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dimanche 17 mai 2026

Quatermass and the Pit de Roy Ward Baker (1967) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Dix ans se sont écoulés entre la sortie de Quatermass 2 et celle de Quatermass and the Pit. Confié au réalisateur britannique Roy Ward Baker, ce troisième chapitre des aventures de Bernard Quatermass a connu beaucoup de changements par rapports aux deux précédents volets puisque après le départ de Val Guest qui s'en est allé durant ces dix années qui séparent les opus deux et trois tourner une quinzaine de longs-métrages dont le film de science-fiction The Day the Earth Caught Fire en 1961, a donc laissé sa place à son prolifique compatriote. Accompagnant son changement de réalisateur, Quatermass and the Pit a également fait l'objet d'une refonte totale concernant son casting puisque les interprètes d'origine des deux premiers volets ont disparu. Et notamment l'acteur Brian Donlevy qui en 1955 et 1957 incarna le rôle principal cette fois-ci confié à l'écossais Andrew Keir. L'absence de Brian Donlevy s'explique par le choix du scénariste d'origine Nigel Kneale qui veut alors adoucir les traits du personnage qu'il considérait jusque là un peu trop brutal et autoritaire. De nouveau aux commandes du script, Nigel Kneale impose un personnage beaucoup plus humain, coordonnant chacune de ses actions avec réflexion. C'est donc sans le moindre doute quant à l'acceptation par le public d'un nouvel interprète dans le rôle clé de ce troisième volet que le scénariste caste un nouvel acteur et jette son dévolu sur Andrew Keir malgré la défiance de la Hammer Fim Productions qui avait tout d'abord logiquement et naturellement imaginé l'acteur d'origine dans le rôle de Bernard Quatermass. Ensuite, se pose la question de la misogynie s'agissant de Val Guest qui comme le démontrent les deux premiers films faisait peu de cas des rôles féminins qu'il cantonnait à des tâches globalement subalternes. Des interprètes très secondaires et souvent dans l'ombre de leurs partenaires masculins. Là encore l'on peut noter une nette différence entre les deux premiers longs-métrages et celui de Roy Ward Baker qui implique cette fois-ci de manière beaucoup plus soutenue le personnage de Barbara Judd interprété à l'écran par l'actrice Barbara Shelley. Enfin, et cela est notable, contrairement à The Quatermass Xperiment et Quatermass 2, Quatermass and the Pit sera filmé en couleur et non plus en noir et blanc.


Dans cette nouvelle aventure où la critique envers le Gouvernement demeure toujours aussi féroce, le professeur Bernard Quatermass et son ami le docteur Mathew Roney devront composer avec l'Armée après que de très anciens ossements ainsi qu'une très étrange structure tout d'abord confondue avec un missile allemand de la Seconde Guerre Mondiale aient été déterrés lors de travaux de rénovation effectués dans le quartier de Hobbs Lane à Knightsbridge. Si quelques lignes de dialogues se réfèrent directement au projet avorté de Quatermass dans le précédent volet, Quatermass and the Pit n'entretient en réalité pas grand chose en commun avec les œuvres passées même s'il est encore question ici d'une race extraterrestre enfermée dans ce qui semble donc être un vaisseau spatiale. Une très grande partie du récit se déroule dans le métro londonien, à la station Hobbs Lane. Dans Quatermass and the Pit est tout d'abord évoquée l'hypothèse de restes de très vieux ancêtres de l'homme qui pourraient avoir des origines extraterrestres. Puis vient ensuite l'évocation d'un mythe lié à la sorcellerie à travers la terminologie d'origine du mot Hobs (avec un seul B). Provenant du folklore britannique et désignant notamment ainsi des esprits domestiques ou des gobelins. Si le scénario semble un temps se mélanger les pinceaux entre diverses hypothèses, le film s'ancre pourtant parfaitement dans la mythologie de la saga même si le côté ''Body-Snatching'' n'est désormais plus que résiduel. Bien que dix ans soient passés et que Quatermass and the Pit évoque moins les blessures liées au souvenir de la Seconde Guerre Mondiale, Nigel Kneale y fait pourtant directement référence lors de la découverte de l'objet enfoui sous terre. Un objet qui est au centre de toutes les attentions, des personnages jusqu'aux spectateurs qui se demandent alors ce que peut bien renfermer cette ''fusée'' dont le revêtement est totalement inaltérable ! Bien que l'on avait pris l'habitude de voir Brian Donlevy dans le rôle de Bernard Quatermass, son remplacement par Andrew Keir se fait en douceur. D'autant plus qu'effectivement, le personnage est beaucoup plus plaisant qu'il ne l'était par le passé. Ajoutons à cela la collaboration de la charmante Barbara Shelley qui honore tel qu'il se doit la Femme de sa présence à l'écran...

vendredi 15 mai 2026

Quatermass 2 de Val Guest (1957) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Deux ans après avoir réalisé et écrit en compagnie de Richard H. Landau The Quatermass Experiment sur la base d'un scénario imaginé par l'écrivain anglais Nigel Kneale, le cinéaste britannique Val Guest remet en avant le personnage du professeur Bernard Quatermass dans un récit qui emprunte moins la voie de l'épouvante pour s'inscrire dans un contexte de pure science-fiction. Toujours produit par la Hammer Film Productions et notamment distribué sur le territoire américain par la société de distribution et de production américaine United Artists, Quatermass 2 (sorti chez nous sous le titre La marque) implique différentes thématiques propres au genre. Dix ans avant que les extraterrestres ne viennent envahir notre planète à travers la série culte The Invaders dans laquelle le héros David Vincent tentait souvent vainement de convaincre ses concitoyens de la présence sur Terre d'extraterrestres théoriquement intégrés à notre société, à des milliers de kilomètres de distance, dans la campagne anglaise, Bernard Quatermass allait bien avant lui tenter de persuader les habitants d'un petit village ainsi que son ancien ''partenaire'', l'inspecteur Lomax (désormais incarné en lieu et place de Jack Warner par John Longdon), de la présence dans un complexe flambant neuf situé tout proche de la petite localité de Winnerden Flats, d'individus qui malgré leur apparence, ne sont probablement pas ce qu'ils prétendent être. Tout commence ou presque alors que notre fameux physicien apprend qu'une série de météorites se sont écrasées à Winnerden Flats. Se rendant sur place avec son ami Marsh (Bryan Forbes), les deux hommes découvrent un champ de ruines. La ville ayant été apparemment détruite récemment. Au sol, Marsh ramasse ce qui semble être l'une de ces météorites lorsque celle-ci s'ouvre et laisse s'échapper un gaz très dangereux. L'homme tombe alors au sol. Des militaires lourdement armés débarquent sur place et s'emparent de la victime tout en conseillant à Quatermass de quitter les lieux sur le champ... Curieux de savoir où ces étranges individus ont emmené son ami, le physicien décide d'en parler à l'inspecteur Lomax. Quant au Gouvernement, inutile pour les deux hommes d'espérer le moindre soutien de sa part. C'est donc seuls qu'ils se rendent à Winnerden Flats afin d'enquêter...



