Depuis son premier long-métrage en 2008 intitulé Chugyeokja
(The Chaser)
en passant par Hwanghae (The
Murderer)
en 2010 et jusqu'à l'extraordinaire Gokseong
(The
Strangers)
en 2016, le cinéaste sud-coréen Na Hong-jin ne nous a jamais déçu.
Après une décennie de silence en dehors d'un court-métrage signé
en 2023 qu'il a comme toujours écrit et produit lui-même, l'homme
nous revient donc dix ans après son dernier chef-d’œuvre. Un
Gokseong
dense, dantesque, absolument remarquable et redéfinissant à l'époque
et de manière éclatante les visages du Mal et du thriller asiatique
avant qu'en 2021 le cinéaste hongkongais Soi Cheang ne vienne briser
de manière persistante nos certitudes avec le monstrueux Limbo.
Dix années à nous demander comment Na Hong-jin allait s'y prendre
pour se relever d'un troisième film presque ''définitif'', clouant
sur place presque toute concurrence. Et puis, vint Hopeu
(Hope)
que le réalisateur allait une fois encore produire et écrire
lui-même. Plus de deux heures et trente minutes d'un cinéma que
l'on a déjà la prétention de connaître si l'on suit le cinéma de
son auteur depuis leurs origines. Et il est vrai qu'au départ, l'on
retrouve l'immense interraction entre la mise en scène, la
photographie de Hong
Kyung-pyo déjà présent sur le tournage de Gokseong,
les
décors ainsi que le montage du fidèle Kim Sun-min... Si d'aucun
peut apprécier la maestria de Na Hong-jin qui durant une première
heure en met plein la vue avec la traque d'une créature monstrueuse
et gigantesque par le chef de la police Ko Beom-seok (Hwang
Jeong-min) et l'ancien colonel à la retraite Ahn Nak-yeon (Lee
Sang-hee) dans un petit village sud-coréen du nom de Hope Harbor,
cette longue, très longue et même trop longue séquence permet de
souligner le manque de profondeur généralisé qui entachera le
récit jusqu'à son terme. Pourtant, il y a bien ça et là quelques
éléments qui promettent le surgissement d'une pointe ne serait-ce
que très minime d'un scénario mais curieusement, Na Hong-jin semble
préférer s'adresser aux amateurs de gros blockbusters qui tâchent
qu'aux véritables amateurs de science-fiction proposant la rencontre
entre les habitants d'un petit village et des créatures venues
d'ailleurs. Car si dans un premier temps Hopeu
semble s'inscrire dans la mythologie sud-coréenne en faisant
intervenir un Jihaguk Daejeok de trois mètres de haut dévastant
tout sur son passage, la suite laisse espérer un tempo plus lent
instaurant enfin le message que l'ufologue en herbe rêve de
découvrir à travers le dernier long-métrage de Na Hong-jin...
Le
film peut d'ailleurs se voir comme une œuvre hybride. Tout d'abord
parce que son auteur s'amuse une fois encore à brouiller les pistes
entre horreur, fantastique, science-fiction et comédie (le vieux
témoin insistant sur son irrépressible envie de chier) mais aussi
parce que comme écrit un peu plus haut, il évoque sous certains
aspects cette œuvre fantasmée d'une rencontre extraordinaire entre
l'homme et des êtres intelligents venus d'ailleurs mais qui
malheureusement n'arrivera jamais... Dire que Hopeu
est bourrin serait un euphémisme. Et même si lors des rares moments
d'accalmie il n'est pas interdit d'entrevoir l'espoir (c'est le cas
de le dire) d'une œuvre proposant enfin un script solide et
humaniste, Na Hong-jin retombe de nouveau dans ses travers et
exploite encore et encore le concept de confrontation entre l'homme
et ce qui s'avèrent être en fait des extraterrestres échoués à
la surface de notre planète. À dire vrai, en dehors de la
découverte de vaches mortes dans des conditions relativement
étranges, l'analyse d'un spécimen extraterrestre qui rappelle peu
ou prou celles du The
Thing
de John Carpenter, l'explication concernant l'agressivité des
créatures ou la découverte et l'exploration de leur vaisseau dont
l'architecture semble faire de l'oeil à celui des xénomorphes
d'Alien
de Ridley Scott, Hopeu
n'est qu'une succession de scènes d'action. Pas ou (très) peu de
réflexion pour un scénario qui tient en une seule ligne : en
mettre plein la vue aux spectateurs. Alors, oui, la mise en scène
est brillante, vertigineuse et maîtrisée. Mais pour le reste, mon
dieu ce que l'on peut être à des années-lumière de Gokseong.
Si l'on prend les deux heures et trente-sept minutes que dure
l'ensemble du long-métrage, nous sommes en droit d'être déçus.
Les créatures sont comme très souvent dans ce genre de film loin
d'être représentées telles que l'on imagine des civilisations
lointaines capables de voyager à travers l'espace et grâce à des
technologies avancées. De plus, elles cachent mal leurs origines
numériques. Entre textures et animation ratées, le film termine de
n'être qu'un blockbuster bourrin, peu inspiré, très académique et
dont le message est tellement enfoui sous l'action qu'il s'avère
finalement très résiduel. Une immense déception...
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