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dimanche 14 juin 2026

Soldier de Paul W.S. Anderson (1998) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Je croyais avoir au moins un ami dans mon entourage. Jusqu'à ce que je fasse l'erreur de suivre son conseil et que je me lance dans la projection de Soldier de Paul W.S. Anderson. Oui, oui, l'auteur d'innombrables séries B fantastique de facture très moyenne et parmi lesquelles l'on trouve notamment quatre épisode de la franchise Resident Evil, la première adaptation cinématographique de la licence de jeux vidéos Mortal Kombat en 1995, le space opera horrifique Event Horizon : Le Vaisseau de l'au-delà réalisé deux ans plus tard, le crossover Alien vs. Predator en 2004 ou encore le très mauvais Monster Hunter il y a six ans... Affirmant à travers moult arguments que Soldier est une petite bombe, un super film de science-fiction mâtiné d'action ou une alternative intéressante au déjà pas terrible Universal Soldier que réalisa six ans auparavant Roland Emmerich, l'ami en question m'épargna fort heureusement l'achat au prix prohibitif de quatre-vingt dix euros, un dvd généralement épuisé... Invité en grandes pompes mais tout de même pas affublé d'un costard-cravate, l'expérience fut pourtant aussi peu concluante que celle vécue lors de la projection de Event Horizon : Le Vaisseau de l'au-delà. Décidément enclin à tourner des séries B d'une pauvreté artistique et scénaristique qui sont sa marque de fabrique, Soldier n'est qu'un exemple parmi tant d'autres des failles qui émaillent le cinéma de Paul W.S. Anderson. Produit à hauteur de soixante-quinze millions de dollars, on se demande encore où est passé le budget. Sans doute une partie importante de l'argent est-elle passée de la main des producteurs au portefeuille de Kurt Russell, immense star du cinéma américain qui rien que la décennie précédente enchaîna ce que d'aucun peu juger de classiques de la série B. Fidèle collaborateur du réalisateur John Carpenter durant un temps, rien que dans le courant des années quatre-vingt, les deux hommes ont travaillé ensemble sur trois projets : New York 1997 (Escape from New York) en 1980, The Thing en 1982 et Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China) en 1986...


Sans oublier l'excellent biopic qu'ils consacrèrent à Elvis Presley à la toute fin des années soixante-dix, Le Roman d'Elvis (Elvis). Sans parler de l'excellent Buddy Movie Tango et Cash d'Andreï Kontchalovski en 1989. Dans Soldier où l'acteur américain tient le rôle principal du sergent Todd 3465, Kurt Russell est malheureusement sous-exploité. Habituellement charismatique, Paul W.S. Anderson le transforme en personnage dénué de toute émotion et particulièrement taiseux. Bref, pas de quoi pour lui de faire étalage de son talent, lequel est placé au second plan derrière une musculature aiguisée et une force d'intervention particulièrement redoutable. Littéralement jeté sur la planète-décharge Arcadia 234, Todd est recueilli par les habitants d'une colonies qui ne vivent que grâce aux déchets qui régulièrement sont largués au sol par une organisation terrienne chargée de former des soldats d'élite auxquels appartenait justement Todd jusqu'à ce qu'il ait été officiellement reconnu comme mort après avoir affronté un certain Caine 607 (Jason Scott Lee). L'action se déroule en 2036 et le lieu principal où se situe le récit confirme que l'on est là devant un film d'action et de science-fiction. Rien de bien extraordinaire malheureusement puisque le scénario est réduit à sa plus simple expression. Forçant le trait du personnage monolithique, Kurt Russell brille sans doute moins à l'image que la superbe actrice danoise Connie Nielsen qui interpréta l'année précédente le personnage de Christabella Andreoli dans L'associé du Diable de Taylor Hackford avant de devenir célèbre grâce au personnage de Lucilla dans Gladiator de Ridley Scott en 2000. Bourrin, Soldier semble avoir fait illusion auprès de certains spectateurs qui adoubent son contenu. Pourtant, le film n'est rien moins qu'un piteux ersatz du Mad Max 2 du réalisateur australien George Miller...


 

vendredi 12 juin 2026

Disclosure Day de Steven Spielberg (2026) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Steven Spielberg est né le 18 décembre 1946. Six mois et vingt et un jour plus tard ainsi qu'à une distance de plus de deux mille kilomètres de son lieu de naissance est venu s'écraser dans un ranch près de Roswell, un objet volant non identifié. Alors âgé de quelques mois seulement, il y a donc peu de chance que l'événement ait eu un impact direct sur la passion du réalisateur américain pour le phénomène des ovnis. Les origines de son intérêt pour le sujet semblent remonter à ses dix ans, lorsque dans le désert du Nevada il assiste à une pluie de météorites qui selon ses propres termes, ''l'introduit au monde se situant au-delà de notre planète...'' Comme bon nombre de simples citoyens ou de chercheurs croyant fermement à l'existence de civilisation extraterrestres, Steven Spielberg semble avoir toujours essayé de mettre en place diverses hypothèses à travers son art. Et bien que l'on puisse souvent imaginer que sa première tentative d'incartade dans le ''merveilleux'' monde des extraterrestres fut Close Encounters of the Third Kind (Rencontres du troisième type) en 1977, l'histoire personnelle du Steven Spielberg cinéaste remonte en réalité à quelques années en arrière. En effet, après trois courts-métrages réalisés entre 1959 et 1961, l'américain réalise son premier long format au début des années soixante. Intitulé Firelight et d'une durée de cent-trente cinq minutes, le film traite du phénomène ovni et d'enlèvements extraterrestres. Steven Spielberg est alors âgé de seulement dix-sept ans. Encore étudiant, il profite des week-end et des soirées pour tourner ce qu'il jugera plus tard et avec une certaine ironie comme l'un des pires films de l'histoire du cinéma. Réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, compositeur de la bande musicale et monteur, le tout jeune Steven s'occupe de tout mais ne bénéficie que d'un tout petit budget ne dépassant les cinq-cent dollars. Projeté une seule fois sur grand écran dans la salle de cinéma d'une petite localité américaine, Firelight attirera malgré tout cinq-cent spectateurs et rapportera la somme de 501 dollars. Le film rapportant finalement à son auteur (financé par ses proches) un dollar de plus que la somme engagée...


