... Un film creux, crâneur et se réduisant intellectuellement au niveau des pires blockbusters d'action américains ! Bref, remboursez !

 

mercredi 29 octobre 2025

The Vindicator de Jean-Claude Lord (1986) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

The Vindicator ou Frankenstein '88 (à ne pas confondre avec la truculente comédie fantastique Frankenstein 90 de Jean Jessua avec Eddy Mitchell, Jean Rochefort et Fiona Gélin) est le dixième long-métrage du réalisateur et scénariste canadien Jean-Claude Lord. Un cinéaste qui fut notamment l'auteur en 1982 du sympathique Terreur à l'hôpital central dans lequel Michael Ironside traquait et terrorisait Lee Grant un an avant de devenir l'un des valeureux résistants de la géniale série télévisée de science-fiction V. Bien que The Vindicator semble effectivement tout d'abord être inspiré par le mythe de Frankenstein mais aussi par le premier volet de la franchise Terminator que James Cameron réalisa en 1984, le plus curieux avec ce nanar de science-fiction est qu'il semble développer certaines thématiques qui le rapprochent d'un autre classique de la science-fiction dystopique qui pourtant ne verra le jour qu'en 1987 : Robocop. Et ce, dans des proportions telles que l'on se demande si les scénaristes Michael Miner et Edward Neumeier ne seraient pas quelque peu inspirés du script conçu par Edith Rey et David Preston pour le long-métrage de Paul Verhoeven. Car s'il est entendu que le scientifique Carl Lehman employé par la société ARC n'est pas un flic, la première partie de The Vindicator ressemble presque point par point à celle qui sera développée lors du premier acte de Robocop. Ici, le personnage central incarné David McIlwraith est victime d'un ''accident'' alors qu'il tente d'éviter une catastrophe dans le laboratoire de recherche où il travaille. On le sait très rapidement, l'homme derrière la mort de Carl est Whyte (l'acteur Richard Cox), collaborateur et chef de projet ambitieux qui face aux menaces du scientifique de tout révéler sur certains de ses agissements a trouvé un moyen d'éliminer cet empêcheur de tourner en rond... Laissant ainsi seule une veuve prénommée Lauren, laquelle porte leur futur enfant (l'actrice Teri Austin que l'on a pu notamment découvrir dans la série Côte Ouest ou dans L'esprit de Caïn de Brian De Palma). Après son enterrement, le corps de Carl va être cependant récupéré afin de subir une expérience qui le ramènera à la vie (d'où le titre alternatif de Frankenstein '88 qui le rapproche du mythe créé par Mary Shelley dans son ouvrage Frankenstein ou le Prométhée moderne)...


Désormais transformé en un cyborg doté d'une force incroyable, Carl est bien décidé à se venger de ceux qui l'ont assassiné tout en cherchant à protéger la vie de Lauren. Laquelle peut apparemment et malgré tout compter sur le soutien de son ami Burt (Maury Chaykin). Tandis que Carl est devenu hors de contrôle et qu'il a échappé à Whyte, ce dernier lance à sa recherche Hunter (l'ancienne égérie de la Blaxploitation Pam Grier), jeune ''panthère noire'' armée jusqu'aux dents et spécialisée dans la traque et l'élimination d'individus qu'elle est payée pour tuer ! Mais malheureusement pour elle ainsi que pour son employeur, Carl va se montrer difficile à faire disparaître. En cause : l'armure métallique qui le recouvre presque intégralement et qui s'avère résistante aux impacts de balles ! The Vindcator est donc plus proche de Robocop que de Terminator alors que l'on s'attendait à un avatar pompant scrupuleusement le classique de James Cameron. Outre les séquences d'action, Jean-Claude Lord tente d'injecter à son œuvre une petite touche de psychologie à travers la personnalité de Carl dont le revêtement électro-métallique ne l'empêche pas d'avoir conservé des sentiments humains. Surtout envers son épouse Lauren qu'il tente de protéger quels que soient les moyens. Si le film commence de manière plutôt encourageante même si l'on sait très bien que l'on met les pieds dans une production plus proche du nanar que du chef-d’œuvre de la science-fiction, la suite n'est malheureusement pas du même acabit. The Vindicator est lent, ponctué d'interminables et répétitifs ventres mous. Vanté à l'époque pour leur qualité par certains critiques, les effets-spéciaux sont en réalité d'une grande médiocrité. Pourtant conçus par l'un des maîtres en matière d'effets-spéciaux animatroniques Stan Winston auquel on doit notamment tout ou partie de ceux de Terminator 2 : le jour du jugement et Aliens : le retour de James Cameron, The Thing de John Carpenter ou encore Jurassic Park de Steven Spielberg, celui qui pourtant travailla deux ans plus tôt sur ceux du deuxième chapitre de la franchise Vendredi 13 signe ici des Fxs déplorables. Un cyborg qui a plus l'air de porter comme armure une couverture de survie dorée qu'une combinaison à l'épreuve des balles. Bref, un bon gros nanar...

