jeudi 15 janvier 2026

Else de Thibault Emin (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Bouh, ce que j'ai pu prendre comme retard, moua! Allez, on remet les pendules à l'heure avant de véritablement entamer cette année 2026 qui est déjà vieille de quinze jours. Pour commencer, on va parler de Else de Thibault Emin, auteur de trois courts-métrages entre 2006 et 2008 et puis, PAF ! Silence radio côté mise en scène et écriture, pour changer de poste et être mis en avant par Lewis Eizykman en 2014 avec La momie, Etienne Fu-Le Saulnier en 2016 avec Little Party Queen et Dan Cohen en 2019 avec Oléastre... De retour derrière la caméra en 2025, Thibault Emin sort donc son tout premier long-métrage en salle le 28 mai et là, comment dire... Alors que l'on ne cesse de vanter abusivement le cinéma de Julia Ducournau, c'est peut-être pourtant du côté de cet ''inconnu'' qu'il fallait voilà huit mois en arrière, détourner le regard. Objet de fantasme personnel réunissant différentes formes d'inspiration reconnues ou non par son auteur, Else semblera sans doute pour certains s'être pourtant perdu dans un dédale de prétentions. Chose que paraît cependant nier la légèreté avec laquelle Thibault Emin introduit les personnages. Reprenant le concept de pandémie sous un jour nouveau, le film tourne autour de Anx (Matthieu Sampeur) et de Cassandre (Edith Proust). Un couple étonnant, formé par un homme réservé et introverti face à une jeune femme, au contraire, plutôt extravertie. Un jeu du chat et de la souris s'installe entre les deux personnages tandis qu'autour d'eux, le monde bascule, s'effondre vers un chaos inédit. En effet, un curieux virus ne transforme non pas les victimes en enragés basculant dans une violence outrée mais provoque de très étranges mutations physiologiques. En cela, Else s'éloigne des contingences habituelles pour osciller vers une forme de Body Horror dont l'une des formes les plus saisissantes fut visible voilà plus de trente-cinq ans dans Tetsuo du réalisateur japonais Shin'ya Tsukamoto. Œuvre magistrale et jusqu’au-boutiste incorportant les modifications corporelles dont était la victime le personnage principal. Sur un ton abandonnant la configuration cyberpunk et industrielle de ce véritable film culte, Thibault Emin prépare la ''chair'' à accueillir en son sein, tous types de matériaux. Le virus contraignant ainsi nos deux jeunes et fougueux personnages à éviter tout contact avec leur environnement...


Installés dans un appartement fourmillant de détails visuels propres à pousser Anx et Cassandre à commettre l'erreur qui pourrait les faire rejoindre le lot des victimes, l'un et l'autre jouent à un jeu passionnel guidé par la jeune femme, beaucoup plus libérée que son compagnon. Par petites touches, cette idylle dont la posture ''post-adolescente'' amuse parfois est grippée par de menus détails qui témoignent pourtant du drame qui insidieusement va s'installer entre les quatre murs de l'appartement. Bruits étranges et contacts physiques avec certains objets laissant de curieuses blessures. D'un univers enjoué bien qu'étant pourtant claustrophobe, Thibault Emin adresse au public un message de prévention autour d'une maladie physiquement dégénérative dont les conséquences sont plus ou moins inédites. Bruits étouffés, échanges verbaux avec une voisine à travers un conduit, ce qui n'est pas sans rappeler l'univers étrange mais remarquable d'un certain Delicatessen signé de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet en 1991, Else installe un inconfort qui culmine lorsque l'appartement est investi par de drôles de ''créatures'' dotées d'un point sensible : l'œil ! L'étonnement laisse alors la place à une certaine forme d'incompréhension sublimée par des plans ravissant le regard du spectateur. L'un des atouts majeurs du film, car il en existe bien, est sans doute cet ''échange de bon procédé'' consistant à figer les victimes du virus dans une posture ''minérale'' alors même que tout objet inanimé s'en trouve par définition mue d'une vie propre et ''absorbant'' la vigueur de leur hôte ! Entre science-fiction, dystopie, comédie romantique, huis-clos, Body Horror et voire même horreur cosmique, Else éprouve la sensibilité des spectateurs en jouant sur différents tableaux. Si la magie opère parfois, le concept ampoule malheureusement aussi l'intrigue en ne sachant pas toujours sur quel pied danser. Plus que la prétention dont Else semble être gavé, nous évoquerons davantage une ambition, une générosité et la propension du cinéaste à injecter tout ce qui lui passe par la tête. En résulte une œuvre qui peut soit perdre les spectateurs, soit les épuiser, soit finalement les séduire. À chacun donc de se faire sa propre opinion sur ce premier long-métrages d'un artise très prometteur...