Depuis, le mythe qui entoure le long-métrage provient du fait qu'il soit devenu totalement invisible de nos jours. Impossible en effet de pouvoir le chopper sur une quelconque plate-forme de streaming légale ou non. Un véritable objet de fantasmes pour les fans du cinéaste et pour les ufologues en herbe... Persévérant donc quelques années plus tard avec Close Encounters of the Third Kind et son budget conséquent pour l'époque d'environ vingt millions de dollars, il reviendra ensuite à l'une de ses premières passions avec E.T. the Extra-Terrestrial (E.T., l'extra-terrestre) en 1982 dans lequel un extraterrestre échoué sur notre planète était accueilli et protégé par un enfant de dix ans du nom d'Elliot. Alors que l'extraterrestre en question tentait de communiquer avec ceux de son espèce, sa présence sur notre planète allait intéresser l'armée. Elliot ainsi que son frère Michael et sa sœur Gertie allaient alors tout mettre en œuvre pour aider E.T a rejoindre un vaisseau venu de sa planète natale pour le récupérer... Dans le genre, ce film très divertissant, amusant et même parfois très émouvant, précédait de plus de quarante ans la sortie de la troisième adaptation du roman anxiogène et paranoïaque de H.G.Wells, The War of the Worlds. Après un premier long-métrage culte réalisé en 1953 par Byron Haskin, une vision toute personnelle mais tout aussi indispensable signée du réalisateur et scénariste polonais Piotr Szulkin sous le titre Wojna Swiatów - Nastepne Stulecie en 1981, c'est en 2005 que Steven Spielberg s'attaque à ce récit universel pour en proposer une version parfois impressionnante mais gâtée par un Tom Cruise qui cabotine trop souvent et finit par agacer par infantilisme et ruiner tout intérêt pour une œuvre manquant en outre cruellement d'inspiration...


Et puis, voici que Steven Spielberg nous revient en 2026 avec le tant attendu Disclosure Day... Dire que j'émettais des doutes autour de moi après avoir découvert il y a quelques mois la bande-annonce serait un euphémisme. Mais après plus de deux heures et vingt minutes, du haut de ses soixante-dix neuf ans, et même si l'on n'est pas un adorateur du cinéaste américain mais juste un spectateur plus ou moins curieux de son œuvre, l'on constate que Steven Spielberg est encore et toujours capable du meilleur. Humaniste, prônant l'empathie chez les Hommes, traitant de religion et donc de croyance, remettant en question les fondements les plus intimes de chaque être humain, Disclosure Day est sans doute à l'image du sujet qu'abordent certains protagonistes et notamment le ''méchant'' du film, Noah Scanlon qu'incarne l'acteur britannico-italien Colin Firth. Lequel conçoit avec difficulté que l'humanité puisse être préparée à certaines révélations. Un combat qui va d'ailleurs l'opposer aux véritables héros du récit, Margaret Fairchild, Daniel Kellner, Jane Blakenship et Hugo Wakefield qu'incarnent respectivement Emily Blunt, Josh O'Connor, Eve Hewson et Colman Domingo. Dans Disclosure Day, outre l'évocation de la Religion, il est question de messagers, d'artefact extraterrestre extrêmement puissant permettant à celui ou celle qui le détient de contrôler l'esprit de tel ou tel individu. Mais le film traite également de la civilisation humaine à laquelle Steven Spielberg pose une question apparemment simple mais qui s'avère en réalité excessivement complexe : sommes-nous prêts à connaître la vérité ? Et après l'avoir découverte, la remise en question de l'existence de Dieu par une ''entité'' qui lui serait potentiellement supérieure mènerait-elle l'humanité au chaos ? En optimiste doublé d'humaniste, Steven Spielberg préfère laisser chacun étudier la question lors d'un final absolument magnifique et bouleversant. Bien évidemment, du haut de son statut de ''simple'' fiction Disclosure Day, tout comme bien d'autres avant lui, ne demeure encore aujourd'hui que l'expression d'un rêve pour celles et ceux qui veulent y croire. Le film ne remettra donc pas en question les croyances des Fous de Dieu et ne modifiera pas la perception des complotistes. Rien de vraiment grave puisque cela ne reste que du cinéma. Du GRAND cinéma. Où l'un des grands maître du septième art tutoie une nouvelle fois les étoiles et rend plus que jamais concrète l'idée qu'ailleurs existent des civilisations qui ne veulent sans doute que notre bien...

 

mardi 9 juin 2026

For All Mankind - Saison 5 (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Alors qu'une sixième saison est déjà prévue, la cinquième a commencé sa diffusion dès le 27 mars dernier pour se conclure le 26 mai. Se terminant sur l'hypothétique prévision d'une septième saison après un final aussi énigmatique que fascinant, For All Mankind a su évoluer vers une science-fiction toujours plus éloignée de notre temporalité en matière d'évolutions technologiques et d'exploration spatiale tout en se déroulant plus de dix années avant notre époque. Nous sommes en 2012 et désormais, la vie est implantée sur Mars. La planète rouge accueille désormais des milliers de ''martiens'' et tandis qu'une partie de ses habitants travaille toujours à l'élaboration de voyages dans l'espace reculant sans cesse les frontières, d'autres œuvrent à l'envoi régulier d'Iridium, un métal excessivement rare sur Terre mais que l'on trouve à profusion sur l'astéroïde. Enjeu principal de la quatrième saison, Goldilocks (nom donné à l'astéroïde en question), fut découvert par des astronomes. Placé en orbite par des conspirateurs qui craignaient toutes ses richesses en l'envoyant vers la Terre, il sera encore au centre d'un conflit qui cette fois-ci opposera les divers gouvernements terriens et les habitants mêmes de Mars lorsque ces derniers apprendront que leur sort est déjà joué. En effet, un projet d'automatisation prévoit que dans les années à venir la quasi totalité des habitants de la planète rouge soit remplacée par des machines... Si le sujet de la conquête spatiale évolue donc désormais à travers la recherche d'une vie extraterrestre sur le satellite Titan situé en orbite à plus d'un million et deux-cent milles kilomètres de la planète Saturne, la grande majorité du récit développé autour des dix épisodes que constitue cette cinquième saison se déroule donc à la surface de Mars. D'innombrables structures habitables y sont désormais déployées et l'aventure se déroule entre la zone ouvrière qui d'une manière générale n'est pas très éloignée de certaines visions peu chaleureuses visibles il y a des décennies et notamment à travers le Total Recall de Paul Verhoeven voilà plus de trente-cinq ans et le centre de contrôle et d'administration de Happy Valley...