Si Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel demeure sans doute l'un des plus célèbres films de science-fiction abordant le thème de la duplication, de la possession ou du remplacement des corps à travers le sujet du ''Body-Snatching'' en 1956, il ne fut pas le seul en ces années cinquante du siècle dernière à s'être aventuré dans cette voie puisque dès l'année suivante, Quatermass 2 s'en est ostensiblement approché. Ici, contrairement aux envahisseurs que traquera David Vincent dix ans plus tard, les extraterrestres sont conformes à l'idée que l'on se fait d'une espèce venue du fin fond de l'espace qui pour se cacher parmi la population prend possession de corps humains. Un fait d'ailleurs explicitement détaillé lors du récit et que va tenter de faire admettre par une population convaincue jusqu'à maintenant du bien-fondé du complexe situé à quelques kilomètres de distance et officiellement chargé de produire des aliments synthétiques. Lors de leur enquête Bernard Quatermass et l'inspecteur Lomax mettront à jour une organisation d'ampleur beaucoup plus effrayante que lors de leurs premières aventures en commun qui évoquait la seule présence sur le sol terrien d'un homme se transformant en une créature indicible dans le premier volet de la saga Quatermass ! Nettement plus ambitieux que son prédécesseur, Quatermass 2 bénéficie de décors réels et beaucoup plus vastes puisque les séquences situées dans le complexe chimique où se trouvent notamment enfermées de gigantesques créatures conçues par divers artisans spécialisés dans les effets-spéciaux de maquillage ont été tournée dans l'authentique raffinerie Shell Haven de Stanford-le-Hope située dans l’Essex. Quant à la cité fictive où sont concentrés les ouvriers qui vivent de l'installation dont ils ne se doutent pas des véritables enjeux, celle-ci prend place à Hemel Hempstead, petite ville du district de Dacorum, dans le Hertfordshire, en Angleterre... Beaucoup plus ouvert vers l'extérieur que le premier opus, cette séquelle peut-être donc vue par essence comme l'ancêtre européen des Envahisseurs, l'aspect paranoïaque en moins. Une œuvre de science-fiction très réussie pour une série de longs-métrages qui connaîtra une interruption de dix années puisque Quatermass and the Pit de Roy Ward Baker ne verra le jour qu'en 1967...


 

jeudi 14 mai 2026

The Quatermass Experiment de Val Guest (1955) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Originaire de Londres, le réalisateur et scénariste britannique Val Guest est surtout connu et reconnu pour avoir participé à l'élaboration d'un certain nombre de films d'horreur en Angleterre sous la houlette de la société de production Hammer Film Productions pour laquelle il signera durant sa carrière, une quinzaine de longs-métrages. Et parmi ceux-ci, les deux premiers volets de la saga constituée de cinq films The Quatermass Xperiment, dont la sortie des divers opus s'étalonna entre 1955 et 2005. Poursuivi avec Quatermass 2 en 1957, Quatermass and the Pit de Roy Ward Baker en 1967, The Quatermass Conclusion de Piers Haggard en 1979 et le reboot téléfilmique de l'original sobrement intitulé The Quatermass Experiment et réalisé en 2005 par Trevor Hampton et Sam Miller, le premier long-métrage de cette série mêlant opportunément science-fiction et épouvante s'inscrit dans un courant de qualité supérieur lorsque de l'autre côté de l'Atlantique, le cinéma américain a vu ces années là, nombre de productions de très faible qualité. Pour ne pas dire d'authentiques navets, une description à laquelle échappe fort heureusement The Quatermass Experiment version 1955. Si la science-fiction et l'épouvante sont deux genres qui cultivent depuis très longtemps un rapport ténu, il faudra probablement attendre le début des années cinquante pour voir émerger un nouveau concept, entremêlant créatures venues de l'espace et ambiance anxiogène. L'un des premiers du genre à avoir vu le jour demeurant The Thing from Another World de Christian Nyby en 1951. Quatre ans plus tard sort donc sur les écrans The Quatermass Experiment de Val Guest pour la Hammer Film Productions après une première apparition du personnage central dans une mini-série éponyme sortie deux ans plus tôt. Dans ce premier long-métrage cinématographique sorti chez nous sous le titre Le monstre, une fusée conçue et envoyée dans l'espace par le British-American Rocket Group du physicien Bernard Quatermass (ici incarné par Brian Donlevy) est de retour vers la Terre mais s'écrase dans la campagne anglaise avec à son bord trois astronautes.


