Bouh, ce que j'ai pu
prendre comme retard, moua! Allez, on remet les pendules à l'heure
avant de véritablement entamer cette année 2026 qui est déjà
vieille de quinze jours. Pour commencer, on va parler de Else
de Thibault Emin, auteur de trois courts-métrages entre 2006 et 2008
et puis, PAF ! Silence radio côté mise en scène et écriture,
pour changer de poste et être mis en avant par Lewis Eizykman en
2014 avec La momie,
Etienne Fu-Le Saulnier en 2016 avec Little Party
Queen
et Dan Cohen en 2019 avec Oléastre...
De retour derrière la caméra en 2025, Thibault Emin sort donc son
tout premier long-métrage en salle le 28 mai et là, comment dire...
Alors que l'on ne cesse de vanter abusivement le cinéma de Julia
Ducournau, c'est peut-être pourtant du côté de cet ''inconnu''
qu'il fallait voilà huit mois en arrière, détourner le regard.
Objet de fantasme personnel réunissant différentes formes
d'inspiration reconnues ou non par son auteur, Else
semblera sans doute pour certains s'être pourtant perdu dans un
dédale de prétentions. Chose que paraît cependant nier la légèreté
avec laquelle Thibault Emin introduit les personnages. Reprenant le
concept de pandémie sous un jour nouveau, le film tourne autour de
Anx (Matthieu Sampeur) et de Cassandre (Edith Proust). Un couple
étonnant, formé par un homme réservé et introverti face à une
jeune femme, au contraire, plutôt extravertie. Un jeu du chat et de
la souris s'installe entre les deux personnages tandis qu'autour
d'eux, le monde bascule, s'effondre vers un chaos inédit. En effet,
un curieux virus ne transforme non pas les victimes en enragés
basculant dans une violence outrée mais provoque de très étranges
mutations physiologiques. En cela, Else
s'éloigne des contingences habituelles pour osciller vers une forme
de Body Horror
dont l'une des formes les plus saisissantes fut visible voilà plus
de trente-cinq ans dans Tetsuo
du réalisateur japonais Shin'ya Tsukamoto. Œuvre magistrale et
jusqu’au-boutiste incorportant les modifications corporelles dont
était la victime le personnage principal. Sur un ton abandonnant la
configuration cyberpunk et industrielle de ce véritable film culte,
Thibault Emin prépare la ''chair'' à accueillir en son sein, tous
types de matériaux. Le virus contraignant ainsi nos deux jeunes et
fougueux personnages à éviter tout contact avec leur
environnement...
Installés
dans un appartement fourmillant de détails visuels propres à
pousser Anx et Cassandre à commettre l'erreur qui pourrait les faire
rejoindre le lot des victimes, l'un et l'autre jouent à un jeu
passionnel guidé par la jeune femme, beaucoup plus libérée que son
compagnon. Par petites touches, cette idylle dont la posture
''post-adolescente'' amuse parfois est grippée par de menus détails
qui témoignent pourtant du drame qui insidieusement va s'installer
entre les quatre murs de l'appartement. Bruits étranges et contacts
physiques avec certains objets laissant de curieuses blessures. D'un
univers enjoué bien qu'étant pourtant claustrophobe, Thibault Emin
adresse au public un message de prévention autour d'une maladie
physiquement dégénérative dont les conséquences sont plus ou
moins inédites. Bruits étouffés, échanges verbaux avec une
voisine à travers un conduit, ce qui n'est pas sans rappeler
l'univers étrange mais remarquable d'un certain Delicatessen
signé de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet en 1991, Else
installe un inconfort qui culmine lorsque l'appartement est investi
par de drôles de ''créatures'' dotées d'un point sensible :
l'œil ! L'étonnement laisse alors la place à une certaine
forme d'incompréhension sublimée par des plans ravissant le regard
du spectateur. L'un des atouts majeurs du film, car il en existe
bien, est sans doute cet ''échange de bon procédé'' consistant à
figer les victimes du virus dans une posture ''minérale'' alors même
que tout objet inanimé s'en trouve par définition mue d'une vie
propre et ''absorbant'' la vigueur de leur hôte ! Entre
science-fiction, dystopie, comédie romantique, huis-clos, Body
Horror
et voire même horreur cosmique, Else
éprouve la sensibilité des spectateurs en jouant sur différents
tableaux. Si la magie opère parfois, le concept ampoule
malheureusement aussi l'intrigue en ne sachant pas toujours sur quel
pied danser. Plus que la prétention dont Else
semble être gavé, nous évoquerons davantage une ambition, une
générosité et la propension du cinéaste à injecter tout ce qui
lui passe par la tête. En résulte une œuvre qui peut soit perdre
les spectateurs, soit les épuiser, soit finalement les séduire. À
chacun donc de se faire sa propre opinion sur ce premier
long-métrages d'un artise très prometteur...



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