L'on retrouve les personnages emblématiques des précédentes saisons même si certains ont bien moins d'importance qu'auparavant. Margo Madison (Wrenn Schmidt) étant désormais emprisonnée, ses apparitions sont beaucoup plus rares. L'un des événements les plus ''remarquables'' de la première moitié de cette nouvelle fournée d'épisodes est la disparition d'Edward Baldwin (Joel Kinnaman), personnage central depuis les débuts de la série et qui disparaît donc pour laisser la place en tant que nouvelle icône de la série à son petit-fils Alex (l'acteur Sean Kaufman)... Beaucoup d'anciens et de nouveaux protagonistes interviennent désormais et il faudra certainement un ou deux épisodes pour véritablement se replonger dans le bain. Surtout si l'on choisit de suivre cette cinquième saison sans avoir au préalable revisionné la précédente saison... Après quelques difficultés d'adaptation, la cinquième saison de For All Mankind s'avère très satisfaisante. Plus ''guerrière'' et donc forcément plus brutale, elle est en revanche moins portée sur l'exploration spatiale que sur des enjeux politiques et financiers. L'on passera outre quelques invraisemblances d'ordre temporel et sur quelques ellipses qui brouillent la cohésion du récit mais dans l'ensemble ces dix nouveaux épisodes sont relativement réjouissants. Notons qu'à l'issue du dixième épisode a débuté la diffusion d'un spin-off intitulé Star City. Une série dérivée de For All Mankind se concentrant sur la conquête spatiale du point de vue de l'Union Soviétique. Constituée de huit épisodes, leur diffusion devrait prendre fin le 10 juillet prochain... Pour ceux qui voudraient patienter et découvrir l'intégralité de Star City sans avoir à patienter une semaine entre chaque épisode...

 

vendredi 5 juin 2026

The Invasion d'Oliver Hirschbiegel (2007) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

À l'heure actuelle, The Invasion du réalisateur, scénariste et acteur allemand Oliver Hirschbiegel est la quatrième et dernière adaptation sur grand écran du roman de science-fiction dystopique The Body Snatchers de l'écrivain américain Jack Finnley et dont la première parution date de 1955. Quant à sa traduction française, d'abord renommée sous le titre Graines d'épouvante avant de ressortir en 1994 sous celui de L'invasion des profanateurs, elle fut mise pour la première fois à disposition des lecteurs en 1977... On ne reviendra pas sur les deux premières adaptations cinématographiques qui demeurent même longtemps après leur sortie au cinéma deux monuments de la science-fiction. Passons sur la version largement surestimée d'Abel Ferrara en 1993 pour nous concentrer sur la dernière, sortie sur les écrans en 2007. À son tour, Oliver Hirschbiegel met en scène quelques grandes vedettes du cinéma américain puisque l'héroïne est incarnée par l'actrice Nicole Kidman, laquelle est notamment accompagnée de Daniel Craig qui se fit surtout connaître dans le rôle de l'agent secret James Bond auquel il prêta ses traits à cinq reprises. Ici, le duo incarne une version ''alternative'' des personnages interprétés en 1978 dans Invasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman par Brooke Adams et Donald Sutherland puisque même si les prénoms changent et si les sexes sont inversés, l'on retrouve les mêmes patronymes. Carol Bennell et Ben Driscoll venant ainsi prendre la place d'Elizabeth Driscoll et Matthew Bennell. Ces derniers ayant déjà pris celles de Becky Driscoll et Miles Bennell de la version de 1956 réalisée par Don Siegel. Seul Abel Ferrara n'usera pas de cette récurrence dans l'emploi des patronymes puisque les héros du récit auront pour nom Malone, Young ou encore Platt... Si l'on se souvient ensuite de l'hommage rendu par Philip Kaufman à l'acteur principal de Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel, Kevin McCarthy lors d'une courte apparition dans la version de 1978, Oliver Hirschbiegel fait de même avec l'actrice Veronica Cartwright qu'il intègre au récit de The Invasion tout en lui prêtant une identité tout à fait différente de son personnage de Nancy Bellicec puisque désormais elle incarne celui de Wendy Lenk, une patiente de la psychiatre Carol Bennell, laquelle est donc interprétée par Nicole Kidman. Le script de David Kajganich auquel ont participé non officiellement les frères Laurence et Andrew Paul Wachowski qui à l'époque n'ont pas encore opéré leur transition sexuelle diffère par rapport aux deux premières versions en ce sens où l'héroïne a désormais un fils...


Il n'est donc plus ici question pour elle de préserver uniquement son intégrité psychologique et sa seule existence mais bien celle de l'enfant qu'elle a mis au monde avec un homme dont elle est depuis divorcée (Jeremy Northam dans le rôle de Tucker Kaufman). Heureusement, notre héroïne ne sera pas seule et pourra notamment compter sur le soutien de Ben Driscoll (Daniel Craig) et sur celui du Docteur Stephen Galeano (Jeffrey Wright), un scientifique généticien qui n'aura de cesse que d'étudier l'organisme qui transforme tout être humain entré à son contact en individu dénué de toute émotion. Il y a désormais deux choses à prendre en considération. Oliver Hirschbiegel traite son sujet sous un angle beaucoup moins pessimiste que ses prédécesseurs puisque l’espoir de trouver un remède à cette pandémie est réel. Une pandémie, oui, autre manière d'aborder le thème de l'invasion par des organismes extraterrestres. Car dans le cas de The Invasion, il n'est désormais plus question de graines ou de cosses permettant à de nouveaux organismes de se développer et ainsi prendre la place de l'hôte d'origine. Désormais, le concept de Body Snatching est traité sous l'angle de la maladie. Avec ce que cela peut sous-entendre comme conséquences sur la population ou sur le fait qu'il puisse exister comme toute maladie qui se respecte, des personnes immunisées. Généralement ''atomisé'' par la presse spécialisée et par les spectateurs, The Invasion est plutôt une bonne surprise dès lors que l'on ne l'identifie pas automatiquement à ses prédécesseurs. Et surtout pas aux version de Don Siegel et Philipe Kaufman qui lui sont évidemment et éminemment supérieures. Difficile de prendre la relève, surtout vingt-cinq ans après la vision ultra pessimiste et paranoïaque du second. Pour autant, et même si l'effroi n'est généralement pas au rendez-vous dans cette version 2007, on ne s'ennuie pas. Le charisme de Daniel Craig, l'éclat de Nicole Kidman et la bouille craquante du tout jeune Jackson Bond qu'interprète Oliver faisant tout le reste...