La population du coin afflue, tandis que les pompiers s'apprêtent à ouvrir les vannes des tuyaux d'incendie sur ordre de Quatermass. Lorsque la porte de la fusée est ouverte à distance, un homme en sort, visiblement atteint physiquement par son retour sur notre planète. Secouru par une équipe de médecins, l'homme est transporté, toujours sur ordre de Quatermass, non pas à l’hôpital mais dans le laboratoire du docteur Gordon Briscoe (David King-Wood), un collaborateur du scientifique, permettant ce dernier d'avoir un œil sur le survivant. Alors que les deux autres astronautes ont mystérieusement disparu en laissant derrière eux des combinaisons pourtant attachées à leur siège, Briscoe n'a pas de bonnes nouvelles à annoncer à Quatermass ni à l'épouse de l'astronaute ayant survécu, Victor Carroon (Richard Wordsworth). En effet, l'homme semble être victime d'une maladie qui touche en priorité sa structure osseuse ainsi que son épiderme... Si pour beaucoup l'un des premiers grands classiques à avoir touché à la science-fiction typée ''aventure spatiale'' ou ''présence extraterrestre'' ainsi qu'à l'épouvante reste le mythique Alien, le huitième passager de Ridley Scott en 1979, The Quatermass Experiment n'en est pas moins l'un de ses plus remarquables ancêtres même si ces deux aspects ne sont suggérés qu'à travers le retour de trois astronautes après leur voyage dans l'espace et la lente mutation qui va faire du seul survivant, la victime d'un mal horrible mais aussi très dangereux pour ceux qui croiseront son chemin... Intégralement filmé en noir et blanc, le long-métrage de Val Guest oppose ensuite deux protagonistes. D'un côté Bernard Quatermass, qui voit ici l'occasion de faire des recherches scientifiques et de l'autre, l'inspecteur Lomax (Jack Warner), lequel enquête tout d'abord sur la disparition des deux autres astronautes avant que l'un et l'autre des deux personnages centraux ne viennent à collaborer afin de mettre la main sur un Victor Carroon qui depuis son passage du laboratoire de Briscoe à l’hôpital a finit par s'échapper.


Autre concept que l'on peut évoquer à travers ce classique de la science-fiction et de l'épouvante, le Body-Horror. Car si même dans sa version moderne le genre a surtout été développé par le canadien David Cronenberg dès le début des années soixante-dix, dans sa version beaucoup moins contemporaine, on peut remonter jusqu'aux années 30 à travers l'excellent Frankenstein de James Whale. Et pourtant, dès 1955 et avec The Quatermass Experiment, c'est bien la vision de Val Guest qui se rapproche le plus du concept tel qu'il est développé maintenant depuis plus de cinquante ans. Des chairs en mutation, une transformation globale du corps ainsi qu'une perte de la conscience humaine pour une approche beaucoup plus ''animale'', voire ''bestiale''. En ce sens, The Quatermass Experiment peut être envisagé comme l'un des premiers témoignages d'un courant qui aujourd'hui fait florès sur grand écran. Une œuvre accompagnée d'une bande musicale parfois très innovante pour l'époque et signée du compositeur britannique James Bernard. Notons que si les maquillages prosthétiques appliqués sur le visage de Richard Wordsworth restent encore pour l'époque relativement sobre, le regard halluciné de l'acteur demeure parfois troublant, voire même très inquiétant. Notons enfin qu'au lieu d'avoir appris de ses erreurs, le professeur Bernard Quatermass choisira en conclusion d'envoyer une nouvelle fusée dans l'espace. Ouvrant ainsi la porte à une séquelle qui verra donc le jour deux ans plus tard sous le titre Quatermass 2 aux États-Unis et sous celui de La marque en France...

 

samedi 10 mai 2025

The Assessment de Fleur Fortuné (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Après avoir consacré les quinze dernières années à mettre en scène des courts-métrages et des clips vidéos, la réalisatrice et scénariste française Fleur Fortuné a mis en boite son premier long format en 2024. Intitulé The Assessment sur le plan international et L'évaluation dans nos contrées, le film met en scène un couple désirant concevoir un enfant par grossesse extra-utérine (seule technique autorisée par l'état). À une époque où les ressources mondiales se sont épuisées et où vivre en dehors d'immenses dômes protecteurs est devenu périlleux, Mia et Aaryan acceptent de suivre un test psychologique consistant à accueillir chez eux et durant sept jours une évaluatrice qui va devoir confronter le couple à différents types de situations. Dans un cadre ultra-moderne et pourtant relativement peu ''connecté'', la cinéaste française met en scène ses interprètes dans un contexte qui semble avoir été mille fois traité sur grand écran. En ce sens, l'arrivée de l'évaluatrice Virginia ne paraît pas vraiment diverger de ces situations qui à de nombreuses fois sur grand écran ont confronté des couples à des individus hostiles, fait de chair et de sang ou conçus pour améliorer les conditions de leurs propriétaires. Mais très rapidement, The Assessment s'impose comme une valeur sûre dans les domaines de la science-fiction dystopique, le drame et même, l'épouvante comme les spectateurs pourront le découvrir tout au long du récit. Le couple est formé à l'écran par l'américaine Elizabeth Olsen et le britannique Himesh Patel. Quant à la jeune femme qui bientôt va scrupuleusement étudier leur comportement, elle est incarnée par l'actrice suédoise Alicia Vikander. Si ses partenaires sont excellents, l'intérêt du long-métrage repose en grande partie sur l'interprétation de cette dernière, absolument saisissante dans le rôle de cette évaluatrice rigide et qui cache visiblement certains troubles du comportement. The Assessment évoque donc nombre de films portant sur divers sujets tous réunis autour de ce trio et du décor quasiment exclusif bâtit autour d'une luxueuse demeure et d'une plage de sable noir. Si les intérieurs ont été tournés à Cologne en Allemagne, les extérieurs ont quant à eux été filmés dans la partie nord de Tenerife, une île espagnole qui doit la couleur noire de son sable à son origine volcanique. Quel prix est-on près à payer pour obtenir le droit de concevoir un enfant ?