 

samedi 3 janvier 2026

Ty Kosmos de Pavlo Ostrikov (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 

 


 

Afin de bien débuter l'année et pour ne pas mourir idiots si jamais certains d'entre nous ont prévu de décéder dans les jours, les semaines ou les mois qui viennent, commençons par un petit cours de cosmologie : Découverte par Galilée en 1610, Callisto est l'une des quatre-vingt dix-sept Lune de Jupiter. Sa composition étant essentiellement faite de glace et de roche, elle est étudiée dans l'hypothèse de servir un jour de base humaine... Une information intéressante, n'est-ce pas, mais que semble transgresser l'un des procédés mis en place par une grande compagnie de transport de déchets nucléaires dont le but est d'acheminer ces derniers vers Callisto. Ty Kosmos se déroulant dans un futur proche indéterminé mais probable puisque la technologie spatiale permet les voyages interplanétaires, l'hypothèse d'une installation sur la Lune de Jupiter n'est apparemment plus à l'ordre du jour ! Passé ce que d'aucun des astronomes amateurs pourrait considérer d'absurde, l'intrigue met en scène le cosmonaute Andriy Melnyk (l'acteur ukrainien Volodymyr Kravchuk), un ''camionneur de l'espace'' chargé de transporter des déchets nucléaires afin de les larguer ensuite à la surface de Callisto. Seul membre du cargo spatial Obriy, il est appuyé par la présence du robot Maxim (dont la voix-off est assurée par l'acteur Leonid Popadko lui aussi d'origine ukrainienne), lequel est chargé d'assurer sa sécurité. Doté d'une intelligence Artificielle particulièrement avancée, Maxim veille au bon fonctionnement du cargo et de la santé d'Andriy. Alors que l'Obriy est de retour vers la Terre, à son approche, le cosmonaute découvre qu'une multitude de bombes nucléaires ont explosé à sa surface. Non seulement, toute vie sur la planète est condamnée mais en outre, celle-ci finit par exploser. Il devient donc très urgent pour Andriy de s'en éloigner le plus rapidement possible car des débris filant à plus de dix-mille kilomètres par secondes risquent d'entrer en contact avec le cargo et ainsi de l'endommager plus ou moins sérieusement. Le cosmonaute a alors une idée : se réfugier le plus rapidement possible du côté de la face cachée de Callisto avant que l'Obriy ne soit pas atteint par les débris en question ! Si le cargo se retrouve effectivement à l'abri, il n'aura malheureusement pas su éviter certains débris qui auront en outre touché les réserves de vivres ainsi que le système de refroidissement du réacteur nucléaire. Désormais persuadé d'être l'unique survivant de la Terre, Andriy va cependant recevoir un message en provenance d'une station-spatiale située en orbite autour de Saturne, à des centaines de millions de kilomètres de distance de Callisto...


