Chef d'un gang de
motards, Trash (le type que vous découvrirez marcher raide droit, un
balai apparemment enfoncé entre les fesses) sauve de justesse la vie
d'Ann, jeune femme d'à peine dix-sept ans et qui lors de sa majorité
devrait assumer seule la responsabilité et la direction de la
douteuse société Manhattan Corporation
créée par son père. Fuyant ses responsabilités, elle s'est donc
retrouvée à New-York, dans le quartier du Bronx où sévissent des
bandes organisées sans foi ni loi. C'est ainsi, donc, qu'elle croise
la route de Trash alors même qu'elle est aux prises avec un gang de
« rollers »
( le cinéaste Enzo G. Castellari ayant eu le culot de pomper, dans
l'esprit, la tenue d'Alex et de ses « drougs »
du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, Orange
Mécanique,
allant même jusqu'à plagier, toujours dans le même esprit, la
fameuse scène du tunnel).
Les
Guerriers du Bronx
(qui aurait tout autant pu s'appeler Bronx :
Champ de Bataille
ou bien Les
Guerriers du Jour (en
référence au classique Guerriers
de la nuit de
Walter Hill, dont il est la plus évidente source d'inspiration) est
ce que l'on a communément l'habitude d'appeler un nanar. Il figure
d'ailleurs dans la longue liste de ces derniers parmi les plus
célèbres.
Certainement
pas pour ses qualités artistiques, sa mise en scène ou son
interprétation mais bien parce que tout ce que l'on est en droit
d'attendre d'un film d'anticipation lui fait défaut. Tourné en
décors naturels dans le quartier du Bronx lui-même, les
contingences de la réglementation italienne imposèrent le tournage
d'une moitié des Guerriers
du Bronx en
Italie.
C'est
ainsi qu'une partie des scènes filmées en intérieurs ont été
tournées dans le pays d'origine du cinéaste.
Les
amateurs du genre reconnaîtront certainement quelques-uns des
interprètes, et notamment l'acteur Georges Eastman qui se fit
surtout connaître pour son rôle de cannibale dans le nullissime (et
en tout cas) beaucoup trop surestimé
Anthropophagous,
Christopher Conelly, que l'on a pu voir dans Les
Prédateurs du Futur
de Ruggero Deodato, ou bien encore l'acteur Fred Williamson, ancien
joueur de football américain, mais aussi et surtout acteur de la
Blaxploitation
dans les années soixante-dix. Le rôle principal a été quant à
lui confié à l'acteur Marco Di Gregorio dont l'inexpressivité
rappelle les résultats obtenus chez certaines femmes auxquelles a
été injectée de la toxine botulique. Le type raide, courbé comme
une guenon attendant patiemment que son mal l'honore, c'est lui
également.
Les
scènes d'action, pourtant nombreuses, sont assez décevantes si l'on
prend en compte qu'elles demeurent l'essentiel de ce que l'on peut
attendre d'un projet de film qui ne peut compter que sur celles-ci.
Heureusement, l'humour (involontaire) vient contrecarrer l'effet de
somnolence. Le film regorge de scènes hilarantes forcément cultes
pour les fans du genre : groupes rivaux maquillés à outrance
(les ancêtres des drag-queen peut-être?), bande musicale alliant
rock fm, variété, musique de cabaret, et opéra grandiloquent
n'ayant ici, pas tout à fait sa place.
Mais
l'un des sommets des Guerriers
du Bronx
demeure la scène durant laquelle (n'allez surtout pas croire que je
veuille m'acharner sur ce pauvre Marco Di Gregorio) l'un des hommes
de Trash meure dans ses bras. Notre héros est si convaincant, si
bouleversant, si désespéré, qu'on a vraiment l'impression qu'il va
déposer un baiser sur les lèvres de son compagnon. Alors même qu'à
la toute fin du film, lorsque celle qu'il aime meurt elle aussi, son
émoi ne semble pas aussi visible. Trash, premier héros en blouson
noir homosexuel du septième art ? Les
Guerriers
du Bronx
est un très mauvais film. Sans doute, même, un très mauvais nanar (ce qui peut vouloir dire au contraire qu'il s'agit d'un classique du genre),
ce qui au demeurant, est plus inquiétant encore. Vite vu et vite
oublié...