C'est en partie la question à laquelle tente de répondre Fleur Fortuné qui sur la base d'un scénario écrit par Nell Garfath Cox, Dave Thomas et John Donnelly développe un récit qui fait froid dans le dos et fait appel à l'intrusion d'une tierce personne. Véritable jeu de massacre psychologique pourtant bien plus profond qu'il n'y paraît, The Assessment dérange en ce sens où le spectateur peut très bien imaginer qu'une telle situation puisse survenir un jour prochain. La réalisatrice renforce le script de quelques éléments secondaires qui peuvent paraître à l'origine comme des ajouts subalternes mais qui au fil du temps prennent en réalité tout leur sens. Si Eizabeth Olsen et Himesh Patel interprètent parfaitement leur rôle d'éventuels futurs parents soumis aux desiderata de leur ''invitée'', c'est donc bien Alicia Vikander qui retient toute l'attention du spectateur. Tantôt froide, austère, inflexible et tantôt immature, têtue et destructrice (l'actrice se mettant ainsi dans la peau d'une jeune enfant turbulente afin de tester la résistance du couple), la suédoise marque forcément les esprits. Tout comme le scénario, pervers, limpide, astucieux, ambitieux et mature. En reprenant certains codes du film de science-fiction post-apocalyptique tout en les survolant d'un point de vue strictement superficiel lors du final (le film aurait effectivement mérité de se terminer dans l'antre d'Aaryan ou même quelques minutes auparavant lors la séquence découlant du bouleversant climax entre Mia et Virginia), la réalisatrice empêche son œuvre d'atteindre la perfection. L'une des principales qualités est par contre ici la sobriété avec laquelle la réalisatrice française nous conte ce véritable cauchemar psychologique. Sans jamais se laisser aller à la facilité de l'effet choc tant redouté, The Assissment ne tombe jamais dans les débordements graphiques, ceux-là même qui auraient pu condamner son œuvre à n'être qu'un film d'horreur de plus sous couvert de traiter en premier lieu un sujet fort et ambitieux. Bref, si vous avez pour habitude de détourner le regard lorsque sont accolés ensemble les termes ''Science-fiction'' et ''Prime Video'', faite une exception et plongez-vous sans craintes au cœur de cette redoutable histoire. Une chose est en tout cas certaine : c'est avec une très grande attention que l'on scrutera les prochains travaux de la réalisatrice française Fleur Fortuné...

 

dimanche 12 janvier 2025

Invasion (saison 1) de Simon Kinberg et David Weil (2021) - ★★★★★★★★★☆

 



Alors que la troisième saison est prévue pour cette année, la série de Simon Kinberg et David Weil Invasion est à l'origine une commande de la plateforme de streaming en continu Apple TV+ qui sollicita alors auprès des deux hommes la création d'une série de science-fiction en dix épisodes. Laquelle sera diffusée pour la première fois dès le 22 octobre 2021. Côté mise en scène, la tâche est confiée à plusieurs réalisateurs dont Amanda Marsalis ou Brad Anderson, auteur notamment des géniaux Happy Accidents en 2000, Session 9 en 2001 et The Machinist en 2004. Dans cette série de science-fiction nous contant les aventures d'une poignée d'humains confrontés à d'indicibles créatures venues de l'espace, l'un des principaux atouts demeure justement de ne pas avoir concentré son récit autour d'un unique personnage ou d'avoir situé l'action sur un territoire unique. En effet, Invasion s'intéresse à quatre d'entre eux. L'on découvre ainsi tout d'abord les visages d'Aneesha Malik (l'actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani), de Mitsuki Yamato (la nippo-australienne Shioli Kutsuna), de Trevante Cole (le canadien Shamier Anderson) et du jeune Capsar Morrow (le britannique Billy Barrat). La première est immigrée d'origine moyen-orientale, mère de deux enfants et épouse de Ahmed (Firas Nassar). Aneesha découvre bientôt que ce dernier la trompe avec une influenceuse. La seconde est la compagne d'une astronaute qui lors d'une mission spatiale en partie organisée par la JASA pour laquelle elle travaille elle-même (l'équivalent au Japon de la NASA) a perdu la vie lors d'une collision survenue en orbite autour de la Terre. Le troisième, lui, est un soldat de l'armée américaine envoyé en Afghanistan qui va perdre ses compagnons lors d'une attaque survenue en plein désert. Quant au dernier, victime en outre de harcèlement à son école, le jeune garçon et une quinzaine de ses camarades vont être celles d'un grave accident qui causera la mort de leur accompagnateur lors d'une sortie scolaire.


Tous ces personnages qui n'ont rien en commun si ce n'est de vivre sur la même planète mais dans des régions très éloignées les unes des autres vont avoir en commun de vivre la plus terrifiante expérience de leur vie. Le soucis avec lequel les scénaristes (une dizaine environ) ont caractérisé chacun de ces principaux protagonistes est en contrepartie ce qui semble avoir causé des désagréments chez certains des téléspectateurs. En effet, lors de cette première saison d'Invasion, le but principal semble être moins de proposer un spectacle pyrotechnique doté d'effets-spéciaux numériques dernier cri que de s'intéresser au plus près de cette poignée de héros qui, on le devine, seront au centre de cette invasion extraterrestre des plus hostile. D'un autre côté, c'est sans doute justement cette approche très précisément axée sur la personnalité des protagonistes, sur leur quotidien précédant les premiers indices laissant supposer l'intervention d'une espèce venant d'un autre système solaire qui fait la très grande force de cette première saison. Ce que certains nomment par ''ennui'' est de fait l'aveu des auteurs de la série d'un amour pour leur ''bébé''. Une manière comme une autre de démontrer que Invasion ne sera pas que le pur produit des desiderata d'une production qui veut engranger de l'argent coûte que coûte. Les scénaristes construisent donc tout d'abord le récit autour des personnages principaux et de leurs proches plutôt que de nous asséner directement la vision de créatures belliqueuses dont l'apparence nous laisse malgré tout espérer qu'elles ne sont pas les seules impliquées dans l'invasion.


C'est ainsi qu'Aneesha et sa famille y sont décrits comme des immigrés qui malgré les apparences ne sont pas parfaitement intégrés. La présence de Mitsuki Yamato au sein du récit et la relation qu'elle entretient avec son amante, l'astronaute Hinata Murai qu'incarne l'actrice japonaise Rinko Kikuchi évoque le difficile statut des homosexuels au Japon, pays où notamment, le mariage entre personnes du même sexe est toujours interdit. Trevante Cole, lui, est déchiré entre son envie de retrouver celle qu'il aime mais qui veut le quitter et le désir de retrouver ses compagnons d'arme disparus. Quant à Caspar, lui et ses camarades évoluent dans un contexte social difficile qui maintient certaines tensions entre personnes de même milieu (sa confrontation permanente avec la petite frappe Montgomery Cuttermill qu'interprète le jeune acteur américain Paddy Holland). Le fait de principalement concentrer le récit autour de ces quelques personnages permet à la série, contrairement à ce que prétendent certains, d'être parfaitement rythmée. Et si l'action n'est pas de prime abord le soucis majeur de ses auteurs, le suspens et la lente évolution du thème de l'invasion extraterrestre font d'Invasion une série redoutablement efficace. S'il est vrai que l'on ne voit pas précisément où sont passés les deux-cent millions de budget (les effets-spéciaux demeurant pour l'instant plutôt discrets), les auteurs de la série ont d'abord su créer leur propre univers. Entre science(-fiction), anthropologie et drame, Invasion fut reconduite pour une seconde saison deux ans plus tard, en 2023. Notons enfin la superbe partition musicale de Max Richter qui nimbe cette première saison d'une atmosphère véritablement envoûtante. C'est donc en toute logique que devrait arriver cette année sur nos écrans la troisième, que l'on espère aussi brillante que celle-ci...