Sorti à l'internationale sous le titre U are the Universe et de passage au festival du cinéma Hallucinations Collectives en 2025 où il remporta le Prix du Jury et le Grand Prix, Ty Kosmos du réalisateur et scénariste Pavlo Ostrikov est le premier long-métrage du cinéaste ukrainien qui jusque là n'avait tourné que des courts-métrages ainsi que quelques épisodes de série télévisée. Une œuvre de science-fiction réaliste qui n'est certes pas la première à héberger l'idée d'un voyage dans l'espace dont l'équipage ne serait constitué que d'un seul passager. Dans le genre, l'on peut notamment citer Silent Running de Douglas Trumbull, I Am Mother de Grant Sputore, Love de William Eubank ainsi que dans un ordre d'idée similaire, Moon de Duncan Jones ou Seul sur Mars de Ridley Scott dont les protagonistes, isolés, vivent sur une base spatiale (lunaire pour l'un, martienne pour le second). Dans le cas de Ty Kosmos, le ton est rapidement donné. Avec son robot très bavards, collant et capable de raconter des histoires drôles, le film mêle science-fiction et comédie. Ainsi qu'une romance très particulière entre notre cosmonaute et une astronaute d'origine belge incarnée à l'écran par l'actrice Alexia Depicker. Une bonne partie de l'intrigue reposant sur le principe de communication à distance aidée par l'utilisation de traducteurs universels, Pavlo Ostrikov compose donc entre les dangers de l'espace, le contact entre le passager d'un cargo charriant des déchets nucléaires et un robot il est vrai, assez lourd, complété ensuite par l'arrivée d'une autre survivante dont la station risque de quitter l'orbite saturnienne pour venir s'écraser à la surface de la planète. Entre solitude, dés(espoir), extinction de l'humanité, tentative de sauvetage mais mort inéluctable, Ty Kosmos fait sourire, inquiète, charme et peut même parfois émouvoir. D'autant plus que la société Magic Media VFX & Cinematics chargée de réaliser les effets-spéciaux n'a pas pris sa mission à la légère en permettant au spectateur de s'immerger à l'intérieur du cargo ainsi que dans l'espace... Bref, une très bonne surprise...

 

jeudi 1 janvier 2026

Valensole 1965 (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Alors qu'en 2025 Valensole ne compte qu'un peu plus de trois-mille habitants, cette petite commune des Alpes-de-Haute-Provence s'est rendue célèbre à deux occasions. Tout d'abord en 1928, lorsque Jules Ughetto et Stefan Mucha se rendirent cette année là au soir du 2 décembre dans la ferme des Courrelys où il tuèrent les cinq membres de cette famille afin de dérober leurs économies. Arrêtés puis condamnés à la suite de leur procès, le premier sera condamné à mort tandis que le second, alors âgé de seulement seize ans, sera condamné à vingt ans de bagne. Mais lorsque l'on évoque Valensole, c'est moins pour cette sordide affaire criminelle que pour l'événement qui se produisit dans la nuit du 1er juillet 1965 aux environs de 5h45. En effet, alors qu'il travaille dans son champ de lavande, l'agriculteur et apiculteur Maurice Masse est témoin d'un événement extraordinaire. Au beau milieu de son champ de lavande, l'homme aperçoit un engin de forme ovoïde posé au sol avant de distinguer deux êtres de petite taille ne dépassant pas les un mètre. Possédant une grosse tête et vêtus de combinaisons gris-vert, l'un d'eux dirige un objet en sa direction et provoque chez Maurice Masse une paralysie et l'incapacité de parler. Ses autres sens pourtant toujours en éveil, il voit ensuite les deux humanoïdes remonter dans leur engin qui alors s'envole pour disparaître en un instant. Témoignant auprès de son épouse et du propriétaire du bar où il a ses habitudes, ce dernier relègue les informations auprès de plusieurs villageois avant que celles-ci ne remontent rapidement jusqu'à la Gendarmerie... L'on connaît la suite : entre moquerie, scepticisme et intérêt, l'affaire attire curieux, journalistes et même un certain Professeur Lacombe (l'acteur Vincent Roger), ufologue et seul a véritablement croire l'histoire de Maurice Masse... Celles et ceux qui espèrent trouver une alternative hexagonale aux récit produits à la chaîne outre-atlantique peuvent d'ors et déjà passer leur chemin. Avec son allure de téléfilm estival produit pour les chaînes nationales françaises, Valensole 1965 porte un intérêt sans doute certain pour l'extraordinaire mésaventure de son héros mais ne l'aborde jamais sous l'angle exclusif du ''merveilleux'' ou du ''sensationnel''...