 

jeudi 4 juin 2026

Body Snatchers d'Abel Ferrara (1993) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Driller Killer, Ms. 45, Fear City, The King of New York, Bad Lieutenant, The Addiction... Six films cultes réalisés par un seul homme : Abel Ferrara. Du cinéma underground même lorsqu'il a le privilège d'être interprété par de grands noms tels que Christopher Walken, Laurence Fishburne ou Harvey Keitel... Durant sa carrière, le cinéaste américain eu l'occasion de s'exercer à l'horreur, au fantastique et à la science-fiction à quelques rares occasions. The Addiction et son vampirisme allégorique sur le VIH. New Rose Hotel et son univers dominé non plus par des états mais par des corporations technologiques s'affrontant dans des guerres économiques mondiales. 4:44 Last Day on Earth et la disparition totale de la biosphère terrestre prévue pour le jour où se situe l'action, à 4h44 du matin. Mais parmi ces rares exemples de films sortant du cadre habituel proposé par Abel Ferrara et par son fidèle scénariste Nicholas St. John qui fut à l'origine des scripts de la quasi totalité des œuvres signées du maître, Body Snatchers reste un film à part puisque étant la troisième adaptation à l'écran du roman de Jack Finney The Body Snatchers après Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel en 1955, suivi de la version éponyme et authentiquement paranoïaque de Philip Kaufman en 1978 et avant la dernière en date signée d'Oliver Hirschbiegel en 2007 et intitulée The Invasion. Sans parler bien évidemment du mockbusters produit par The Asylum, Invasion of the Pod People réalisé quant à lui par Justin Jones... J'ai beau l'avoir vu quatre ou cinq fois et à chaque projection, c'est la même chose : rejet total pour cette version d'Abel Ferrara datant de 1992. Impossible d'adhérer à ce nouveau concept pour lequel les différents auteurs du scripts ont choisi d'éclipser le monde extérieur pour concentrer le récit sur une base militaire. Un choix ''innovant'' pour un résultat qui laisse tout de même assez perplexe. Signifiant probablement un discours beaucoup plus musclé et sans doute plus inquiétant et alarmiste s'agissant de l'emprise de forces armées par une entité venue de l'espace. L'un des remparts ultimes pour la survie de l'espèce humaine étant ainsi dévoyé par des organismes qui tout comme dans les deux précédentes adaptations prennent possession des corps afin de les imiter physiquement à la perfection et de prendre leur place. Comme d'habitude, l'un des premiers symptômes et cette absence totale d'émotion chez ces nouveaux individus alors facilement repérables. Cette ''suite'' à l'origine de laquelle l'on trouve une fois de plus Nicholas St. John, mais aussi Dennis Paoli et... Stuart Gordon au scénario...


Lequel sera ensuite remanié par Raymond Cistheri et par... Larry Cohen, change radicalement la donne et semble avoir été prise d'une crise de ''jeunisme'' puisque les véritables héros de cette histoire ne sont plus dans la même tranche d'âge que ceux des deux premiers longs-métrages mais s'inscrivent dans une post-adolescence difficile à travers le personnage de Marti Anwar, jeune femme ayant des difficultés de communication avec sa belle-mère Carol. Incarnée à l'écran par Gabrielle Anwar, elle est la fille du professeur Steve Malone, lequel est envoyé avec toute sa famille sur une base militaire située en Alabama afin d'effectuer des recherches sur différentes substances employées par l'armée pour y tester leurs effets sur la faune et la flore. À proximité de la base, et alors que Marti, son père, sa belle-mère et son petit frère Andy (Reilly Murphy) se sont arrêtés à une station-essence, l'adolescente est ''agressée'' par un soldat caché dans les toilettes de l'établissement. Lequel prévient des dangers qu'elle encoure... Le ton est donné : Dès le départ, Abel Ferrara brise le mur du silence et produit une œuvre de science-fiction qui manque cruellement de finesse. Chose que l'on aurait pu notamment reprocher à James Cameron lorsqu'il transforma le mythe de Alien de Ridley Scott en film de guerre s'il n'avait pas su en réalité transformer l'univers anxiogène et pesant en une alternative toute aussi passionnante. Abel Ferrara tente bien de cultiver l'atmosphère paranoïaque instaurée quinze ans auparavant par Philip Kaufman mais n'y parvient jamais vraiment. Body Snatchers souffre en outre de la présence de protagonistes dénués de tout charisme. Si Meg Tilly, qui interprète la belle-mère Carol semble se réveiller d'un long sommeil avant chaque prise, Terry Kinney, dans le rôle du père Steve Malone n'a absolument aucun intérêt. Parmi les personnages secondaires l'on retrouve l'actrice Christine Elise, tout d'abord connue pour avoir incarné le rôle d'Emily Valentine dans la série Beverly Hills 90210. Elle endosse le rôle de la fille du commandant de la base. Une jeune rebelle totalement transparente puisque énième représentation de la contestation adolescente vue des centaines de fois sur grand écran. Quant à Billy Wirth, il campe le rôle du jeune et beau soldat TimYoung, seul espoir pour Marti d'espérer pouvoir fuir un hypothétique lieu de refuge (la base) transformé alors en véritable repère pour les extraterrestres. Passons sur des effets-spéciaux complétement largués (le jeune frère chutant de l'hélicoptère) qui nuisent à un film qui fleure bon le nanar à douze millions de dollars et l'on tient là la plus mauvaise adaptation du roman de Jack Finney...

 

mercredi 3 juin 2026

Iron Lung de Mark Fischbach (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il semblerait qu'il faille désormais compter sur la participation de certains youtubeurs ambitionnant de passer de la célèbre plateforme de vidéo en ligne au cinéma. On pense bien évidemment aux frères australiens Danny et Michael Philippou qui sont parmi les premiers à être passés de l'autre côté du miroir en 2022 avec leur premier long-métrage Talk to Me. N'oublions cependant pas que c'est bien en France que les hostilités ont été lancées un an auparavant à travers une œuvre réalisée par un collectif de vingt-six vidéastes issus de la plateforme Youtube. Une majorité de critiques amateurs qui tous ont mis en scène l'une des lettres de l'alphabet dans un court-métrage d'horreur…. Rien qu'en cette première moitié d'année 2026 l'on a eu droit à trois projets cinématographiques réalisés par des youtubeurs. L'un des plus attendus sur notre territoire est le Backrooms de Kane Parsons dont la sortie est prévue pour le 14 juin prochain. Le second, Obsession de Curry Barker, a rencontré un accueil positif plutôt mérité depuis sa sortie en mars dernier aux États-Unis puis en mai en France. Quant à Iron Lung de Mark Fischbach, celui-ci est sorti chez nous en février. Et contre toute attente, ce film au budget apparemment minimaliste de trois millions de dollars mais dont la somme s'avère finalement conséquente lorsque l'on prend connaissance que le film a entièrement été auto produit. Une œuvre très particulière. Adaptation du jeu vidéo éponyme développé par David Szymanski pour Windows et pour la Nintendo Switch en 2022, le long-métrage est donc mis en scène par un youtubeur qui à l'époque fit l'éloge du jeu en question. Tourné à Austin au Texas et auto financé, écrit et réalisé par Mark Fischbach, le film met en scène tout comme sa version vidéoludique un criminel. Celui-ci est envoyé dans les profondeurs de la lune AT-5, laquelle est entièrement recouverte d'une vaste mer de sang. Alors qu'un événement d'ampleur cataclysmique connu sous le nom de The Quiet Rapt a provoqué la disparition de toute étoile et toute planète dans l'univers, le seul espoir de survie d'une poignée d'être humains est d'envoyer dans les profondeurs de la lune AT-5, Simon, un individu accusé d'avoir causé la mort d'innombrables hommes et de femmes lors d'une explosion qui causa la perte d'une station spatiale connue sous le nom de Filament Station et de ses passagers... Simon, qu'incarne lui-même Mark Fischbach est donc contraint d'accepter cette périlleuse mission qu'il doit accomplir à bord de l'Iron Lung...