lundi 21 octobre 2024

T.I.M de Spencer Brown (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Premier long-métrage du réalisateur, scénariste et acteur britannique Spencer Brown, T.I.M est l'un des nombreux films de science-fiction et d'épouvante qui traitent des problèmes rencontrés avec l'intelligence artificielle. Si le concept remonte au milieu des années 1900 lorsque le scientifique américain Warren Weaver évoqua la possibilité que des machines pourraient traduire un jour et de manière autonome des documents dans des langues étrangères ou lorsque le mathématicien britannique Alan Turing employa le terme d'Intelligence Artificielle pour la première fois en 1950, la démonstration de ses vastes étendues devront par contre attendre longtemps avant d'être exploitées sur grand écran. Moins récent qu'il n'y paraît, le sujet fut notamment et indirectement traité dans le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, 2001, l'odyssée de l'espace en 1968 à travers l'ordinateur de bord HAL 9000 du vaisseau spatial Discovery One. Proposant l'éventualité de complications liées à un dysfonctionnement interne de la machine, le film se proposait ainsi de mettre en danger son ''créateur'', dans un combat acharné entre l'homme et la machine. Une thématique que l'on retrouvera bien des années plus tard dans le premier volet de la franchise Terminator ainsi que dans ses suites. Film dans lequel James Cameron opposait l'humanité à une prise du pouvoir par les machines dans un futur pas si lointain de nous. Ses héros menant là aussi un combat dans le présent tout aussi obstiné contre un organisme cybernétique (ou Cyborg) modèle T-800. Entre ces deux classiques de la science-fiction où pointent une grande part de nos peurs, l'on pourrait également citer l'officier scientifique Ash qui lors d'un twist remarquablement saisissant dévoilera sa véritable origine d'Androïde dans le Alien de Ridley Scott en 1979. Mais HAL 9000, le T-800 et ASH ne représentant qu'une toute petite poignée, mais pas des moindres, d'une foule de propositions dans le domaine de l'intelligence artificielle, le cinéma en a vu naître depuis des légions sur grand écran. Un autre genre s'est imposé dans un registre légèrement éloigné de la science-fiction pour se rapprocher davantage du fantastique. Ponctuellement et de façon quasi métronomique, le cinéma dit d'horreur a depuis Child's Play de Tom Holland en 1986 mis en scène des ''jouets'' tout d'abord créés à l'attention des enfants, art qui se perpétue encore de nos jours, avant d'encourager la production de machines cette fois-ci réalisées à l'attention de leurs parents. Au départ, des systèmes électroniques ou mécaniques mus par l'esprit d'un défunt maléfique ou atteints de défaillances. Plus tard, et avec la mode des films de fantômes et de démons l'on a vu émerger toute une foule de longs-métrages comme Annabelle de John R. Leonetti en 2014. Entre-temps, le genre est revenu à l'une de ses premières amours croisée à l'origine au détour d'un xénomorphe à occire !


Des années après l'androïde de Alien, ceux de Blade Runner ou de Terminator, d'autres ont montré le bout de leur nez sous un jour tout d'abord optimiste avant de révéler leur véritable nature. Deux exemples avec Ex Machina d'Alex Garland en 2015 et M3GAN de Gerard Johnstone qui contrairement aux autres s'inscrivent dans le contexte chaleureux du foyer familial où tout danger semble tout d'abord être écarté. La technologie avançant à grands pas et sans doute plus rapidement que le septième art qui ne fait généralement que ressasser les mêmes obsessions, T.I.M se révèle donc n'être qu'une énième itération d'un sujet qui pourtant continue de faire frémir à l'idée qu'un tel dispositif d'intelligence Artificielle couplé à la domotique puisse être mis en place dans la demeure de n'importe quels particuliers ! Fraîchement débarquée dans l'entreprise Integrate Robotic et chargée par son PDG d'améliorer le fonctionnement d'automates à l'apparence et au comportement très proches de l'homme, Abi, ainsi son époux, sont contraints par le PDG de la boite d'accueillir l'humanoïde T.I.M dans leur nouvelle demeure. Sorte d'aide-ménager en mode 10.0, capable d'accomplir n'importe quelle tâche tout en étant en possession de restrictions qui l'empêchent notamment d'entrer physiquement en contact avec l'humain. Programmé pour n'obéir qu'à Abi (incarnée par l'une des actuelles égéries du cinéma d'épouvante que l'on a pu notamment découvrir dans Barbare en 2022, dans Bird Box : Barcelona en 2023 ou dans Les guetteurs cette année), T.I.M va rapidement se découvrir un intérêt pour la très jolie jeune femme au grand dam de Paul, son époux avec lequel elle espère très prochainement avoir un enfant. Première remarque plutôt positive à faire à l'encontre du long-métrage de Spencer Brown : son Cyborg, interprété par Eamon Farren s'avère relativement troublant. De ce fait, l'acteur imprime à son personnage une attitude dérangeante de type intrusive. Si le réalisateur ne prend pas de gants et nous plonge quasiment instantanément au cœur de l'intrigue, c'est parce qu'il a sans doute conscience que son public sait très précisément à quoi il a à faire. Si la formule n'est évidemment pas toute neuve, T.I.M est capable tout comme ses prédécesseurs de créer un climat d'angoisse et d'oppression propre à ce type de sujet où l'épouse est incapable de voir ce que trame le cyborg tandis que son époux tente par tous les moyens, mais sans jamais y parvenir, de lui ouvrir les yeux. Si l'on connaît déjà le fin mot de l'histoire, on ne peut cependant s'empêcher d'angoisser sur le sort des protagonistes et de s'agacer devant ce calme impérial qu'affiche en permanence l'antagoniste du récit. Le long-métrage de Spencer Brown n'est certes pas très original mais il a au moins le mérite de faire aussi bien que les autres films du genre. Bref, si vous aimez le concept, T.I.M ne vous décevra que si vous vous attendiez à un minimum d'originalité...