Non, ce qui intéresse tout d'abord le réalisateur et scénariste français Dominique Filhol est le point de vue des témoins mais aussi et surtout le ressenti de Maurice Masse, magistralement interprété par Matthias Van Khache. Loin des grandiloquences qui sont le fond de commerce du cinéma tout public, le film porte un regard inédit sur le témoignage de l'un de ces faits relativement extraordinaires qui osa témoigner sans penser au préalable aux conséquences. Car outre la réaction propre à l'entourage direct de Maurice Masse, de son épouse Jeannette (Vahina Giocante) jusqu'aux amis de l'agriculteur, celle des curieux, journalistes et badauds venus se rendre jusqu'à Valensole pour découvrir les lieux ou interroger la ''bête de foire'', Valensole 1965 pose de véritables questions morales sur l'impact social et sur l'isolement d'un témoin qui semble parfois douter non pas de ce qu'il a vu mais mais des répercussions que peuvent engendrer cette rencontre du troisième type sur sa santé mentale et physique. Bien que Valensole 1965 ait bénéficié d'un budget que l'on peut juger de ridicule en ne dépassant que de peu le demi-million, Dominique Filhol réussit le tour de force de pallier au manque de moyens en traitant son sujet sous l'angle de l'émotion et du réalisme. Ce qui n'empêche pas le long-métrage d'offrir quelques vertigineux plans comme ce travelling vertical s'éloignant de Maurice Masse alors plongé dans un lac où lors de cette fameuse séquence durant laquelle une sorte de sonde provenant de la soucoupe est plongée dans le champ de lavande : une série d'images spatiales et terriennes évoquant ''l'histoire'' de notre planète : comme si la sonde en question extrayait la ''mémoire'' de la Terre pour en retenir certaines préoccupations dans l'ère du temps (passé et présent) comme la fonte des glaces ou des guerres nucléaires envisagées dans un futur plus ou moins proche. Valensole 1965 est en outre doté d'une très belle partition musicale que l'on doit au compositeur américain Mark Yaeger. Bref, si l'ufologie vous passionne et en particulier '' La Rencontre de Valensole'', si la sobriété est pour vous de mise lorsqu'il s'agit d'un événement ayant réellement eu lieu et si vous n'êtes pas trop regardant sur le peu de visions ''extraordinaires'' étalées à l'écran, le film de Dominique Filhol est fait pour vous. Personnellement, ma compagne et moi avons été conquis...

 

jeudi 25 décembre 2025

Daehongsu de Byung-woo Kim (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Pour terminer (ou presque) cette année 2025, petit tour vers la Corée du Sud, une contrée que je n'avais cinématographiquement pas parcourue depuis quelques temps et qui depuis le 19 décembre dernier sur Netflix nous convie à une aventure plutôt intéressante qui à travers le dernier long-métrage du réalisateur, scénariste et monteur Byung-woo Kim intitulé Daehongsu mêle les genres avec un certain talent. Sorti à l'internationale sous le titre The Great Flood (ou, La grande inondation), le long-métrage est disponible chez nous sous celui de Submersion. Invitant le spectateur à assister à l'engloutissement d'un ensemble immobilier submergé par plusieurs vagues de tsunamis provoquées par la chute d'une météorite à la surface de notre planète, le pays est désormais partiellement englouti sous les flots. Les différentes calottes glacières se sont effondrées et ont causé une très importante montée des eaux. L'intrigue se déroule donc au sein d'un ensemble d'immeubles et lorsque l'intrigue démarre, l'eau a déjà atteint le second étage de celui où vivent Gu An-na (l'actrice Kim Da-mi) et son fils Shian Ja-in (Kwon Eun-seong). Les pieds dans l'eau, la jeune femme dont l'époux est décédé dans un tragique accident de voiture va alors tenter de survivre en remontant les différents étages de l'immeuble jusqu'à son sommet, accompagnée par un fils plutôt réfractaire à l'idée d'obéir à sa mère. Ce qui aura d'ailleurs souvent tendance à provoquer crispations et agacement chez certains spectateurs qui auront probablement de mauvaises pensées à l'idée que Gu An-na aurait mieux fait d'abandonner son gosse plutôt que de se coltiner ce véritable boulet jusqu'au sommet de l'immeuble. La jeune femme pourra lors de l'aventure compter sur l'agent de sécurité Son Hee-jo (Park Hae-soo) dont la priorité est d'aider la mère et son enfant à accéder au toit où les attend un hélicoptère censé les emmener jusqu'à un abri temporaire... Bref, l'on aura très vite compris que Daehongsu joue ici la carte du film catastrophe. Doté d'excellents effets-spéciaux montrant ponctuellement des vagues de tsunamis emporter des dizaines d'habitants, inondant des étages entiers de l'immeuble et causant par conséquent de nombreuses morts par noyade, le long-métrage de Byung-woo Kim risque tout d'abord de donner des frissons d'épouvante aux personnes atteintes d'ablutophobie. Celles-là même qui donc sont victimes de la peur irrationnelle de mourir par noyade !


