Nous sommes en 2427 et
tandis que l'humanité est désormais régie par un superordinateur,
les mœurs ont depuis longtemps été radicalement transformées et
sont maintenant conduites par cet alter ego du Big Brother
de George Orwell. Resté longtemps assistant de direction et
réalisateur de seconde équipe, Paul Rapp (lequel n'a bien
évidemment aucun lien de parenté avec le regretté Bernard Rapp
aujourd'hui disparu depuis presque vingt ans) n'aura signé que deux
longs-métrages sous son seul nom. Celui que l'on va donc évoquer
ici et qui à vu le jours à la toute fin des années soixante ainsi
que le documentaire sportif Go for it
qui sortira sept ans plus tard... Derrière le très énigmatique
titre The Curious Female,
le cinéaste américain se retranche derrière son propre script qui
parfois semble avoir été écrit sous l'influence d'opiacées tant
le film se joue de la libération sexuelle et son fameux slogan
''Faites l'amour,
pas la guerre''
né dans le contexte de la guerre du Vietnam et notamment associé
aux mouvements pacifistes... Dans un monde où l'hygiène sexuelle a
ses codes et ses réserves, un couple a choisi de braver les
interdits en projetant de vieilles bobines de films censurés qui à
notre époque relataient la sexualité dans sa forme la plus
débridée. En réalité, rien de comparable avec les orgies
auxquelles s'adonnent dans ce futur dystopique les spectateurs venus
découvrir comment leurs plus vieux ancêtres envisageaient leur
sexualité. Hommes et femmes s’entrelacent dans un bain de chairs
qui rappellent peu ou prou le mythe des orgies romaines sans
toutefois repousser les limites de l'indécence que connu la version
hard du classique du péplum érotico-pornographique réalisé en
1979 par le cinéaste italien Tinto Brass, Caligula.
En effet, dix ans avant ce véritable choc cinématographique alliant
les scènes de sexe les plus crues à de spectaculaires mises en
scène de la souffrance, The Curious Female
paraît désormais bien timide même si la nudité y demeure l'un des
sujets essentiels de cette œuvre que l'on évoquera sous le terme de
comédie de science-fiction érotico-psychédélique... Au-delà de
son évidente légèreté, son auteur aime se jouer du caractère
parfois ambigu de certaines relations et d'attitudes vis à vis de
son prochain du sexe opposé qui aujourd'hui ne devrait logiquement
plus avoir court. Tout en ayant à contrario le culot de juger
certains actes en les glorifiant à travers cette recherche de
l'interdit traduit par un monde qui réprouve toute forme d'excès...
Bref,
on se touche, s'embrasse et se fait l'amour sans complexes et à
l'abri du regard du superordinateur temporairement déconnecté pour
ressentir des sensations appartenant au passé et qui pour Susan
(interprétée par la délicieuse Angélique Pettyjohn qui la même
année joua dans Le Médecin dément de l'île de
sang
de Gerardo de Leon) restaient jusque là insoupçonnables. Dans des
décors kitschissimes propres aux années soixante et aux productions
à petit budget, The Curious Female démarre
donc comme un long-métrage de science-fiction mêlant mobilier
futuriste et costumes de la Rome Antique avant de faire un bond à
travers le passé lors de la projection d'un vieux long-métrage
mettant en scène trois jeunes femmes vierges (la virginité étant
au centre du débat). Alors qu'en 2427, les adolescentes âgées de
13 ans seulement sont systématiquement envoyées se faire dépuceler
par des hommes beaucoup plus âgés qu'elles, interdisant ainsi à
ces dernières de concevoir ce qu'est réellement le concept de
virginité, le film qui leur est projeté montre qu'à une certaine
époque, celles-ci avaient le pouvoir de maîtriser leur corps. Un
concept qui là encore semble avoir disparu dans le futur... Si The
Curious Female traite
effectivement de la virginité, il s'essaie également au sujet du
viol (parfois incestueux), de la prostitution (les trois jeunes
femmes en question étant ''reliées'' à une entreprise qui octroie
à de libidineux personnages masculins le droit de cuissage moyennant
finances), de ''l'interracialité'' ou de l'homosexualité. Ces deux
derniers connaissant une évolution en fin de décennie alors qu'ils
étaient jusque là stigmatisés et moralement considérés comme
tabous ! Sur un sujet qui donc s'avère particulièrement fort,
The Curious Female
n'en est pas moins un long-métrage relativement décevant. Du moins,
de nos jours puisque prises avec légèreté, la plupart des
séquences n'impactent que très peu la conscience du spectateur qui
voit davantage en cet Objet Filmique Non Identifié, une blague de
potache sexy (sexiste?) où la Femme n'est que l'objet de l'obsession
de l'Homme. Une œuvre qui s'inscrit donc bien dans la comédie et
moins dans le drame social...
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