 

jeudi 16 octobre 2025

Electric Dream de Robert Barron (1984) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 



À la lecture des nombreux commentaires s'agissant d'Electric Dream du réalisateur, scénariste et producteur américain Robert Barron, l'engouement avec lequel s'expriment à son sujet les critiques laissait envisager une expérience hors du commun, renvoyant à une époque que nombre de cinéastes tentent aujourd'hui de faire ressurgir par l'application du concept de Revival. Sans doute faut-il avoir connu cette comédie romantique et de science-fiction pour y être autant agrippé que le sera l'année suivante votre serviteur au sujet du formidable Breakfast Club de John Hugues. Pourtant sans commune mesure avec Terminator de James Cameron qui verra le jour sur son territoire d'origine à trois mois d'intervalle seulement, Electric Dream peut être considéré comme l'un des premiers longs-métrages à s'être penché sur une thématique dont la récurrence s'accélérera au fil des décennies. Avant que l'Intelligence Artificielle ne prenne le pas sur celle des ingénieurs qui en furent les fondateurs, en cette année 1984, le film de Robert Barron et encore plus celui de James Cameron façonneront chacun à leur manière différentes étapes dans l'évolution des machines. Le premier pouvant être conçu comme une involontaire préquelle au second. Des débuts hésitants, projetant la dite Intelligence Artificielle sur une machine heureusement dénuée de jambes et de bras mais en revanche dotée de capacités de calculs et d'une ''réflexion'' dus au booste dont elle a bénéficié de la part de son propriétaire Miles Harding (Lenny Von Dohlen). Employé d'une entreprise d'architecture souvent en retard au travail, c'est sur les conseils d'un ami et collègue de travail qu'il prend la décision de s'acheter un ordinateur. Electric Dream ayant plus de quarante ans, la machine en question apparaîtra bien désuète au regard des monstres de technologies actuels. Notons que le personnage, lequel avoue ne rien y connaître en matière d'informatique, semble un peu trop rapidement s'accorder avec les fonctions de sa nouvelle acquisition. Pour un type qui n'y connaît pas grand chose, le voilà déjà en train de doter son appartement de fonctions domotiques (concept qui fut démocratisé dans les années 70 grâce au protocole X10) qui ne vont d'ailleurs pas forcément lui faciliter la tâche...


Le film nous présente ensuite la jeune et jolie Madeline (Virginia Madsen). Joueuse de violoncelle talentueuse au sein d'un orchestre philharmonique, celle-ci vient de s'installer dans le même immeuble que Miles. Un jour, alors qu'elle répète dans son appartement tandis que l'architecte est parti travailler, l'ordinateur de Miles répond à chaque note produite par l'instrument de la jeune femme. Séduite mais ne sachant pas que la musique qu'elle a entendu dans l'appartement voisin n'a pas été produite par Miles mais par son ordinateur, Madeline commence à s'intéresser de très près à son voisin... Partant d'un postulat dans lequel s'imbriquent des théories aussi peu compatibles que le trio amoureux entre deux être de chair et de sang et un appareil informatique, Robert Barron signe une œuvre logiquement larguée en matière de technologie même si le sujet conserve même aujourd'hui tout son intérêt et peut être vu comme l'ancêtre d'un long-métrage tel que T.I.M de Spencer Brown ou comme celui de l'excellente série allemande Cassandra de Benjamin Gutsche qui virent le jour ces dernières années. Le principal soucis avec Electric Dream est qu'il faut probablement avoir connu le film à l'époque de sa sortie pour en avoir conservé un amour que l'on peut juger de démesuré lorsqu'on ne le découvre que quarante ans plus tard. Non pas que le film soit mauvais mais avec le temps, il faut avouer que cette bluette entre deux être au demeurant charmants et un ordinateur qui va montrer de dangereux signes de jalousie a sans doute perdu de la superbe dont il devait sans doute être doté en 1984. On passera sur le charme visuellement ''arriéré'' de la technologie appliquée à l'image de ce cube aux fonctions limitées mais boostées lors de son raccordement au super-ordinateur du boss de Miles par connexion ''Internet'' (Pour info, Internet fut issu au 1er janvier 1983 du projet de recherche Arpanet). Bourré de séquences musicales (à vrai dire trop nombreuses) lors desquelles les plus vieux reconnaîtront certainement quelques classiques de la pop (The Dream et Love is Love de Culture Club, Chase Hunter de Heaven 17, etc...), la bande musicale est notamment signée par Giorgio Moroder, compositeur italien de musique disco dans les années 70 avant de travailler pour le cinéma où il composa en outre la mythique partition de Midnight Express d'Alan Parker...

 

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