Une ''capsule'' hermétiquement fermée par soudure afin d'éviter toute fuite en raison de la densité de la mer de sang. Plongé dans ses eaux rouges, l'homme cartographie les lieux à la recherche de ressources vitales qui pourraient permettre la survie de l'espèce humaine lorsqu'il découvre ce qui s'apparente au squelette d'une créature inconnue... D'une durée dépassant légèrement les deux heures, Iron Lung mêle épouvante et science-fiction dans un cadre on ne peut plus restreint puisque la totalité du récit se déroule à l'intérieur d'un ''poumon d'acier'' qui ne doit pas dépasser trois mètres de large et vingt de longueur. Un véritable cercueil ambulant, rouillé, archaïque, plongé dans une mer opaque, dense et visqueuse, qui parfois s'insinue de part et d'autre de l'engin lorsque le Iron Lung s'enfonce un peu trop loin dans la mer et que la pression augmente dangereusement. Collaborent au projet un certain nombre d'interprètes dont la plupart n'apparaissent à l'écran que sous la forme de voix. Et lorsque Ava (Caroline Kaplan) ou David (Troy Baker) se présentent à l'image, ça n'est que pour un très court instant et derrière l'épais hublot de la capsule ! Critiqué en grande majorité pour ses nombreux ventres mous, Iron Lung n'en est pas moins une expérience relativement stupéfiante. Car aussi longue que puisse être la durée de ce film dont le scénario repose sur quelques bribes d'idées, Mark Fischbach réussit le pari de rendre passionnante une histoire réduite à un lieu et à une tentative d'exploration à laquelle il est impossible de s'identifier puisque effectuée au sein même d'une mer de sang qui empêche toute visibilité. Il faut s'accrocher, surtout durant une bonne grosse moitié du récit car les ventres mous évoqués plus haut sont concentrés durant cette première partie qui aurait mérité d'être purgée de séquences inutiles ou redondantes. De plus, l'univers extrêmement sombre (au sens propre comme au figuré) n'aide pas à l'empathie pour un film plus ou moins amateur et doté d'effets-spéciaux parfois rudimentaires. Mais passés ces quelques caps, Iron Lung nous plonge ensuite dans un délire visuel parfois très impresionnant. Une récompense pour tout spectateur ayant eu le courage de demeurer optimiste devant un spectacle, au contraire, très pessimiste. Bref, une étonnante expérience cinématographique...

 

samedi 30 mai 2026

The Shelter de Lamont Johnson (1961) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dans l'épisode The Monsters are due on Maple Street de Ron Winston, les habitants d'un petit quartier étaient confrontés à la paranoïa de leurs voisins en raison d'une simple coupure de courant et à l'évocation d'une supposée invasion extraterrestre. The Shelter de Lamont Johnson repose plus ou moins sur le même concept puisque le docteur Stockton (l'acteur Larry Gates) fête son anniversaire en compagnie de sa femme, de son fils et de tous ses amis lorsque retentit une alerte signifiant une attaque de missiles. Le sujet renvoie encore une fois à la peur du rouge en cette période de guerre froide mais décrit aussi et surtout l'attitude des hommes et des femmes en cas d'hypothétique attaque par un pays ennemi. Ici, tout commence très bien puisque la cohésion entre chaque habitant d'un petit bout de quartier leur permet de profiter de l'anniversaire de leur ami et voisin pour faire la fête et surtout ''ironiser'' sur la construction d'un abri que le docteur Stockton a lui-même récemment effectué. Ayant en outre prévenu ses amis qu'ils auraient dû eux-mêmes en construire un, l'alerte va révéler la nature humaine dans ce qu'elle a de plus méprisable. Un retour là encore à un comportement primaire et surtout irréfléchi lorsque l'on sait que certaines décisions qui seront prises seront illusoires. En effet, l'abri en question n'ayant été prévu que pour trois personnes et malgré sa profession qui veut que le docteur Stockton ait voué son existence à sauver celle des autres, lorsque certains de ses voisins se ruent chez lui pour essayer de profiter de l'abri, l'homme n'a d'autre choix que de leur en refuser l'accès. L'on imagine alors aisément la suite des événements. Les membres d'une famille, puis de deux, puis de trois s'approchent de l'entrée de l'abri censé protéger ceux qui s'y sont réfugiés en cas d'attaque nucléaire. Chacun a beau tenter de négocier sa place derrière la lourde porte du refuge mais tous autant qu'ils sont, amis et voisins essuient un refus de la part de Stockton. Un personnage raisonné qui d'ailleurs ne passe jamais pour le monstre qu'il pourrait être à refuser à ses amis l'accès à l'abri...


Non, la noirceur humaine est décrite plutôt à travers ces familles prêtes à tous les excès pour obtenir une place aux côtés de celui qu'ils jugent désormais bien différemment de celui qu'ils appréciaient jusqu'à maintenant. Les paroles menaçantes s'accompagnent d'actes beaucoup plus violents puisque physiques. Les hommes s’entre-déchirant et leurs épouse mettant de l'huile sur le feu, ce qui, bien entendu, n'arrange rien. Sur la base d'un scénario écrit une nouvelle fois par Rod Serling, Lamont Johnson parvient très bien à saisir le comportement d'hommes et de femmes durant un événement dramatique dont l'ampleur pourrait avoir des conséquences graves sur leur survie. Chaque protagoniste ayant d'ailleurs une attitude sensiblement différente quoi qu'étant rejointe par cette même volonté de survivre. En comparaison de The Monsters are due on Maple Street qui reposait sur une hypothétique invasion extraterrestre et sur les seuls propos d'un adolescent féru de science-fiction, ici, on entre dans le concret. Non seulement le sujet traite d'une réalité qui même encore aujourd'hui menace l'Occident mais l'alerte n'est plus une vague supposition évoquée au détour d'une discussion suivant une coupure de courant et une panne généralisé de tout appareil électrique mais s'avère désormais consécutive aux directives imposées par l'autorité gouvernementale ! The Shelter montre également le phénomène de foule puisque après que chaque famille ait tenté de faire jouer en sa faveur la possibilité de partager l'abri avec le docteur et sa famille, les amis et voisins se lient afin d'en forcer l'entrée. Avec les conséquences que cela peut avoir. La conclusion est comme souvent dans la série, relativement amère mais bien moins cynique qu'à certaines occasions. En effet, une fois l'alerte levée, une fois la porte de l'abri défoncée, une fois amis et voisins rassurés et prédisposés à s'excuser de leur comportement, comment reprendre une vie normale ? Possible ? Pas si évident...