Le film est partagé en deux parties. Et lorsque intervient la séquence située sur le toit de l'immeuble alors que le spectateur et les protagonistes viennent de vivre une importante somme de situations critiques (dont la tentative de sauver un enfant coincé dans un ascenseur qui se soldera malheureusement par un échec), tout ou presque semble être dit. Mais alors que l'on découvre que la moitié seulement du récit vient de se dérouler, le film prend une tournure tout à fait inédite... En effet, ce qui jusque là n'était qu'un film catastrophe et de survie se mue en un long-métrage faisant la part belle à la science-fiction. [ATTENTION SPOIL!!!]. En effet, le cinéaste sud-coréen semble rembobiner le récit depuis le tout début de l'aventure. Au moment où Shian (dont le réalisateur n'aurait pas pu trouver meilleur prénom tant il s'avère effectivement... CHIANT!) réveille sa mère. Ce qui offrira l'occasion au spectateur de découvrir que la suite du scénario recèle de nombreux renversements de situation. Alors que la seconde partie s'observera comme une boucle temporelle s'inscrivant dans une réécriture du récit n'ayant pourtant moins à voir avec un bouleversement du temps qu'avec une expérience menant à créer une nouvelle forme d'êtres humains (la survie de l'humanité étant devenue inenvisageable), l'on découvre un projet que l'on n'était jusque là pas en mesure de prévoir. En cela, Daehongsu est plutôt une bonne surprise. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le mélange des genres est plutôt bien réalisé et ne perd jamais vraiment le spectateur dans un gloubiboulga de références s'entrechoquant de manière floue et labyrinthique. Non dénué de défauts et bien que le cinéaste accumule les séquences à effets-spéciaux, l'intrigue se traîne parfois en longueur. Deux heures ou presque à voir les deux héros du récit monter les étages, pour retomber quelques niveaux plus bars concernant Gu An-na et pour la voir ensuite les remonter. L'exercice semble parfois être plus épuisant pour le spectateur qu'il ne l'est pour les protagonistes. Passons sur la séquence durant laquelle la jeune femme se noie mais est réanimée par Son Hee-jo alors qu'elle est encore sous l'eau. S'agissant d'une séquence se déroulant bien avant que l'expérience de la seconde partie n'ait débuté, son réveil alors qu'elle est censée être morte noyée frise le ridicule. Passons également sur les quelque ventres mous larmoyants qui ralentissent l'action et l'on tient là une production plutôt sympathique et originale...

 