 

jeudi 15 août 2024

Storage 24 de Johannes Roberts (2011) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Pour ce nouvel article, nous allons évoquer un petit film de science-fiction datant de l'année 2011. Que pourrons-nous retenir de véritablement vertueux dans cette petite production anglaise intitulée Storage 24 ? Que les interprètes semblent faire tout ce qu'ils peuvent pour garder leur sang-froid devant ce script indigent qui leur fut mis entre les mains ? Sans doute... Car à part leur implication, si petite soit leur contribution à rendre passionnant le récit, le long-métrage doit tout d'abord s'observer comme un petit film de science-fiction condamné aux services en ligne de VOD... Le genre de production britannique dotée d'un budget inférieur à deux millions de sterling qui situe son action dans un décor unique qui aura au moins l'avantage d'être original. Celui d'un entrepôt de stockage réservé aux particuliers et où vont notamment se retrouver cinq amis prénommés Nikki, Shelley, Mark, Charlie et Chris. Lesquels sont respectivement incarnés par Laura Haddock, Antonia Campbell-Hugues, Colin O'Donoghue, Noël Clarke et Jamie Thomas King... Sous ses airs de film d'horreur et de science-fiction dans lequel nos quatre protagonistes vont se retrouver enfermés dans l'entrepôt en question ainsi qu'aux prises avec un alien qui semble s'être échappé d'un avion qui s'est écrasé en plein cœur de Londres, Storage 24 va surtout nous bassiner durant des dizaines de minutes à travers la délicate relation entre les uns et les autres. Nikki a quitté Charlie. Une situation que celui-ci semble accepter avec la plus grande difficulté. S'ils sont de nouveau réunis dans cet entrepôt, c'est justement parce que la jeune femme a proposé que son ex petit ami vienne récupérer les affaires qu'elle y avait entreposé.


Là où tout se complique, c'est lorsque Charlie découvre que son ami Mark entretient désormais une relation avec Nikki ! Dans des décors grisâtres semblant parfois avoir été empruntés au jeu vidéo conceptuel Mirror's Edge en mode souterrain, les environnements sont fades et répétitifs. Comme un jeu vidéo dont les concepteurs n'auraient fait que reproduire invariablement au fil des niveaux, les mêmes et uniques décors ! Bref, Storage 24 est visuellement triste. L'on s'accordera par contre sur le fait que ces dits environnements peuvent être le terrain de jeu parfait pour une créature cherchant à ôter la vie de celles et ceux de nos semblables qui croiseront son chemin. Le long-métrage de Johannes Roberts, c'est un peu comme l'accouplement bâtard entre le Soap Opera Les feux de l'amour et le Alien de Ridley Scott. Les dialogues n'ont évidemment pas le moindre intérêt même si, pour une fois, le scénario nous épargne les habituels protagonistes bas du front. Confrontés à une créature prosthétiquement digne des grandes heures du cinéma transalpin des années quatre-vingt lorsque celui-ci offrait à la pelle des Mockbusters de science-fiction, Nos héros vont reproduire à l'envi toute une partie des séquences emblématiques du chef-d’œuvre de Ridley Scott qu'aura intégré Johannes Roberts dans son imaginaire... dDéplacements au sein de corridors labyrinthiques, dans des couloirs de ventilation très étroits, attaques subites de l'alien, le réalisateur pousse même le vice à reproduire la fameuse séquence de Alien 3 de David Fincher dans laquelle Ripley se retrouvait avec la gueule du xénomorphe à seulement quelques centimètre de son visage ! En dehors de quelques séquences d'action relativement rares, reconnaissons que Storage 24 est vraiment chiant ! Des CGI d'une autre époque, un scénario et une mise en scène flemmards et des lignes de dialogues insipides....

 

samedi 25 mai 2024

Light de Matt Woollard (2024) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Attention, attention! Vous vous apprêtez à vivre l'une des expériences cinématographiques parmi les plus inattendues. Avec son pitch, Light semble nous promettre une aventure digne des deux premiers volets de la franchise Alien. Une alternative dont les ambitions ne seront jamais atteintes. Car plutôt que de nous offrir une science-fiction extrêmement tendue et en vase clos ou opposant des soldats suréquipés à de très hostiles créatures xénomorphes, le réalisateur Matt Woollard nous ''gratifie'' d'une expérience dont les qualificatifs même les plus virulents n'auront jamais suffisamment grâce aux yeux de celles et ceux qui s'y seront laissés piégés. Pour un premier long-métrage, l'auteur qui jusque là n'avait réalisé que le court The Hike dix ans auparavant réussit l'exploit de retenir en otage le spectateur, lequel va très vite être happé par l'indigence de la mise en scène, de l'interprétation, du montage et de tout ou presque ce qui constitue l'architecture technique et artistique de Light. Matt Woolard ne nous laisse absolument pas le choix. Enfermés dans un bocal emplit d'une brume aussi plaisante à subir qu'un gaz moutarde ou lacrymogène jeté au sein de manifestants, le film est une expérience à ne surtout pas prendre à la légère. Surtout si l'on a choisi de la regarder jusqu'au bout. Il n'est pas rare d'exprimer le vide qui caractérise certaines œuvres. Lesquelles souffrent généralement de tares innombrables et dignes d'être évoquées. Sachez-le : Light les enfonce toutes ! Sans distinction de genre, ce minuscule film de science-fiction visuellement opaque restera sans doute comme l'une des ultimes expériences dans le domaine du remplissage par le vide. Concrètement, Matt Woollard, lequel en est également le scénariste, nous invite à suivre les pas de Niu, Tallie, Avel et d'un gamin, rescapés d'un vaisseau qui vient de s'écraser sur le sol d'une planète particulièrement hostile. Chacun est séparé des autres et vue la purée de pois que les survivants et les spectateurs vont subir de la toute première à la toute dernière minute, la lumière du titre sera la bienvenue... enfin, en théorie. Parce qu'en pratique, l'expérience va s'avérer des plus problématique. Durant presque cent minutes, c'est à dire une éternité et même bien au-delà, Matt Woollard va filmer ses protagonistes de près... de très près... de trop près, même. L'architecture des lieux part d'un principe simple à comprendre.