 

jeudi 21 mai 2026

Time Enough at Last de John Brahm (1959) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dans ce huitième épisode de la première saison de The Twilight Zone (La quatrième dimension) réalisé cette fois-ci par John Brahm et écrit par Rod Serling et Lyn Venable, le récit met en scène Henry Bemis, un petit employé de banque qui a tendance à énerver son entourage. Qu'il s'agisse des clients de l'établissement où il travaille en tant que guichetier, en passant par le directeur (Vaughn Taylor dans le rôle de Carsville) qui le menace de le renvoyer s'il ne se concentre pas davantage sur sa tâche, et jusqu'à son épouse Helen (l'actrice Jacqueline deWit) qui refuse catégoriquement de le laisser s'affaler sur le canapé lorsque de retour chez eux, Henry choisit de vivre sa passion, la littérature. En effet, féru de lecture et capable de passer du roman à la presse papier en passant par les vignettes des bouteilles de lait, l'homme ne peut pas s'empêcher de lire, quitte à s'attirer les foudres de tous ceux qui l'entourent et qui se demandent s'il n'est pas un peu fou. Totalement myope et ayant besoin de calme pour laisser libre cours à sa fascination pour les grands écrivains, c'est muni d'une épaisse paire de lunettes sans laquelle il ne voit absolument rien que le vieil homme se réfugie à chaque pause déjeuner dans le coffre-fort de la banque. Tombant sur un article qui décrit les conséquences désastreuses que pourrait avoir une bombe atomique si celle-ci devait s'écraser sur Terre, Henry en fait immédiatement l'expérience. Tandis qu'un bruit terrifiant se fait entendre à l'extérieur et que les murs de la banque tremblent, l'homme s'évanouit... À son réveil, celui-ci découvre que dehors le monde a radicalement changé. Un décor apocalyptique où tout est détruit. Pas un seul batiment, pas une seule maison ni aucun arbre ne tient encore debout. Pire, en dehors du banquier, il n'y a aucun survivant. Se déplaçant à travers les décombres, Henry Bemis se demande alors ce qu'il va bien pouvoir faire de tout ce temps qu'il lui reste à vivre maintenant qu'il est seul au monde... Time Enough at Last est là pour répondre à cette épineuse question où le temps semble s'être figé, où le ciel est couvert d'une chape de poussière qui en retombant recouvre tout ce qui se trouve à la surface de la Terre...


Le plus dur dans cette situation décrite dans le script de Rod Serling et Lyn Venable est d'évaluer le taux d'intérêt qui peut résider pour un homme qui tout sa vie à cherché le moyen de pouvoir s'isoler afin de vivre pleinement sa passion pour la littérature. Déprimé et sans doute effrayé à l'idée de vivre désormais seul, notre homme met la main sur un pistolet puis, après s'être excusé auprès du Seigneur pour ce qu'il s'apprête à commettre, tombe du coin de l'oeil sur un véritable trésor: la bibliothèque publique. Un établissement soufflé par l'explosion de la bombe atomique prophétisée plus tôt lors du récit et qui a libéré des quantités d'oeuvres littéraires. On comprend alors l'intérêt et le sens de cet épisode qui contre toute attente et malgré la catastrophe d'ampleur internationale qui s'est produite va lui offrir une revanche. Après avoir vécu toute sa vie moqué, brimé, méprisé par son entourage, Henry Bemis n'a plus de compte à rendre à personne. Rideau...... Enfin, presque. Car dans ce décor désolé (on louera d'ailleurs l'exploit des artisans qui eurent la charge de retransmettre à l'écran les conséquences de l'explosion d'une bombe atomique), où aucune âme ne vit en dehors de notre petit guichetier, où pas un seul son ne se fait entendre à des lieues à la ronde, nos deux scénaristes ainsi que le réalisateur nous ont concocté une conclusion dont la perversité n'a d'égal que les crispations que pouvait au départ générer l'attitude du héros. Brillamment incarné par l'acteur américain Burgess Meredith, Time Enough at Last est sa première des quatre apparitions qu'il fera tout au long de cette série de science-fiction qui s'étalera entre 1959 et 1964. Interprète de très nombreux longs-métrages cinématographiques et de séries télévisées, dans le domaine de l'horreur, il apparu dans la première partie du film culte de Dan Curtis Burnt Offerings en 1976, dans The Sentinel de Michael Winner en 1977, dans The Manitou de William Girdler en 1978 ou encore dans Magic de Richard Attenborough la même année. L'acteur aura tout joué mais sera surtout resté célèbre pour son rôle de Mickey dans la saga Rocky. Quant à Time Enough at Last, il demeure l'un des plus célèbres épisodes de La quatrième dimension...


mardi 19 mai 2026

The Monsters Are Due on Maple Street de Ronald Winston (1960) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

