Tandis que la formidable série de science-fiction uchronique
américaine For all Mankind en
est à sa cinquième saison, ses créateurs, Ben Nedivi, Matt Wolpert
et Ronald D. Moore, ont pris la décision début 2024 de produire une
série dérivée intitulée Star City
qui cette fois-ci ne se concentre plus sur le point de vue américain
s'agissant de la conquête spatiale mais explore désormais le
concept sous l'angle de l'Union Soviétique. Un spin-off qui plonge
donc forcément ses protagonistes dans un contexte beaucoup plus
complotiste et paranoïaque où l’État, dirigé par le Parti
Communiste, est au cœur d'un système soviétique prônant la
surveillance de ses citoyens à travers des services de sécurité. À
l'image du KGB, lequel était donc chargé de surveiller la
population afin de détecter les dissidents, les opposants au régime
et les éventuels espions travaillant pour le compte de nations
étrangères... Si la première saison de Star
City
nous présente effectivement quelques personnages que nous
retrouverons plus tard dans For all Mankind
et qui désormais sont incarnés par des interprètes différents
(Josef Davies prenant la place de Piotr Adamczyk dans le rôle de
Sergei Nikulov et Agnes O'Casey prenant celle de Svetlana Efremova
dans celui d'Irina Morozova), le spin-off nous présente dans sa
grande majorité des personnages qui n'ont pas cours dans la série
originelle. Il est d'ailleurs étonnant de constater que ces mêmes
personnages sont désormais non plus incarnés par des acteurs
originaires des pays de l'Est (Piotr Adamczyk est polonais tandis que
Svetlana Efremova est originaire de l'ex-URSS) mais par
des interprètes d'origine
britannique ! Ce retour aux sources reste l'un des principaux
intérêts de Star City,
qui nous permet ici de retrouver quelques iconiques protagonistes aux
origines de leur intégration au sein de la Cité
des étoiles.
Si For all Mankind
projetait l'idée d'une Union Soviétique prête à explorer Vénus
avant que la course vers Mars ne devienne le principal objectif de la
nation ainsi que celui des américains, ici, l'on note une très
nette différence avec la série d'origine puisque Vénus devient la
cible principale (mais non officielle) de l'ingénieur en chef
Sergueï
Korolev (personnage ayant réellement existé et interprété ici par
l'acteur et chanteur britannique Rhys Ifans) et d'une équipe réduite
et travaillant dans l'ombre du projet officiel de construction d'une
base lunaire. Un ingénieur en chef souvent mis en opposition avec la
cheffe du département de surveillance du KGB
Lyudmilla
Raskova qu'incarne l'époustouflante Anna Mexwell Martin...
Un
personnage dur, inflexible, capable de prononcer la mort d'un ou
plusieurs protagonistes pour le bien de la Nation. Car c'est bien là
le cœur de Star City.
Confronter le programme spatial dirigé par les autorité soviétiques
à certains ingénieurs qui parmi eux ont des ambitions qui les
éloignent des projets officiels. La série évoque également le
sacrifice de certains protagonistes qui pour le bien de la Nation
sont contraints de choisir entre leur vie personnelle et leur loyauté
envers le régime autoritaire. Mise sur écoute, contrôle de l’État,
espionnage et trahison, les scénaristes de Star
City
ne se contentent pas uniquement de critiquer l'URSS pour sa position
antidémocratique, sa répression politique, la surveillance ou la
censure mais attachent en outre une très grande importance vis à
vis de ses personnages. Entre ambition et valeurs morales, on trouve
de tout et parmi les protagonistes, il en est dans un cas comme dans
l'autre qui très rapidement ne vont pas simplement se contenter
d'arborer le visage froid et inflexible de l'autoritarisme mais agir
en véritables héros. Afin de coller au climat qui règne à
l'époque, la direction artistique de Donatas Pirstelis, Ramūnas
Rastauskas et Vytautas Narušis s'appuie sur un visuel sombre, aux
teintes dénaturées, désaturées, les décors de Paul Spriggs
s'inspirent de l'architecture soviétique des années 1960.
D'immenses édifices aux angles bruts, entre immeubles d'habitation
standardisés et vastes complexes scientifiques à l'architecture
fonctionnelle. Quant à la photographie de Brendan Kuroki Uegama et
Cort Fey, les deux hommes prônent ici un style visuel qui fait appel
à une palette de couleurs ternes et froides et de codes esthétiques
propres à l'image que renvoie l'époque. Bref, pas de quoi
considérer le contexte comme le plus joyeux qui soit. Mais en
définitive, malgré des choix artistiques qui ne transpirent pas la
joie et le bonheur, Star
City n'en
est pas moins une excellente série qui vaut très largement For
all Mankind.
Angoissante, fascinante, addictive, impeccablement interprétée et
dont on espère que la seconde saison nous parviendra très
rapidement...
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