Quand on n'a pas de pognon pour filmer en gros plans ou en plans larges un décor et ses divers mobiliers, on attend qu'une épaisse brume fasse son apparition et envahisse le tout dans ses moindres interstices. Apparemment, le technicien chargé de la machine à créer de la brume (qui dû engloutir la majeure partie du budget, cela va sans dire) s'est emmêlé les pinceaux et n'a pas dû bien lire la notice concernant la façon de l'arrêter. Putain de brouillard, non mais, ça ressemble presque à une blague. Y'en a partout. Et quand je dis partout, ça veut dire partout. Chaque plan, chaque lieu, c'est à se demander pourquoi Matt Woollard n'a pas plutôt choisi de titrer son film Fog plutôt que Light. Et tiens, tant qu'à changer le titre, il aurait tout aussi bien pu l'appeler Parkinson ou encore Je tourne mon film avec le bras droit amputé et le gauche paralysé... Non content de subir l'agressive présence d'une brume artificielle à peine dérangée par d'étranges silhouettes et lueurs de type extraterrestres, le spectateur constate avec effroi que le réalisateur semble incapable de stabiliser sa caméra. Et l'on n'évoque ici rien de commun avec la mise en scène épileptique d'un quelconque Found-Footage. Ici, rien d'autre ne justifie que celle-ci bouge avec autant de ténacité que l'absence totale de talent du réalisateur. Et c'était sans compter sur l'un des très gros points noirs du long-métrage. Car outre la mise en scène, donc, mais aussi l'écriture particulièrement flemmarde (les événements tournent en boucle) ou les dialogues d'une vacuité et d'une mièvrerie qui donneraient la gerbe aux fans absolus de Philippe Clair, le montage pose problème. Soit Matt Woollard y était aux abonnés absents, soit celui qui fut chargé de monter le film fut un schizophrène dont le cerveau fut au bord de l'implosion et qui en céphaloclastophile averti, s'est dit que de partager sa passion pour les casse-têtes devait forcément passer par un montage chaotique ! Bref, vous l'aurez compris, Light est raté sur toute la ligne. Rien à sauver du naufrage, pas mêmes ses protagonistes. On serait presque tenté de voir en la personne de Matt Woolard un type suffisamment atteint de troubles de la personnalité histrionique pour pondre une œuvre si mauvaise qu'elle ferait fatalement parler d'elle. Peine perdue puisque jusqu'à aujourd'hui, les documents qui évoquent Light s'avèrent excessivement rares... Tant mieux !

 

jeudi 16 décembre 2021

Satellite in the Sky de Paul Dickson (1956) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si le premier vol spatial orbital eu lieu le 6 octobre 1957, ce furent les russes qui envoyèrent le satellite Spoutnik 1 en orbite autour de notre planète. Pour l'instant, l'engin est à l'époque vide de toute présence humaine. Il faudra attendre le 3 novembre de la même année pour que le projet soviétique lance en orbite la chienne russe Laïka à bord de Spoutnik 2. Il faudra attendre quatre années supplémentaires pour qu'un homme puisse enfin effectuer pour la première fois, un vol dans l'espace. Une fois encore dans l'histoire de la conquête spatiale, c'est l'Union Soviétique qui prendra de l'avance sur les États-Unis en y envoyant le 12 avril 1961 le célèbre cosmonaute Youri Alekseïevitch Gagarine. Jusque là, l'hypothèse selon laquelle un jour il sera possible d'envoyer un homme dans l'espace est décrite dans un certain nombre de longs-métrages de fiction parmi lesquels Satellite in the Sky demeura en 1956, comme l'une des propositions les plus sérieuses. Car c'est bien au premier degré que le réalisateur Paul Dickson qui débutait sa carrière quelques années auparavant en tournant toute une série de documentaires et de courts-métrages aborde ce qui sera son troisième film personnel (il aura réalisé en 1954 l'anthologie Tale of three Women en collaboration avec Thelma Connell) sur un ton moins ''divertissant'' que ne l'entreprendront d'autres cinéastes. Ce qui n'empêchera pas Satellite in the Sky d'appliquer à son œuvre les sempiternels gimmick qui dans les années cinquante étaient parfaitement reconnaissables dans le genre qui nous intéresse ici, soit, la science-fiction...


L'élément féminin y étant une ''donnée'' perpétuellement rare, son expression est figurée par la présence non plus de la fille d'un scientifique comme cela était majoritairement le cas mais d'une journaliste. Vouée à son métier au point qu'elle se retrouvera directement au cœur de l'intrigue en se positionnant en passagère clandestine à bord du Stardust. Un projet de navette sur lequel travaillent depuis cinq ans une équipe de scientifiques. Mais de là à l'envoyer déjà dans l'espace avec à son bord un groupe de cosmonautes, il n'est pas encore question. Car l'équipe formée autour du Commandant Michael Hayden (l'acteur Kieron Moore) et Larry Noble (Jimmy Hanley) doivent tout d'abord travailler sur un nouveau carburant capable de permettre à un engin de quitter l'atmosphère pour se positionner en orbite autour de notre planète. Après avoir obtenu des résultats plus que convaincants, la presse est convoquée et parmi elle, la jeune et ambitieuse Kim Hamilton (Lois Maxwell). Une opposante qui dénigre l'idée de faire prendre des risques à des hommes capables de mettre en péril leur vie dans la conquête de l'espace. D'abord considéré comme un projet strictement scientifique, la veille de leur départ pour les étoiles, Michael Hayden et Larry Noble apprennent de la bouche du professeur Merrity (Donald Wolfit) que la mission à bord du Stardust sera chargée de tester un nouveau modèle de bombe atomique qui devra exploser dans l'espace afin de réduire les effets indésirables. Mais une fois à bord de la navette désormais en orbite autour de la Terre avec à son bord l'équipage constitué de cinq hommes et de la journaliste qui s'est introduite sans autorisation, le lancement de la bombe se déroule mal. Ses propulseurs tombent en panne et par un phénomène d'attraction naturelle, l'ogive et le Stardust restent irrémédiablement ''collés'' l'un à l'autre. L'explosion de la bombe ayant été programmée dans neuf heures, c'est le temps qu'il reste au Commandant Michael Hayden et son équipe pour trouver un moyen de séparer la navette de la bombe...