C'est la fin de l'été, dans une petite ville des États-Unis. L'action se déroule à Maple Street, rue centrale et passante de cette cité plutôt tranquille où tout le monde se connaît, tout le monde s'apprécie et où va se dérouler un curieux phénomène vu par une partie de la population. À très exactement dix-huit heures et quarante-trois minutes, précédé d'un intense flash lumineux, un bruit sourd se fait entendre. Les habitants de Maple Street sortent de chez eux, vont dans la rue, s’interrogent et se réunissent sans pour autant comprendre ce qui vient de se produire dans le quartier, au dessus de leur tête. Toutes activités cessantes, hommes et femmes commencent à produire des hypothèses quant à cet étrange phénomène. D'autant plus que depuis qu'il s'est produit, l'électricité a été coupée, le téléphone ne fonctionne plus et les voitures ne veulent plus démarrer. Toutes sauf celle de Les Goodman qui étrangement démarre toute seule. Alors que l'un des adolescents de Maple Street indique que le phénomène qui s'est produit quelques dizaines de minutes auparavant est probablement lié à une invasion prochaine des extraterrestres, celui-ci précise en outre que les envahisseurs ont pour habitude de couper le courant par l'entremise d'éclaireurs installés parmi la population afin d'isoler les habitants du monde extérieur... Certains d'entre eux ne vont pas tarder à alimenter la psychose, persuadés que seule la voiture de Les Goodman et que son habitude régulière de regarder le ciel lorsque se couche le soleil font de lui et de sa famille des extraterrestres venus observer l'espèce humaine avant l'invasion... Écrit comme très souvent par Rod Serling et réalisé par Ronald Winston, The Monsters Are Due on Maple Street s'installe dans un contexte de guerre froide où l'Amérique s'effraie d'une hypothétique invasion de l'URSS dans l'Europe Occidentale et de la progression du communisme à l'échelle mondiale. Dans cet épisode de The Twilight Zone (La quatrième dimension) datant de 1960 et diffusé pour la première fois aux États-Unis le 4 mars de la même année, scénariste et réalisateur ne font pas mystère de cette crainte tout en invoquant non plus la Peur des Rouges, période durant laquelle les américains soupçonnaient que l'Armée, les universités, le Gouvernements et d'autres institutions étaient probablement infiltrés par des espions communistes, mais bien une invasion venue de l'espace...


Un sentiment cultivé par ce jeune garçon qui à travers son récit va déclencher une véritable épidémie de folie paranoïaque parmi la population. Chacun cherchant sa réponse aux événements qui se produisent. Première victime évidente, Les Goodman. Un homme qui se lie plutôt rarement avec ses voisins dans une Amérique bien connue pour cultiver notamment chez les habitants de certains lotissements, des habitudes dites de ''Bon voisinage''. Entretien de la pelouse (la hauteur de l'herbe étant l'une des conditions sine qua non d'une bonne entente entre voisins), respect des horaires de couvre-feu, tranquillité et discrétion, barbecues entre voisins, etc... Rapidement, deux clans s'affrontent. Ceux qui préfèrent attendre d'avoir davantage d'informations sur ce qui s'est produit plus tôt dans la journée et ceux qui vont rapidement se focaliser sur Les Goodman et ses proches. Dans un esprit très ''science-fiction paranoïaque'', The Monsters Are Due on Maple Street montre les dérives de l'humanité lorsqu'elle est confronté à un événement qu'elle ne connaît, ne maîtrise et ne comprend pas ! Le spectateur est pris ici à témoin d'un chaos à l'échelle d'un petit quartier où certains tentent de raisonner avec modération quand toute rationalité à quitté l'esprit d'autres habitants. Cachant leur peur et leur incompréhension derrière une violence verbale et physique encore bien réelle de nos jours. Face à ce constat affligeant d'une humanité ayant opté pour une attitude peu réfléchie et ancrée dans une certaine forme de régression intellectuelle, de décivilisation et d'ensauvagement, Rod Serling et Ronald Winston apportent une réponse cinglante produite effectivement à travers des observateurs qui de loin constatent qu'en ''Mettant en panne le courant, en coupant le téléphone et en les plongeant quelques heures dans le noir, les humains réagissent immédiatement selon les mêmes critères. Il leur faut un suspect sur lequel ils vont pouvoir s'acharner. Il suffit alors de patienter...''

 

mardi 5 mai 2026

Les chroniques de Riddick : Pitch Black de David Twohy (2000) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Dire que je fondais tous mes espoirs sur cette première aventure cinématographique du personnage créé par Jim Wheat, Ken Wheat et David Twohy serait très exagéré. Car si même l'évocation du Hunter Gratzer (ce vaisseau de transport passager et de commerce voguant dans l'espace en pilotage automatique qui me fit immédiatement et furieusement penser au cargo de transport de minerai Nostromo du chef-d’œuvre de Ridley Scott Alien, le huitième passager) me donna l'envie de me plonger dans l'univers de son personnage principal, Riddick, j'allais employer un maximum de précautions. Méfiant comme un pou face à la présence de Vin Diesel, acteur pour lequel je me découvris très vite une réelle aversion alors même que de mémoire je ne me souviens pas avoir jamais vu un seul de ses films. Vin Diesel, oui... Acteur branché ''action'', à la sensibilité de défourailleur d'antagonistes en tous genres qui dans le cas de ces Chroniques de Riddick : Pitch Black de David Twohy ne font évidemment pas le poids face à un mythe qui plus de vingt ans en arrière fit entrer dans la légende des icônes du cinéma d'épouvante, le magnifique xénomorphe du plasticien suisse Hans Ruedi Giger et sa principale adversaire, Ellen Louise Ripley plus connue sous le diminutif de Ripley... On a beau dire, et même parmi ceux qui détestent, n'importe quoi, mais personne n'a depuis Ridley Scott jamais fait mieux... à part, peut-être, James Cameron pour ceux qui privilégient l'action au suspens... Mais ça, c'est une autre histoire. Ici, David Twohy nous plonge pour les premières aventures de son héros Riddick à la surface d'une planète hostile, au climat sec et désertique, éclairé par trois soleils et sur laquelle vient justement s'écraser le Hunter Gratzer. Un ''atterrissage'' difficile qui cause plusieurs morts tandis que les survivants vont rapidement se mettre en route pour trouver de l'eau avant de mourir de déshydratation. Mais tout comme les spectateurs, la pilote Carolyn Fry (Radha Mitchell) ainsi que Johns (Cole Hauser), Imam (Lewis Fitz-Gerald) et plusieurs autres survivants dont deux gosses vont devoir affronter bien plus dangereux que le soleil brûlant et le manque d'eau et de nourriture. En effet, cette planète, située dans le système apparemment tout à fait imaginaire du nom de M-344/G, abrite des créatures qui patientent depuis plus de vingt ans qu'une nouvelle éclipse la plonge dans une obscurité totale pour sortir de leur terrier. Lorsque Johns se rend compte du danger, il libère Riddick qui jusque là était fait prisonnier. En effet, s'il s'agit d'un très dangereux criminel, l'homme possède cependant un atout qui va s'avérer primordial : il est capable de voir dans le noir...