dimanche 21 décembre 2025

Somnium de Racheal Cain (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Une expérience captivante est-elle pour autant forcément concluante ? C'est la question que pose Somnium, le tout premier long-métrage réalisé, écrit et produit par l'américaine Racheal Cain qui après avoir étudié au College of Motion Picture Arts de la Florida State University s'est installée à Austin, au Texas. Pour sa première expérience au format long, Rachael Cain crée un univers qui n'est pas loin de se rapprocher de celui de David Lynch qui de son propre aveu est l'une de ses principales sources d'inspiration. Pourtant contrainte à mettre en scène son héroïne avec de faibles moyens budgétaires ayant reposé sur une campagne de crowdfunding lancée en 2018, la cinéaste réussit le tour de force de produire une œuvre qui sort des sentiers battus et qui malgré quelques défauts parvient à captiver. Ayant débuté le tournage en regroupant toutes les séquences de flash-back en 2018, Rachael Cain patientera trois années supplémentaires avant de tourner celles situées dans le présent. Totalement indépendante et ayant donc la possibilité d'avoir un contrôle total sur le projet, seules ses influences semblent lui avoir permis de mettre en scène ce curieux exercice de style, entre science-fiction, épouvante et drame. Une mise en abyme du métier d'actrice principalement interprétée par Chloë Levine, choisie sur les conseils de la directrice de casting qui avant cela s'était notamment fait remarquer dans le très intriguant The Transfiguration de Michael O'Shea qui en 2017 traitait de manière fort originale de l'adolescence, de la violence et... du vampirisme ! Actrice originaire du New Jersey, Chloë Levine incarne ici le rôle de Gemma. Portrait d'une jeune américaine moyenne vouée à reprendre le restaurant familial mais dont les projets sont tout autres. En effet, se rêvant actrice et après s'être séparée de son petit ami Hunter dont elle était très amoureuse (l'acteur Peter Vack), Gemma prend un aller simple pour Los Angeles dans l'espoir de passer des castings et ainsi décrocher un rôle. Mais en attendant, la jeune femme doit tout d'abord s'assurer de ne pas se retrouver à la rue et loue un petit appartement dont elle va payer le loyer en travaillant de nuit dans une obscure entreprise du nom de Somnium. Une clinique spécialisée dans le rêve et permettant à ses clients d'améliorer leur vie. Transformant ainsi leurs projections mentales en réalité. Un protocole long de six semaines qui peut être en cas d'urgence réduit à neuf heures dans le cas du projet Cloud Nine !


L'on observe plusieurs choses. Somnium est traversé de nombreux flash-back introduisant le personnage de Hunter. Définissant ainsi certains choix, entre celui de rester bien à l'abri du cocon familial ou celui de tout mettre en œuvre pour vivre son rêve loin de chez soit. C'est donc à la suite d'une rupture sentimentale que l'héroïne quitte tout pour aller tenter sa chance à Los Angeles. Le rêve, ici, prend différentes formes. Allant du couple entre ambition et optimiste jusqu'au protocole Cloud Nine. Intervient alors un personnage secondaire dont la présence est théoriquement fondamentale si l'on veut comprendre le sens de certaines séquences : Noah (Will Peltz), ce concepteur informatique de génie à l'origine du programme Somnium. Mais là où les choses ne sont plus très claires et donc se compliquent c'est lorsque interviennent chez Gemma certaines ''visions'' cauchemardesques. Car si la frontière entre flash-back, temps présent, réalité et fiction sont dilués dans une mise en scène et un montage qui forcent parfois la concentration du spectateur, la plongée dans le monde des rêves n'est pas toujours facile à identifier. Contrairement à l'univers de Total Recall de Paul Verhoeven qui déjà près de quarante ans en arrière abordait de manière beaucoup plus ''sensationnelle'' le sujet central de Somnium, ici tout semble se mélanger, s'amalgamer afin de confondre la réalité et la fiction dans un désordre scénaristique généralisé. En effet, si l'on observe que Gemma n'est utilisée comme cobaye par Noah que vers la fin du récit, comment peuvent s'expliquer les différentes phases ''paranoïaques'' dont elle est rapidement là victime ? En outre, la jeune femme semble être la seule à prendre conscience durant cette expérience forcée de rêves intenses que rien n'est véritablement réel ! Si l'entreprise de la cinéaste est louable, des trous dans le récit viennent briser la colonne vertébrale du script. Comme l'idée pourtant alléchante d'un programme qui permettrait d'améliorer l'existence d'individus à travers des rêves mais qui logiquement, une fois retournés à leur vie quotidienne seraient contraints de faire face aux turpitudes de leur existence... Malgré des défauts qui pourraient paraître rédhibitoires, Somnium demeure une sympathique expérience, moins sensorielle qu'espéré mais incarnée par une Chloë Levine épatante, joviale, enjouée, souriante, si ce ne sont ces instants de terreur que Rachael Cain n'arrive pourtant malheureusement pas à concrétiser...

 

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