Comme dans tout film de science-fiction de l'époque, les violons envahissent l'atmosphère, allant même jusqu'à s'emballer lorsque les couples s'embrassent dans de voluptueux baisers cinématographiques. Des séquences qui fort heureusement s'avèrent plutôt rares puisque l'essentiel de l'intrigue tourne autour de ce projet de bombe qui va forcément engendrer un certain désarroi parmi les membres de l'équipe de scientifiques. C'est ainsi donc qu'intervient l'armée avec tout ce qu'elle suppose de machiavélisme même si l'on se rendra compte que pour une fois, celle-ci semblera vouloir prendre autant de soin pour les cosmonautes au moment du danger que pour la bombe qui se révélera en réalité le projet principal. Bien que Satellite in the Sky semble avoir été assez mal accueilli à l'époque de sa sortie, le long-métrage de Paul Dickson est d'assez bonne facture. Les effets-spéciaux à base de maquettes sont plutôt crédibles et l'interprétation à la hauteur des ambitions du projet. Le réalisateur s'y connaît en terme de mise en scène et passe d'un cadre à l'autre, donnant ainsi à l'ensemble un rythme qui n'est pas indéniable. Sans être transcendante, la caractérisation des personnages est suffisamment détaillée. L'on assiste en parallèle à l'aventure spatiale ainsi qu'à une réunion d'urgence entre scientifiques et militaires. L’œuvre de Paul Dickson semble cependant avoir été expurgée de certaines séquences. Comme l'évocation d'un modèle expérimental de navette chargée de rapatrier les cosmonautes mais dont on n'entendra pas plus parler par la suite. Satellite in the Sky paraît vouloir se rapprocher au plus près de la vérité mais se termine dans un final, me semble-t-il, vite expédié. Mais à part ce menu détail, le film est une franche réussite et n'a, malgré les décennie qui se sont écoulées depuis, pas trop mal vieilli...

 

jeudi 22 juillet 2021

Settlers de Wyatt Rockefeller (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 



Total Recall de Paul Verhoeven, Red Planet d'Antony Hoffman, deux exemples de longs-métrages qui évoquent le sujet de la terraformation sur la quatrième planète de notre système solaire. Mars, connue également sous le nom de planète rouge. C'est là que c'est installée une famille de terriens composée de Reza, son épouse Lisa et leur fille Remmy. Régulièrement attaqués par des pillards, Reza et les siens vivent sur une vaste propriété qui semble avoir appartenu à une famille hostile aux habitants de la Terre. N'en pouvant plus des assauts permanents d'étrangers tentant régulièrement de prendre possession des lieux, Reza décide de régler définitivement leurs comptes. Pourtant, après quelques temps, le père de famille ne réapparaît pas et à sa place débarque Jerry, né sur Mars, et qui compte bien se réapproprier les lieux qu'il affirme être la propriété de ses parents disparus... Ce premier long-métrage réalisé par Wyatt Rockefeller d'abord craindre un voyage intérieur quelque peu ennuyeux. Surtout si l'on ne se penche pas au départ sur le synopsis et que l'on imagine être une énième variation sur le thème de Robinson Crusoé transposé dans une œuvre de science-fiction. Car il y est effectivement question de naufrage (celui de cette attachante famille qu'interprètent l'américaine Brooklynn Prince, le britannique Jonny Lee Miller et la franco-algérienne Sofia Boutella) et d'une rencontre entre deux individus (Lisa et Jerry qu'incarne le charismatique acteur portoricain Ismael Cruz Cordova) qui de loin, peut se considérer comme une version décalée de la rencontre entre Robinson Crusoé et le sauvage Vendredi...


L'un des intérêts de Settlers est bien évidemment la question des lieux où se déroule l'intrigue. On s'étonne au départ de la possibilité pour ses colons d'y respirer à l'air libre. Est alors engagée une foule de questions qui peuvent aller de la simple supposition que les lieux aient été mis sous cloche, jusqu'à exprimer l'idée un peu folle que ceux-ci puissent n'être qu'une alternative au holodeck des différentes séries Star Trek servant de décors à des expériences sur la vie ailleurs que sur notre planète. Puis survient l'assaut des dits étrangers, transformant l'apparente quiétude de la petite famille en sous-Mad Max à poils et sans les moyens où le génie de l'australien George Miller. On espérait un peu d'agitation sans pour autant s'attendre à un long-métrage virant du côté obscure d'une approche primitive. Ce qui fort heureusement ne tardera pas à s'estomper pour se pencher sur les rapports entre Lisa, sa fille Remmy et l'étranger Jerry. Des rapports oscillant entre regards en coin mâtinés de suspicion et jeux de séduction beaucoup plus pervers qu'ils n'y paraissent. À moins que là encore, la peur de la solitude n'y vienne mettre son grain de sel. Le couple formé par Sofia Boutella et Ismael Cruz Cordova s'avère relativement troublant et maintient une partie de l'intérêt qui réside également dans la présence de la jeune Brooklynn Prince, sobre et mature, se trouvant un compagnon en la ''personne'' de Steve, un robot utilitaire qui, chose étonnante, est capable d'apprendre au point de.... enfin, ça, vous le découvrirez par vous-même.

Settlers s'apparente parfois à un western avec ses décors poussiéreux, ses plans larges, sa décrépitude mais son rythme parfois lent ne l'empêche cependant pas de constituer une œuvre très intéressante qui fait autant référence au roman de Daniel Defoe Robinson Crusoé (bien que le film soit uniquement basé sur le scénario écrit par le réalisateur lui-même) qu'à ces histoires sordides de séquestration qui régulièrement noircissent les pages de la presse papier. Cependant, il ne sera pas interdit de demeurer circonspect face à des choix curieux, et notamment lors d'un final qui justifie certains propos mais n'expliquent en revanche pas du tout certains moyens de survivance. Des invraisemblances qui nuisent fort heureusement dans de toutes petites proportions à ce premier long-métrage d'un réalisateur très prometteur et donc, à suivre de très près...


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