Je ne sais pas s'il faut considérer Vin Diesel comme l'assurance de passer un spectacle sinon vertigineux, du moins agréable mais avec cette conscience qui je trouve reflète chez son personnage celle d'un outil industriel autonome fabriquant des aliments pour animaux domestiques dans une usine de conserves, il est évident que le mot ''finesse'' et ''profondeur'' d'âmes ne sont pas des termes qui à proprement parler lui collent à la peau. Star de Fast and Furious, cette autre franchise, cette fois-ci interminable, Vin Diesel murmure plus qu'il n'en impose d'une éventuelle voix grave qui aurait collé à sa physionomie de porteurs de poids lourds. Face à lui, l'actrice Radha Mitchell que l'on a pu notamment découvrir en héroïne dans l'excellent Silent Hill de Christophe Gans en 2006 joue sans trop de force sur ses atouts féminins. Une bête et une belle affrontant ensemble des hordes de créatures... comment dire.... ''xénomorphiques'' (?) du plus détestable effet. Et dire que je lisais quelque part qu'elles étaient comparables à l'alien de Ridley Scott ! Une blague ! Pour qui aime ce genre de délire brutal entre action, science-fiction et horreur, c'est la panacée. Pour ceux qui aiment pouvoir se complaire devant une œuvre qui repose davantage sur l'émotion ressentie devant un bon film d'épouvante, c'est la désillusion. Doté d'une direction artistique unique mais qui déplaira sans doute à une partie des spectateurs malgré des choix esthétiques qui méritent d'être mentionnés (bravo au directeur de la photographie David Eggby), l'âge et le budget moyen des Chroniques de Riddick : Pitch Black posent un véritable problème depuis que le long-métrage à dépassé le quart de siècle : les effets-spéciaux sont souvent à la ramasse et ne parviennent pas à cacher leurs origines numériques. Mais au fond, quelle importance ? Car au delà de cette faille visuelle qui aura pour conséquence de sortir le spectateur du récit, Les Chroniques de Riddick : Pitch Black n'a en réalité pas grand chose d'innovant à nous proposer. Pas même en cette année 2000 où le film sort sur les écrans. Bourrins et exécuté sans finesse aucune, l’œuvre de David Twohy est objectivement plus proche de la série Z que du classique de la science-fiction. Ceci étant du moins mon point de vue...

 

jeudi 2 avril 2026

The Curious Female de Paul Rapp (1969) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Nous sommes en 2427 et tandis que l'humanité est désormais régie par un superordinateur, les mœurs ont depuis longtemps été radicalement transformées et sont maintenant conduites par cet alter ego du Big Brother de George Orwell. Resté longtemps assistant de direction et réalisateur de seconde équipe, Paul Rapp (lequel n'a bien évidemment aucun lien de parenté avec le regretté Bernard Rapp aujourd'hui disparu depuis presque vingt ans) n'aura signé que deux longs-métrages sous son seul nom. Celui que l'on va donc évoquer ici et qui à vu le jours à la toute fin des années soixante ainsi que le documentaire sportif Go for it qui sortira sept ans plus tard... Derrière le très énigmatique titre The Curious Female, le cinéaste américain se retranche derrière son propre script qui parfois semble avoir été écrit sous l'influence d'opiacées tant le film se joue de la libération sexuelle et son fameux slogan ''Faites l'amour, pas la guerre'' né dans le contexte de la guerre du Vietnam et notamment associé aux mouvements pacifistes... Dans un monde où l'hygiène sexuelle a ses codes et ses réserves, un couple a choisi de braver les interdits en projetant de vieilles bobines de films censurés qui à notre époque relataient la sexualité dans sa forme la plus débridée. En réalité, rien de comparable avec les orgies auxquelles s'adonnent dans ce futur dystopique les spectateurs venus découvrir comment leurs plus vieux ancêtres envisageaient leur sexualité. Hommes et femmes s’entrelacent dans un bain de chairs qui rappellent peu ou prou le mythe des orgies romaines sans toutefois repousser les limites de l'indécence que connu la version hard du classique du péplum érotico-pornographique réalisé en 1979 par le cinéaste italien Tinto Brass, Caligula. En effet, dix ans avant ce véritable choc cinématographique alliant les scènes de sexe les plus crues à de spectaculaires mises en scène de la souffrance, The Curious Female paraît désormais bien timide même si la nudité y demeure l'un des sujets essentiels de cette œuvre que l'on évoquera sous le terme de comédie de science-fiction érotico-psychédélique... Au-delà de son évidente légèreté, son auteur aime se jouer du caractère parfois ambigu de certaines relations et d'attitudes vis à vis de son prochain du sexe opposé qui aujourd'hui ne devrait logiquement plus avoir court. Tout en ayant à contrario le culot de juger certains actes en les glorifiant à travers cette recherche de l'interdit traduit par un monde qui réprouve toute forme d'excès...


Bref, on se touche, s'embrasse et se fait l'amour sans complexes et à l'abri du regard du superordinateur temporairement déconnecté pour ressentir des sensations appartenant au passé et qui pour Susan (interprétée par la délicieuse Angélique Pettyjohn qui la même année joua dans Le Médecin dément de l'île de sang de Gerardo de Leon) restaient jusque là insoupçonnables. Dans des décors kitschissimes propres aux années soixante et aux productions à petit budget, The Curious Female démarre donc comme un long-métrage de science-fiction mêlant mobilier futuriste et costumes de la Rome Antique avant de faire un bond à travers le passé lors de la projection d'un vieux long-métrage mettant en scène trois jeunes femmes vierges (la virginité étant au centre du débat). Alors qu'en 2427, les adolescentes âgées de 13 ans seulement sont systématiquement envoyées se faire dépuceler par des hommes beaucoup plus âgés qu'elles, interdisant ainsi à ces dernières de concevoir ce qu'est réellement le concept de virginité, le film qui leur est projeté montre qu'à une certaine époque, celles-ci avaient le pouvoir de maîtriser leur corps. Un concept qui là encore semble avoir disparu dans le futur... Si The Curious Female traite effectivement de la virginité, il s'essaie également au sujet du viol (parfois incestueux), de la prostitution (les trois jeunes femmes en question étant ''reliées'' à une entreprise qui octroie à de libidineux personnages masculins le droit de cuissage moyennant finances), de ''l'interracialité'' ou de l'homosexualité. Ces deux derniers connaissant une évolution en fin de décennie alors qu'ils étaient jusque là stigmatisés et moralement considérés comme tabous ! Sur un sujet qui donc s'avère particulièrement fort, The Curious Female n'en est pas moins un long-métrage relativement décevant. Du moins, de nos jours puisque prises avec légèreté, la plupart des séquences n'impactent que très peu la conscience du spectateur qui voit davantage en cet Objet Filmique Non Identifié, une blague de potache sexy (sexiste?) où la Femme n'est que l'objet de l'obsession de l'Homme. Une œuvre qui s'inscrit donc bien dans la comédie et moins dans le drame social...

 

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